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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108060

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108060

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOHNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Bohner, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de refus d'enregistrement de son changement d'adresse et de refus de délivrance d'un titre de voyage révélées par la lettre de la préfète du Bas-Rhin en date du 9 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin d'enregistrer son changement d'adresse et de lui délivrer un titre de voyage dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire des décisions attaquées ne justifie pas d'une délégation de signature ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de voyage méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit quant aux conditions à remplir pour obtenir la délivrance d'un titre de voyage ;

- la décision portant refus d'enregistrement du changement d'adresse méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète a commis une erreur de droit en l'obligeant à recourir au téléservice, la saisine par voie électronique n'étant qu'une modalité facultative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Elle fait valoir que :

- le courrier du 9 novembre 2021 ne constitue pas une décision faisant grief ; les demandes complémentaires et explications adressées à M. A en réponse à ses démarches ne révèlent pas une décision de refus d'enregistrement de son changement d'adresse ni une décision de refus de délivrance d'un titre de voyage ;

- la requête a perdu son objet dès lors que M. A a ultérieurement été convoqué en préfecture pour procéder à l'enregistrement de son changement d'adresse, démarche à l'issue de laquelle il pourra obtenir le titre de voyage demandé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative au statut des réfugiés, faite à Genève le 28 juillet 1951,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Bohner représentant M. A.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant syrien, né le 4 janvier 1990, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il bénéficie, à ce titre, d'une carte de résident délivrée par le préfet des Bouches-du-Rhône, valable du 20 novembre 2017 au 19 novembre 2027. Le 25 septembre 2020, l'intéressé a effectué une demande de changement d'adresse auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin en raison de son déménagement dans ce département. Le 28 septembre 2020, sa demande a été rejetée au motif de l'incomplétude de son dossier. Ses demandes ultérieures présentées le 3 novembre 2020 auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin puis en ligne sur le portail " demarches.interieur.gouv.fr " les 1er et 2 décembre 2020, le 11 mars 2021, les 14, 15 et 21 avril 2021 et le 3 août 2021, ont été rejetées pour le même motif. Le 26 octobre 2021, le conseil de M. A a sollicité pour le compte de celui-ci la délivrance d'un titre de voyage ainsi que l'enregistrement de son changement d'adresse auprès de la préfecture du Bas-Rhin. Par un courrier du 9 novembre 2021, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin doit être regardée comme ayant refusé de faire droit à ses deux demandes.

Sur les conclusions relatives à l'enregistrement du changement d'adresse :

2. Il est constant que postérieurement à l'introduction de la requête, M. A a été invité à se présenter en préfecture du Bas-Rhin et qu'il a été procédé à l'enregistrement de sa nouvelle adresse. Dans ces conditions, les conclusions relatives à la décision portant refus d'enregistrement de son changement d'adresse ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions relatives au titre de voyage :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu :

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le titre de voyage sollicité aurait été délivré à M. A. Par suite, ses conclusions relatives à la délivrance d'un tel titre n'ont pas perdu leur objet et il y a lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. La préfète du Bas-Rhin fait valoir que le courrier du 9 novembre 2021 ne constitue pas une décision faisant grief. Il ressort des pièces du dossier que M. A avait engagé, dès le 25 septembre 2020, les démarches auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin pour procéder à la déclaration de son changement d'adresse, désormais à Haguenau dans le département du Bas-Rhin. En conditionnant la délivrance du titre de voyage sollicité à l'enregistrement préalable du changement d'adresse et en se bornant à inviter M. A à modifier son titre de séjour en précisant sa nouvelle adresse par la voie du télé service " administration des étrangers en France " du ministère de l'intérieur, alors que le conseil de l'intéressée avait alerté l'autorité préfectorale sur l'infructuosité des démarches entreprises en ce sens, la préfète du Bas-Rhin doit être regardée comme ayant refusé la délivrance d'un titre de voyage à M. A. Dans ces circonstances particulières, la lettre du 9 novembre 2021 constitue une décision qui lui fait grief. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne doit pas être accueillie.

En ce qui concerne la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article L. 531-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ne s'y opposent, l'étranger titulaire d'un titre de séjour en cours de validité auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application de l'article L. 511-1 et qui se trouve toujours sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut se voir délivrer un document de voyage dénommé " titre de voyage pour réfugié " l'autorisant à voyager hors du territoire français. Ce titre permet à son titulaire de demander à se rendre dans tous les Etats, à l'exclusion de celui ou de ceux vis-à-vis desquels ses craintes de persécution ont été reconnues comme fondées en application du même article L. 511-1. " Aux termes de l'article R. 561-7 du même code : " La délivrance d'un titre de voyage implique la restitution du titre de voyage délivré antérieurement. " L'article R. 561-8 dispose que : " L'étranger qui sollicite un titre de voyage présente les pièces suivantes à l'appui de sa demande : / 1° Le titre de séjour dont il est titulaire ; / 2° Deux photographies de face, tête nue, de format 3,5 cm × 4,5 cm, récentes et parfaitement ressemblantes ; / 3° Un justificatif de domicile ou une déclaration de domiciliation mentionnée à l'article R. 551-8. "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'il est titulaire d'une carte de résident valable du 20 novembre 2017 au 19 novembre 2027 et qu'il sollicite, en vain, depuis le 13 septembre 2019, la délivrance d'un titre de voyage sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé établissant avoir adressé plusieurs courriels aux services de la préfecture. Pour refuser d'instruire la demande de titre de voyage présentée par M. A, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur l'absence de restitution du titre de voyage délivré antérieurement à l'intéressé. Toutefois, il n'est pas contesté que le dossier présenté par M. A contenait tous les éléments prévus à l'article R. 561-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conditionnant l'instruction de sa demande à la restitution de son titre de voyage antérieur, la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur de droit. Au demeurant,

M. A soutient sans être sérieusement contredit en défense que le titre de voyage qu'il avait sollicité auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui était son précédent département de résidence, ne lui a jamais été remis et a été détruit, faute pour l'intéressé, non informé de sa mise à disposition, de s'être rendu en préfecture pour se voir remettre ce document. La préfète du Bas-Rhin ne verse à l'instance aucune pièce permettant d'infirmer les allégations du requérant, tel qu'une attestation de remise du document prétendument délivré par les services de l'Etat au sein du département des Bouches-du-Rhône. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, la restitution du précédent titre de voyage constitue pour M. A une formalité impossible que la préfète du Bas-Rhin ne peut pas valablement lui opposer pour lui refuser la délivrance d'un titre de voyage. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision de la préfète du Bas-Rhin est entachée d'une erreur de droit et doit être annulée pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'il n'est nullement allégué par la préfète que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public s'opposeraient à ce qu'il soit délivré au requérant le titre sollicité, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. A un titre de voyage pour réfugié dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros hors taxe à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives à l'enregistrement du changement d'adresse.

Article 2 : La décision du 9 novembre 2021 portant refus de délivrance d'un titre de voyage est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin de délivrer à M. A un titre de voyage pour réfugié dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros hors taxe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

S. CLa présidente,

A. DULMET

La greffière

C. LAMOOT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2108060

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