jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SARACENO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 16 février 2022, 23 novembre 2022 et 7 août 2023, la SCI Balbine, représentée par la Selas Cabinet Confino, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Mulhouse a délivré à M. A un permis de construire portant sur la démolition d'un abri de jardin et la construction d'une annexe, pour une surface de plancher de 32 mètres carrés, sur un terrain situé 22 rue du Belvédère, à Mulhouse ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Mulhouse a délivré à M. A un permis de construire modificatif portant sur la réduction de la surface de plancher du projet en litige ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mulhouse le versement à son conseil d'une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt à agir ;
- elle justifie de sa qualité pour agir en justice ;
- les dossiers de permis de construire méconnaissent les dispositions des articles R. 431-7 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- les dossiers de permis de construire sont entachés d'erreurs et de contradictions ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles 1.2.1 UL1 et 1.2.2 UL1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mulhouse ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 2.1.2.2 UL1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mulhouse ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 août 2022, 27 octobre 2022 et 23 août 2023, M. C A, représenté par Me Saraceno, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI Balbine en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la SCI Balbine ne justifie pas de son intérêt à agir ;
- il entend renoncer à se prévaloir de ce que la SCI Balbine ne justifierait pas de sa qualité à agir en justice ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juin 2023 et 5 septembre 2023, la commune de Mulhouse conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la SCI Balbine ne justifie pas de son intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 mars 2024, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Anne-Lise Eymaron,
- les conclusions de M. Victor Pouget-Vitale, rapporteur public,
- les observations de Me Gerbaud-Rohfritsch, avocat la SCI Balbine,
- les observations de M. B, pour la commune de Mulhouse,
- les observations de Me Saraceno, avocat de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 25 novembre 2021 et complétée le 13 décembre 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un permis de démolir et de construire portant sur la démolition d'un abri de jardin et la construction d'une annexe, pour une surface de plancher de 32 mètres carrés, sur un terrain situé 22, rue du Belvédère, à Mulhouse. Par un arrêté du 16 décembre 2021, le maire de Mulhouse a délivré l'autorisation sollicitée. Par des arrêtés des 23 septembre 2022 et 20 mai 2023, le maire de la commune de Mulhouse a accordé des permis de construire modificatifs pour le projet contesté. Par la présente requête, la SCI Balbine demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 16 décembre 2021 et 23 septembre 2022.
2. Lorsqu'une autorisation d'urbanisme est entachée d'incompétence, qu'elle a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci est compétemment accordée pour le projet en cause, qu'elle assure le respect des règles de fond applicables à ce projet, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Elle peut, de même, être régularisée par une autorisation modificative si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par l'autorisation initiale a été entretemps modifiée ou si cette règle ne peut plus être regardée comme méconnue par l'effet d'un changement dans les circonstances de fait de l'espèce.
Sur la légalité des arrêtés des 16 décembre 2021 et 23 septembre 2022 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme précise que : " Sont joints à la demande de permis de construire : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12 ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".
4. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
5. Il ressort du dossier de demande de permis de construire initial que celui-ci comporte une photographie permettant de situer le terrain dans son environnement proche et lointain ainsi qu'un photomontage. Contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la combinaison de ces pièces n'aurait pas permis au service instructeur de se prononcer en toute connaissance de cause sur le projet en litige, notamment quant à son impact visuel et son insertion par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 431-7 et R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
6. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est avancé par la société requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la comparaison des éléments figurant dans la notice descriptive avec les photographies jointes aux dossiers de demande de permis de construire, que le service instructeur n'aurait pas été en mesure de déterminer la manière dont sera implantée la construction en litige. Il n'est pas davantage démontré que le calcul de la surface de plancher aurait été erroné, aucune précision n'étant au demeurant apportée par la société requérante quant au fondement juridique de cette insuffisance alléguée des dossiers sur ce point. Par suite, le moyen tiré de ce que les dossiers de demande de permis de construire seraient entachés d'erreurs ou d'incohérences doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 1.2. UL1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mulhouse : " Interdiction et limitation de certains usages et affectations des sols, constructions et activités / 1.2.1 Occupations et utilisations des sols interdites / Les occupations et utilisations du sol suivantes sont interdites : () / La transformation des annexes en logement, à l'exception de ceux prévus au " 1.2.2. - Occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières ". () / 1.2.2 Occupations et utilisations du sol soumises à conditions particulières / La transformation des annexes en logement, lorsqu'elles se situent dans une bande de construction d'une profondeur de 15 mètres, déterminée au § 2.1.2.1 " implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ". (). ".
8. Il ressort des éléments figurant dans le formulaire cerfa du dossier de demande de permis de construire ainsi que dans la notice descriptive jointe à ce même dossier que le projet porte sur la réalisation d'une annexe à la construction principale en lieu et place d'une annexe préexistante sous forme d'abri de jardin. Aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établies les allégations de la requérante selon lesquelles le projet en litige viserait à la transformation en logement du cabanon de jardin existant jusqu'alors. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées, en tant qu'elles n'autorisent la transformation d'annexes en logement que dans une bande de construction de profondeur de 15 mètres, doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2.1.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mulhouse : " Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives / A. Recul obligatoire / Les constructions doivent respecter une distance d'ua moins 4 m des limites séparatives. () / B. Implantation possible en limite : / S'il existe sur le terrain voisin une construction en limite, une construction nouvelle peut y être adossée si elle respecte les conditions suivantes : / Hauteur inférieure ou égale à celle de la construction préexistante. / Longueur totale en limite inférieure ou égale à la D la construction existante. / C. Constructions annexes / Une construction annexe peut être implantée en limite aux conditions suivantes : / Hauteur au faîtage inférieure à 3,50 m. / D la façade implantée en limite inférieure à 7 m. (). ".
10. Ainsi qu'il a été indiqué, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la transformation d'un ancien cabanon de jardin en une annexe à la construction principale appartenant à M. A. Il ressort des éléments figurant dans le dossier de la première demande de permis de construire modificatif, et notamment du plan de masse, que la hauteur au faîtage de l'annexe s'établit à 3,45 mètres, tandis que la longueur des façades implantées en limite séparative n'excède pas 6,90 mètres. Le second modificatif porte également sur des dimensions inférieures à celles visées au point précédent. Dès lors, et compte-tenu de ce qui a été dit au point 2, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 2.1.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Mulhouse, ne peut, par suite, qu'être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
12. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un site ou paysage de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il lui appartient de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
13. Si le projet en litige s'insère dans un quartier pavillonnaire et largement arboré, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que celui-ci revêtirait des caractéristiques architecturales ou une harmonie particulière. Au vu des photographies versées à l'instance, il ne peut, en effet, être sérieusement contesté que les constructions existantes diffèrent par leur architecture ainsi que par les matériaux et couleurs utilisés. Il n'est pas davantage sérieusement contestable que le projet en litige, qui porte sur la réalisation d'une annexe de 30,88 mètres carrés en fond de jardin, ne sera pas ou quasiment pas visible depuis la voie publique et se trouve d'ailleurs en partie masqué par de la végétation, compte-tenu de sa faible hauteur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le maire au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la SCI Balbine doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Mulhouse qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la SCI Balbine demande au titre des frais liés au litige.
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SCI Balbine le versement de la somme sollicitée par M. A sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la SCI Balbine est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Balbine, à M. C A et à la commune de Mulhouse.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Richard, président,
M. Lusset, premier conseiller,
Mme Eymaron, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La rapporteure,
A.-L. EYMARON
Le président,
M. RICHARD
La greffière,
J. BROSÉ
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026