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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107563

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107563

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107563
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBARIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 novembre 2021 et le 23 septembre 2022, M. C D, représenté par Me Baric, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours gracieux formé le 2 septembre 2021 à l'encontre de la décision du 1er juillet 2021 mettant à sa charge la somme de 15 000 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et de le décharger du paiement de cette somme ;

2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de communication du procès-verbal ;

- les décisions du 3 mai et du 1er juillet 2021 ne sont pas suffisamment motivées ;

- le travail dissimulé n'est pas démontré dès lors que les procès-verbaux ont été établis sans interprète et que l'action de travail n'est pas établie ;

- à titre subsidiaire, il est demandé une diminution de la contribution.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devys, rapporteure,

- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 22 mars 2021, les services de police ont procédé au contrôle d'un véhicule conduit par M. D et ont établi un procès-verbal constatant l'emploi d'un étranger sans titre de travail en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail. Par un courrier du 3 mai 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. D du constat de l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et l'a invité à présenter ses observations. Par une décision du 1er juillet 2021, il a mis à sa charge la somme de 15 000 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail. Le requérant a formé le 2 septembre 2021 un recours gracieux à l'encontre de cette décision, rejeté par une décision du 24 septembre suivant. M. D demande l'annulation de la décision du 24 septembre 2021 de rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par une décision du 19 décembre 2019 publiée sur le site de l'Office le même jour, a donné délégation à Mme E B, cheffe du service juridique et contentieux, à l'effet de signer les décisions relatives aux contributions spéciales. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus.

4. D'une part, il résulte de ce qui précède que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'avait pas à transmettre spontanément à M. D les procès-verbaux d'infraction à l'origine de la sanction en litige. Il résulte d'ailleurs de l'instruction que ces procès-verbaux ont été communiqués à l'intéressé suite à sa demande le 4 octobre 2021. Si M. D en avait demandé la communication au procureur de la République par un courrier du 14 mai 2021, qui a refusé de faire droit à sa demande au motif que l'enquête était en cours, celui-ci n'avait pas l'obligation de transmettre sa demande à l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du vice de procédure doit par suite être écarté.

5. D'autre part, dans sa décision du 1er juillet 2021 infligeant la sanction, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a indiqué notamment qu'un procès-verbal avait été établi le 22 mars 2021 à l'encontre de M. D et constaté l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et qu'il avait décidé de lui appliquer la contribution spéciale sur la base du montant précisé à l'article R. 8253-2 du code du travail pour l'emploi d'un travailleur. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, le nom du travailleur en question était précisé en annexe du courrier du 3 mai 2021 invitant le requérant à présenter ses observations. M. D a ainsi été informé avec une précision suffisante des griefs formulés à son encontre.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de l'article L. 8113-7 du même code : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".

8. D'une part, l'infraction aux dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail est constituée du seul fait de l'emploi de travailleurs étrangers démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé. Le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par l'article L. 8251-1, le premier alinéa de l'article L. 8253-1 et l'article R. 8253-2 du code du travail, ou en décharger l'employeur.

9. D'autre part, la qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. A cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l'exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

10. M. D, qui ne peut utilement se plaindre de l'irrégularité des procès-verbaux établis par les services de police qui sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige, soutient que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des procès-verbaux établis par les services de police, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant a été contrôlé dans son véhicule pour se rendre sur un chantier avec

M. A, ressortissant albanais dépourvu d'autorisation de travail. M. D a admis, lors de son audition par les services de police, que M. A était venu travailler avec lui sur des chantiers. Dans ces conditions, le lien juridique de subordination du travailleur étranger au requérant est établi.

11. En dernier lieu, si M. D demande l'application d'un taux réduit et la diminution de la contribution mise à sa charge, il n'apporte aucune précision au soutien de sa demande en se bornant à soutenir que le juge doit tenir compte des circonstances de l'espèce.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 septembre 2021. Sa requête doit par suite être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

Mme Devys, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

J. Devys

Le président,

S. DhersLe greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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