mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2106869 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2021 et le 25 mai 2022, Mme D C, Mme E F A et Mme B F A, représentées par Me Paillot, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1) d'ordonner une expertise judiciaire ;
2) de condamner le centre hospitalier intercommunal (CHIC) de la Lauter de Wissembourg à verser à l'indivision successorale de M. C la somme de 42 000 euros, à Mme C la somme de 12 000 euros, à Mme E F A la somme de 8 000 euros et à Mme B F A la somme de 5 000 euros, en réparation des fautes commises lors de la prise en charge de M. C ;
3) de mettre les dépens à la charge G ;
4) de mettre à la charge G une somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier est engagée en raison d'une sortie prématurée de l'hôpital de M. C alors que son état de santé ne le permettait pas ;
- la responsabilité pour faute du centre hospitalier est également engagée compte tenu du défaut d'information de M. C sur la gravité de son état de santé ;
- le centre hospitalier a commis une faute en ne recueillant pas le consentement de M. C selon le cadre législatif en vigueur et en ne recueillant pas le consentement de la personne de confiance désignée par M. C ;
- les préjudices personnels de M. C sont estimés à 42 000 euros ;
- le préjudice moral de Mme C, sœur de M. C, doit être évalué à la somme de 12 000 euros ;
- le préjudice moral de Mme E F A, nièce et filleule de M. C, doit être évalué à la somme de 8 000 euros ;
- le préjudice moral de Mme B F A, nièce de M. C, doit être évalué à la somme de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 avril et 3 juin 2022, le centre hospitalier intercommunal de la Lauter de Wissembourg, représenté par la SELARL Fabre, Savary, Fabbro, conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient mis à la charge de Mme C et autres.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme C et autres ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Klipfel,
-les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,
-et les observations de Me Paillot, représentant Mme C et autres et de Me Veran, représentant le centre hospitalier intercommunal de la Lauter de Wissembourg.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1955, a été hospitalisé le 17 septembre 2020 au centre hospitalier de Haguenau pour la prise en charge d'un ulcère chronique du pied gauche nécessitant la réalisation d'une intervention chirurgicale. Face à une dyspnée importante avec une saturation à 89 %, l'opération a été reportée. M. C a été adressé au CHIC de la Lauter de Wissembourg où il a été admis le 22 septembre 2020 afin de réaliser un bilan d'une dyspnée d'origine pulmonaire probable dans un contexte de tabagisme actif important. Le 24 septembre 2020, M. C a demandé à quitter impérativement l'hôpital et sa sortie a été autorisée le lendemain. Il est décédé à son domicile, le 30 septembre 2020, à la suite d'un arrêt cardiorespiratoire. Le 7 mai 2021, sa sœur et ses nièces ont présenté une demande indemnitaire au CHIC de la Lauter de Wissembourg. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Une décision expresse de refus leur a été notifiée par le directeur délégué du CHIC de Wissembourg le 26 octobre 2021. Par leur requête, Mme C et ses filles, E et B F A, demandent la condamnation G à réparer les préjudices résultant des fautes commises dans la prise en charge de M. C.
2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. (). ".
3. Il résulte de l'instruction que M. C a été adressé par le centre hospitalier de Haguenau au CHIC de la Lauter de Wissembourg, où il a été admis le 22 septembre 2020, compte tenu de difficultés respiratoires importantes et d'une saturation en oxygène à 89%, afin de réaliser un bilan d'une dyspnée. Les examens médicaux réalisés par le centre hospitalier de Haguenau ont révélé que M. C souffrait d'une ischémie modérée et d'une cardiopathie ischémique, outre ses autres antécédents de santé tels que obésité, diabète, hypertension artérielle, tabagisme actif important et troubles cardiovasculaires ayant déjà nécessité sept interventions chirurgicales entre avril 2006 et mai 2019. Il résulte de l'instruction que le 24 septembre 2020, M. C a demandé à quitter impérativement l'hôpital alors même que sa sortie de l'hôpital n'était pas prévue par le médecin qui le suivait. À la même date, ce même médecin a mis en place un traitement par bronchodilatateur. Le lendemain, soit le 25 septembre 2020, M. C a été autorisé à quitter le CHIC de la Lauter de Wisembourg, sans qu'il ne lui soit demandé de signer un quelconque document d'information relatif à son état de santé et, le 30 septembre 2020, il a été retrouvé mort à son domicile.
4. L'état du dossier ne permet pas au tribunal de savoir si la sortie de l'hôpital de M. C était ou non prématurée au regard de son état de santé au jour de sa sortie et compte tenu du traitement médical qui avait été mis en place et quelles sont, dans l'affirmative, la perte de chance subie par M. C ainsi que l'existence éventuelle de préjudices subis par M. C avant son décès. Il y a ainsi lieu d'ordonner, avant-dire droit, une expertise aux fins précisées ci-après.
D E C I D E :
Article 1 : Un expert, est désigné, avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le CHIC de la Lauter de Wissembourg ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. C ;
2°) décrire l'état de santé de M. C et les soins et prescriptions antérieurs à son admission au CHIC de la Lauter de Wissembourg ; décrire l'état pathologique de M. C ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués ;
3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. C et aux symptômes qu'il présentait ;
4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge médicale de M. C par le CHIC de la Lauter de Wissembourg ; rechercher si les interventions et actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; préciser notamment si la mise en place d'un traitement par bronchodilatateur était suffisant au regard de l'état de santé de M. C ; préciser également si la sortie de M. C G était prématurée au regard de son état de santé ; déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de M. C et des complications ayant entraîné son décès ;
5°) préciser si M. C a été victime d'un accident médical non fautif ;
6°) donner son avis sur le point de savoir si le décès de M. C a un rapport avec son état initial, ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. C une chance sérieuse de guérison des lésions dont il était atteint ; donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par M. C de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements ;
8°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices subis par M. C avant son décès et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé.
Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre, d'une part, les consorts C et Le A et la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin et, d'autre part, le CHIC de la Lauter de Wissembourg.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 4 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin et au centre hospitalier intercommunal de la Lauter de Wissembourg.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Gros, premier conseiller,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteure,
V. KLIPFEL
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2106869
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026