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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2106815

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2106815

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2106815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantGASIMOV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Gasimov, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'examiner sa demande dans un délai d'un mois, sous peine d'une astreinte 10 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît l'article L.413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'absence de carte de résident l'a empêché d'accéder à des offres d'emploi en contrat à durée indéterminée, de réaliser des projets de voyage et d'achat immobilier ;

- il ne représente aucun trouble à l'ordre public ;

- il maîtrise parfaitement le français ;

- il a suivi des formations civiques dans le cadre du contrat d'intégration républicaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions en annulation de la requête.

Elle fait valoir qu'elle a délivré une carte de séjour temporaire valable du 26 novembre 2021 au 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de travail et de séjour ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience par décision du 30 mai 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A est ressortissant tunisien. Il est entré en France en 2011 et a épousé en 2017 une ressortissante française. Il indique être revenu en France en octobre 2019 avec un visa portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité d'un an l'autorisant à travailler. En septembre 2020, il a déposé un dossier de demande de carte de résident sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 septembre 1988 auprès de la préfecture du Bas-Rhin. M. A a continuellement reçu des récépissés de demande de titre de séjour. Du silence gardé par l'administration est née une décision implicite de rejet dont M. A doit être regardé comme demandant l'annulation.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. La préfète du Bas-Rhin fait valoir qu'elle a délivré à M. A une carte de séjour temporaire valable du 26 novembre 2021 au 25 novembre 2022 et qu'il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de la requête.

3. Toutefois, M. A a sollicité la délivrance d'une carte de résident en application de l'article 10 de l'accord franco tunisien du 17 mars 1988. Par suite, l'exception de non-lieu ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français: a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; []. ". Aux termes de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle l'étranger réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative (). ".

5. M. A soutient que la décision implicite méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 413-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente aucun trouble à l'ordre public, qu'il maîtrise parfaitement la langue française et qu'il a suivi des formations civiques dans le cadre du contrat d'intégration républicaine. Ces éléments sont toutefois sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que les stipulations de l'article 10 précité de l'accord franco-tunisien ne subordonnent pas la délivrance de la carte de résident à la maîtrise de la langue française ou à l'intégration républicaine du demandeur dans la société française. M. A ne peut donc utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées.

6. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier du visa produit à l'instance que M. A remplit les conditions pour se voir attribuer une carte de résident en application des stipulations dudit article 10. Si la préfète du Bas-Rhin fait valoir qu'il n'établit pas être présent trois années consécutives sur le territoire français, cette condition ne ressort pas de l'accord applicable. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressé ne serait plus en couple avec une ressortissante française. Par suite, il est fondé à demander l'annulation de la décision implicite en ce qu'elle lui refuse l'octroi de la carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée ci-dessus retenu, et aux conclusions du requérant, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à M. A en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé la délivrance d'une carte de résident est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 (mille) euros HT à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Saverne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Messe, présidente,

Mme Milbach, conseillère,

M. Duez-Gündel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

M.-L. B

La première assesseure,

C. MILBACH

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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