lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2105390 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI SAINT LOUIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et quatre mémoires enregistrés le 2 août 2021, le 8 février 2022, le 14 mars 2022, le 18 mai 2022 et le 2 décembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Inotech représentée par son président, M. A B, lui-même représenté par Me Petreschi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er décembre 2013 au 28 février 2014, du 1er mars 2014 au 30 juin 2015, et du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la SAS Inotech demeure assujettie au titre des exercices clos le 28 février 2014, le 30 juin 2015 et le 30 juin 2016 ;
2°) de mettre les dépens à la charge de l'Etat.
Elle soutient que :
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
- la durée de la vérification de comptabilité a excédé la durée de trois mois prévue à l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
- la vérification de comptabilité s'est déroulée dans des conditions irrégulières et le débat oral et contradictoire a été méconnu ;
- les deux mandats de représentation donnés à l'experte-comptable emportaient élection de domicile à son cabinet, de sorte que toutes les pièces de procédure, y compris l'avis de mise en recouvrement, auraient dû être établies à son nom ;
- la taxation d'office du résultat de la SAS Inotech au titre de l'exercice 2016 est irrégulière dès lors que la mise en demeure du 14 février 2017 qui lui a été adressée a visé à tort la déclaration 2065 à la souscription de laquelle elle est tenue en sa qualité de redevable de l'impôt sur les sociétés pour le groupe qu'elle constitue avec la Sarl Innovation technique (Inotec) ; l'administration ne saurait procéder à une substitution de base légale et y substituer la procédure contradictoire dès lors qu'elle a été privée des garanties attachées à cette procédure ;
- l'avis de mise en recouvrement du 16 janvier 2018 est irrégulier dès lors qu'il ne précise pas qu'il lui est destiné en " sa qualité de redevable de l'impôt dû par le groupe ", qu'il aurait dû être notifié à l'experte-comptable et qu'il renvoie à des pièces de procédure irrégulières, faute pour ces dernières d'avoir été adressées à l'experte-comptable ;
Sur le bien-fondé des impositions :
- En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016 : le vérificateur a retenu un chiffre d'affaires erroné de 273 746 euros hors taxes, en ayant comptabilisé à l'ouverture de l'exercice à la date du 1er juillet 2015 une facture de 34 000 euros hors taxes datée du 30 juin 2015 et ayant déjà été comptabilisée au titre de l'exercice clos au 30 juin 2015 ; seuls les éléments de sa comptabilité auraient dû fonder la rectification, conformément à la jurisprudence Seamobile Europe du Conseil d'Etat ;
- En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible : il convient, pour le rappel au titre de 2014, de tenir compte d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 2 705,29 euros ; au titre de 2015, la taxe de 5 270 euros ne figure pas sur les déclarations souscrites et n'a pas été récupérée ; il convient de décharger le rappel de taxe afférente aux honoraires Feuerbach, comptabilisés en charges, qui n'a pas été récupérée, pour un montant de 872 euros ;
- En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
* il y a lieu de décharger par voie de conséquence les rehaussements à l'impôt sur les sociétés au titre du profit sur le Trésor ;
* s'agissant du passif non justifié : la somme de 224 820 euros a été inscrite par erreur au crédit du compte courant d'associé de M. B ouvert dans les comptes de la société, alors qu'il s'agit d'une dette contractée envers un tiers, la société PH Management, correspondant aux prix des parts sociales de la SARL Inotec, acquises par la société PHM Management et cédées à la SAS Inotech le 12 décembre 2013 ;
* s'agissant des frais de déplacement et des prestations de service non justifiés : ces charges sont justifiées ;
- En ce qui concerne les pénalités : elle doit par voie de conséquence être déchargée des pénalités.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 8 décembre 2021 et le 1er mars 2022, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
L'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est fait valoir que :
- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence des dégrèvements prononcés en cours d'instance ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,
- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public ;
- et les observations de M. B, agissant pour le compte de la SAS Inotech.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Inotech, présidée par M. A B, exerçait une activité de holding chargée de l'animation d'un groupe de sociétés comprenant la société Inotec. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er décembre 2013 au 30 juin 2016. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er décembre 2013 au 28 février 2014, du 1er mars 2014 au 30 juin 2015, et du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle demeure assujettie au titre des exercices clos le 28 février 2014, le 30 juin 2015 et le 30 juin 2016.
Sur l'étendue du litige :
2. Par deux décisions du 3 décembre 2011 et du 28 février 2022, postérieures à l'introduction de la requête, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, des impositions contestées à concurrence d'une somme totale de 48 012 euros. Les conclusions de la requête sont devenues, dans cette mesure, dépourvues d'objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts ", c'est-à-dire 783 000 €, s'il s'agit d'entreprises dont le commerce principal est de vendre des marchandises, objets, fournitures et denrées à emporter ou à consommer sur place ou de fournir le logement, ou 236 000 €, s'il s'agit d'autres entreprises.
4. Pour soutenir qu'elle entre dans le champ d'application de ces dispositions, la société requérante allègue, sans l'établir nullement, qu'il convient de considérer qu'elle a majoré indûment ses produits et qu'en 2016, son chiffre d'affaires hors taxe était non pas de 239 746 euros mais de 196 500 euros, soit en-deçà de la limite de 236 000 euros. Par suite, elle ne peut utilement invoquer l'application des dispositions précitées de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales, alors au surplus qu'elles sont inapplicables à une société de holding.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ". Ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit en principe se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée. La vérification n'est toutefois pas nécessairement entachée d'irrégularité du seul fait qu'elle ne s'est pas déroulée dans ces locaux. Il en va ainsi lorsque, notamment, la comptabilité ne se trouve pas dans l'entreprise et que, d'un commun accord entre le vérificateur et les représentants de l'entreprise, les opérations de vérification se déroulent au lieu où se trouve la comptabilité, dès lors que cette circonstance ne fait, par elle-même, pas obstacle à ce que la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire demeure offerte aux représentants de l'entreprise vérifiée.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que l'avis de vérification du 24 mars 2017 adressé à la SELARL Philippe, Jeannerot et Associés, nommée administrateur judiciaire de la SAS Inotech par un jugement du 4 janvier 2017 du tribunal de commerce de Vesoul prononçant le redressement judiciaire de cette société, indiquait que le contrôle se déroulerait au numéro 17 de la rue des Cotonnades à Wintzenheim. Il en résulte également que la SELARL Philippe, Jeannerot et Associés, qui a donné mandat, le 22 mai 2017 à l'experte-comptable du cabinet Esther CSE qui a son siège à cette adresse, ne s'est pas opposée à ce que le contrôle s'y déroule. Par conséquent, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la vérification de comptabilité est entachée d'irrégularité au motif que la vérification aurait dû avoir lieu dans les locaux de son siège initial, au numéro 2 de la rue Léon Blum à Colmar, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il en serait résulté une impossibilité de mener avec le vérificateur un débat oral et contradictoire.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que, lors de la vérification de comptabilité qui s'est déroulée du 13 avril 2017 au 9 octobre 2017, le vérificateur est intervenu à cinq reprises, le 13 avril 2017, les 12 et 29 mai 2017, le 14 septembre 2017 et le 9 octobre 2017. Il en résulte également que l'experte-comptable a été mandatée pour représenter l'administrateur judiciaire le 22 mai 2017, mandat qu'elle a accepté le 29 mai 2017 et qui a été renouvelé le 7 septembre 2017 par la SCP Guyon-Daval, nommée le 30 mai 2017 en qualité de liquidateur. La seule circonstance que l'experte-comptable n'avait pas encore été expressément mandatée lors des deux premières interventions les 13 avril 2017 et 12 mai 2017 n'est pas de nature à entacher la procédure d'irrégularité dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le vérificateur aurait refusé tout débat oral et contradictoire avec l'experte-comptable lors des trois autres interventions pour lesquelles elle était dûment mandatée. Enfin, si la société requérante soutient que des échanges ont eu lieu entre le vérificateur et l'experte-comptable entre le 30 mai 2017 et le 12 septembre 2017, ces allégations manquent en fait.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Il y a lieu, pour l'application de ces dispositions, de considérer que, sauf stipulation contraire, le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable, personne physique ou morale, pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre emporte élection de domicile auprès de ce mandataire. Par suite, lorsqu'un tel mandat a été porté à la connaissance du service en charge de cette procédure, celui-ci est, en principe, tenu d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de cette procédure. En particulier, le mandataire doit en principe être destinataire des plis par lesquels le service notifie au contribuable, dans les conditions visées à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, les rectifications qu'il entend affecter aux bases de l'imposition du contribuable et les réponses qu'il formule aux observations présentées, le cas échéant, par l'intéressé sur ces rectifications. Toutefois, l'expédition de tout ou partie des actes de la procédure d'imposition au domicile ou au siège du contribuable sera réputée régulière et faire courir les délais de réponse à ces actes s'il est établi que le pli de notification a été effectivement retiré par le contribuable ou par l'un de ses préposés.
9. Il résulte de l'instruction que les deux mandats donnés à l'experte comptable, les 22 mai 2017 et 7 septembre 2017, mentionnaient tous deux que celle-ci était mandatée à l'effet notamment de recevoir tous courriers de l'administration et d'y répondre. Ces mandats emportaient dès lors élection de domicile auprès de ce mandataire. Toutefois, si l'ensemble des actes de la procédure ont été notifiés à la SCP Guyon-Daval, l'administration fait valoir sans être contredite que les plis ont été effectivement retirés. Dès lors, le moyen doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () / 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; ". Et aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2°, 5° et 6° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure ". Il résulte de l'instruction que, s'agissant de l'exercice clos le 30 juin 2016, l'administration a procédé à des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés selon la procédure de taxation d'office, au motif que la SAS Inotech n'avait pas déposé la déclaration de résultat afférente à cet exercice dans le délai légal, en dépit de la mise en demeure du 14 avril 2017 qui lui avait été adressée. Il résulte cependant de l'instruction que cette mise en demeure a été notifiée à la SAS Inotech en sa qualité de société mère d'un groupe intégré alors que la vérification ne visait que les résultats propres de cette société. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir que la procédure de taxation d'office a été mise en œuvre dans des conditions irrégulières. L'administration fait valoir cependant qu'il y a lieu de substituer à cette procédure la procédure contradictoire prévue aux articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales.
11. Lorsque l'administration demande au juge de l'impôt le maintien ou le rétablissement d'une imposition établie suivant une procédure irrégulière, en faisant valoir qu'elle aurait été en droit d'appliquer une autre procédure, au regard de laquelle cette irrégularité n'a pas d'incidence, il incombe au juge de s'assurer que la matérialité des circonstances qui auraient autorisé l'administration à mettre en œuvre la procédure dont elle se réclame résulte, en l'état, de l'instruction, et notamment des éléments que l'administration doit apporter pour justifier du bien-fondé de sa prétention.
12. Il résulte de l'instruction que, dans la proposition de rectification du 13 octobre 2017, l'administration a informé la SCP Guyon-Daval qu'elle disposait d'un délai de trente jours pour adresser à l'administration ses observations ou son acceptation et que la SCP Guyon-Daval n'a pas présenté d'observations, ce dont il résulte qu'elle n'aurait pas été privée de la garantie attachée à la possibilité de saisir la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d'affaires, laquelle ne peut être saisie que lorsqu'un désaccord persiste sur les rectifications notifiées, en vertu de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales. Dans ces circonstances, la demande de substitution de base légale doit être accueillie. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de taxation d'office mise en œuvre au titre de l'exercice clos le 30 juin 2016 doit être écarté.
13. En dernier lieu, aux termes l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. / () / L'avis de mise en recouvrement est individuel. Il est émis et rendu exécutoire par l'autorité administrative désignée par décret, selon les modalités prévues aux articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Les pouvoirs de l'autorité administrative susmentionnée sont également exercés par le comptable public compétent ". Aux termes de l'article R. 256-1 du même livre : " " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / () / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. / Lorsqu'en application des dispositions de l'article 223 A du code général des impôts ou de l'article 223 A bis du même code la société mère d'un groupe ou l'établissement public industriel et commercial qui s'est constitué seul redevable de l'impôt sur les sociétés dû sur l'ensemble des résultats d'un groupe est amené à supporter les droits et pénalités résultant d'une procédure de rectification suivie à l'égard d'un ou de plusieurs membres du groupe, l'administration adresse à cette société mère ou à cet établissement public, préalablement à la notification de l'avis de mise en recouvrement correspondant, un document l'informant du montant global par impôt des droits, des pénalités et des intérêts de retard dont elle ou il est redevable. L'avis de mise en recouvrement, qui peut être alors émis sans délai, fait référence à ce document ".
14. Il ne résulte nullement de ces dispositions que l'avis de mise en recouvrement du 16 janvier 2018 notifié à la SAS Inotech aurait dû préciser, dans ses mentions, qu'il lui était notifié en sa qualité de " redevable de l'impôt dû par le groupe ". L'administration n'était pas davantage tenue d'établir deux avis de mise en recouvrement, correspondant aux périodes précédant et succédant à l'intégration fiscale réalisée le 1er mars 2014. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été exposé au point 9 que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'avis de mise en recouvrement, ou les actes de procédure auxquels il fait référence, seraient irréguliers faute d'avoir été notifiés à l'experte-comptable, mandatée dans le cadre de la vérification de comptabilité.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016
15. En premier lieu, si la société requérante soutient que le vérificateur a retenu un chiffre d'affaires erroné de 273 746 euros hors taxes, en ayant comptabilisé à l'ouverture de l'exercice à la date du 1er juillet 2015 une facture de 34 000 euros hors taxes datée du 30 juin 2015 et ayant déjà été comptabilisée au titre de l'exercice clos au 30 juin 2015, l'administration cependant a admis cette erreur et dégrevé en conséquence le rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée.
16. En deuxième lieu, aux termes du c) du 2 de l'article 269 du code général des impôts : " 2. La taxe est exigible : / () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits ". En l'absence de remise en cause du caractère régulier, sincère et probant de la comptabilité de la société, l'administration fiscale ne peut, pour apporter la preuve qui lui incombe de ce que celle-ci n'aurait pas déclaré la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'ensemble des recettes encaissées, recourir à une méthode d'évaluation moins précise que les écritures comptabilisées. En particulier, le recours exclusif à une méthode susceptible de révéler l'existence d'anomalies dans les déclarations de la société contribuable ne saurait apporter, faute d'établir que la source des écarts ainsi révélés résulte d'une dissimulation de recettes et non de pratiques commerciales régulières pouvant les expliquer, la preuve que les écarts ainsi relevés doivent faire l'objet de rappels de taxe. Il est en revanche loisible à l'administration de procéder à des tests de cohérence des déclarations de taxe sur la valeur ajoutée en les rapprochant d'autres éléments tirés de la comptabilité de la société, tels les soldes des comptes de produits et ceux des comptes des clients, corrigés de leurs variations entre l'ouverture et la clôture de la période considérée.
17. Afin d'effectuer un contrôle de cohérence, le service a reconstitué le chiffre d'affaires de la SAS Inotech. Il a, à cette fin, tenu compte du chiffre d'affaires facturé au cours de la période et présent dans la comptabilité, diminué du montant des opérations annulées ou des créances passées en perte, augmenté du montant des factures à établir en début de période et diminué du montant des factures à établir en fin de période. Pour obtenir les encaissements, ce montant a ensuite été augmenté des créances clients et des effets non échus des sociétés d'affacturage en début de période, puis diminué des créances clients et des effets non échus des sociétés d'affacturage de fin de période. Ce chiffre d'affaires encaissé ainsi reconstitué a été comparé au chiffre d'affaires déclaré par la SAS Inotech sur ses déclarations de taxe sur la valeur ajoutée. Cette comparaison a révélé une diminution des bases imposables.
18. Cependant, l'administration n'a pas remis en cause le caractère régulier, sincère et probant de la comptabilité de la SAS Inotech. Dès lors, l'administration ne pouvait pas, pour fonder les rappels litigieux, utiliser une méthode de reconstitution qui conduit à des résultats nécessairement moins précis que ceux qui auraient été obtenus en se fondant sur les encaissements effectivement comptabilisés par la contribuable. Dès lors, la société requérante est fondée à solliciter la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée qui demeure à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016.
S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
19. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération ". La SAS Inotech a comptabilisé des charges non justifiées, qui correspondraient à diverses prestations de services facturées par la SASU Techpek, également dirigée par M. B et qui exerce l'activité de marchand de biens immobiliers, notamment des dépenses relatives à des frais de déplacement, au titre des exercices clos le 28 février 2014, le 30 juin 2015 et le 30 juin 2016. Si la société requérante soutient, s'agissant du rappel au titre de 2014, qu'il convient de tenir compte d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 2 705,29 euros, l'administration l'a admis et a abandonné en conséquence le rappel de 2 668 euros qui était initialement réclamé à la société. S'agissant du rappel au titre de 2016 pour un montant de 5 270 euros, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que cette taxe ne figure pas sur les déclarations souscrites et n'a pas été récupérée, l'administration faisant valoir sans être contredite que l'extrait du compte de taxe sur la valeur ajoutée produit n'est pas conforme aux déclarations souscrites qui font apparaître une déduction de taxe sur la valeur ajoutée, limitée toutefois à 2 118 euros, motif pour lequel l'administration a dégrevé ce rappel à proportion. Enfin, au regard des pièces produites, la société requérante n'établit pas qu'elle est en droit d'obtenir la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée déductible correspondant aux " honoraires Feuerbach ".
S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
20. En premier lieu, si la société requérante soutient que le chef de rectification relatif au profit sur le Trésor doit être abandonné par voie de conséquence de la décharge qu'elle sollicite des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, cependant, ainsi que le fait valoir l'administration, la SAS Inotech a bénéficié d'une déduction immédiate des suppléments de taxes de ses résultats imposables, par application de la " cascade simple " prévue à l'article L. 77 du livre des procédures fiscales.
21. En deuxième lieu, sur le passif injustifié, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". La société requérante, en se bornant à alléguer une erreur d'inscription comptable, n'apporte aucun élément pour justifier la dette comptabilisée le 28 février 2014 au crédit du compte courant d'associé de M. B pour un montant de 224 820 euros.
22. En dernier lieu, s'agissant des charges injustifiées, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, () ". Le service a considéré que, au titre des trois exercices clos en 2014, 2015 et 2016, plusieurs charges correspondant à des frais de déplacement et à la rémunération de prestations de service assurées à son profit par la société Techpek n'étaient pas justifiées. L'administration a également relevé le caractère anormal des prestations facturées par la société Techpek, compte tenu de l'activité de cette dernière et de la faiblesse de ses moyens. La société requérante, qui entend justifier la réalité de ces charges, se borne à produire des factures dont les mentions sont imprécises, en ce qu'elles ne renseignent nullement, par exemple, le type de véhicule utilisé ou les motifs de ces déplacements. En particulier, la requérante ne produit aucun contrat conclu avec la société Techpek qui aurait prévu la réalisation des prestations en cause. Si la société requérante demande aussi " à titre de compensation, la somme de 4 921 euros " en se prévalant d'une facture n° 39 du 26 mai 2016 qui n'aurait pas été comptabilisée, elle n'a pas, en tout état de cause, produit cette facture. Enfin, la lettre d'intention et le protocole d'accord produits sont insuffisants à eux seuls à justifier la réalisation de la prestation correspondante.
En ce qui concerne les pénalités :
23. Il résulte de l'instruction que l'administration a infligé à la SAS Inotech des pénalités, sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts, pour manquement délibéré. Compte tenu de la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de la période du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016 mentionnée au point 18 du présent jugement, la société requérante est seulement fondée à obtenir, par voie de conséquence, la décharge des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
24. Les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens doivent être rejetées comme étant dépourvues d'objet.
D É C I D E :
Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête à concurrence du dégrèvement de 48 012 (quarante-huit mille douze) euros prononcé par l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est en cours d'instance.
Article 2 : La SAS Inotech est déchargée du rappel de taxe sur la valeur ajoutée collectée mis à sa charge au titre de la période 1er juillet 2015 au 30 juin 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, agissant pour le compte de la SAS Inotech, à la SCP Guyon-Daval, liquidateur judiciaire de la SAS Inotech et à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 27 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Christophe Michel, premier conseiller,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.
Le rapporteur,
M. BOUZAR
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Strasbourg, le
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026