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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107103

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107103

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107103
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 octobre 2021 et

25 novembre 2022, M. B, représenté par Maître Kling, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Bas- Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, un titre de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que:

-l'arrêté préfectoral du 30 mai 2022, notifié à son ancienne adresse postale, ne lui est pas opposable ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations du 1 et du 5 de l'article 6 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète du Bas- Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2022, la préfète du Bas- Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2021, rectifiée le 13 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Kling, représentant M. B.

La préfète du Bas- Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 25 juin 1977, a déclaré être entré en France en 2007 sous couvert d'un visa de court séjour de trente jours. Du 4 juin 2013 au

9 septembre 2017, il a été mis en possession d'un certificat de résidence pour raison de santé, en application du 7) de l'article 6 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968, et dont il a sollicité le renouvellement le 21 juillet 2017. Par un arrêté du 24 juillet 2018, le préfet du

Bas-Rhin a refusé de renouveler son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination. Par jugement du

20 décembre 2018, le tribunal a rejeté le recours en annulation formé par M. B contre cette décision. Par courrier du 20 juin 2019, M. B a sollicité auprès de la préfecture du Bas- Rhin la délivrance d'un certificat de résident algérien sur le fondement des 1) et 5) de l'article 6 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968. En l'absence de réponse de l'administration,

M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète du

Bas- Rhin a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par une décision explicite du

30 mai 2022, la préfète du Bas- Rhin a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si la préfète du Bas-Rhin a, par une décision implicite résultant du silence gardé pendant plus de quatre mois sur la demande de titre de séjour présentée le

24 juin 2019 par M. B, rejeté cette demande, il ressort toutefois des pièces du dossier que la même autorité a, le 30 mai 2022, pris une nouvelle décision par laquelle elle a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour. Cette dernière décision, intervenue en cours d'instance et prenant en compte les éléments de la situation de M. B en 2022, a eu pour effet de rapporter la décision de rejet opposée implicitement en 2019 à M. B. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation de cette dernière décision étant devenues sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer. Il convient en revanche de regarder les conclusions de M. B comme étant également dirigées contre la décision de la préfète du Bas-Rhin du 30 mai 2022 qui, nonobstant le défaut de notification à l'adresse postale adéquate, s'est substituée à la décision implicite de rejet initialement contestée par l'intéressé.

3. En second lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ".

4. M. B déclare être entré en France en 2007 et y résider de manière habituelle depuis plus de dix ans. Pour justifier d'une résidence habituelle et ininterrompue sur le territoire français, notamment entre les 27 décembre 2007, date de son entrée en France, et 4 juin 2013, date de l'obtention de son premier titre de séjour, le requérant produit ses avis d'imposition 2009, 2010 et 2011 révélant une absence totale de revenus, une ordonnance médicale du mois d'août 2009, des tickets de caisse non nominatifs de septembre 2009, une attestation de l'association Caritas datant de mai 2010, une attestation de quotient familial datant de mai 2011, une carte d'admission à l'aide médicale de l'Etat à compter du 25 juin 2012, un scanner médical réalisé le 7 novembre 2012. Ces pièces, de nature à établir tout au plus une présence ponctuelle, ne permettent pas de démontrer l'existence d'une résidence effective et continue sur le territoire français durant cette période. Aussi, M. B n'établissant pas qu'il peut bénéficier de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes du 5) du deuxième alinéa de l'article 6 de l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968 : " () le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "

6. Le requérant se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de la présence de son épouse et de la naissance de ses deux enfants sur le territoire national, enfin de son intégration professionnelle et républicaine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que

M. B n'a été admis au séjour qu'à compter du mois de juin 2013 et jusqu'au

9 septembre 2017. Il ne justifie pas d'une présence régulière et continue en France entre 2007 et 2013 et s'est irrégulièrement maintenu sur le territoire national depuis septembre 2017, en ne déférant pas à une mesure d'éloignement prise à son encontre en 2018. Par ailleurs, son épouse, de nationalité algérienne, fait également l'objet d'un refus d'admission au séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français et se maintient irrégulièrement sur le territoire national. Eu égard au très jeune âge de ses enfants nés en 2019 et 2021, rien ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale en Algérie où le requérant a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, s'il se prévaut d'une intégration professionnelle et sociale en France, il ne produit aux débats que des contrats précaires en qualité d'intérimaire ou des contrats à durée déterminée et ne justifie d'aucune activité professionnelle depuis le mois de septembre 2018. Enfin, si

M. B a indubitablement fait preuve de bravoure en portant secours à une femme violentée dans la rue le 14 juin 2022, cette circonstance, postérieure à la décision attaquée du 30 mai 2022, ne peut avoir aucune incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, M. B, qui ne démontre pas avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables sur le territoire, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure au regard de la situation personnelle de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle, par elle-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête susvisée de M. B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre- mer.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Faessel, président,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

C. A

Le président,

X. FAESSELLe greffier,

S. BRONNER

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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