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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201203

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201203

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201203
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSELARL LE TEMPS DES DROITS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 février et le 17 mai 2022, Mme A D, représentée par Me Rosenstiehl, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2021 par laquelle le département de la Moselle a refusé de lui remettre une dette de 8643,36 euros correspondant à un trop perçu de revenu de solidarité active ;

2°) de lui remettre gracieusement la totalité de sa dette ;

3°) de mettre à la charge du département de la Moselle la somme de 1500 euros HT à verser à son conseil au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme D soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;

- qu'elle n'est pas motivée ;

- que la décision viole la loi.

Par des mémoires en défense enregistrés le 29 avril 2022 et le 24 mai 2022, le département de la Moselle conclut au rejet de la requête, à titre principal, pour irrecevabilité, et, à titre subsidiaire, comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique ont été entendus :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Mme D, représentée par Me Poisignan substituant Me Rosenstiehl.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La caisse d'allocations familiales de la Moselle a mis à la charge de Mme D, par décision du 7 mai 2019, une dette de 8643,36 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période d'août 2017 à janvier 2019. Mme D a sollicité la remise gracieuse de sa dette, demande qui a été rejetée par une décision du 5 novembre 2021 du président du département de la Moselle. Par le présent recours, Mme D demande l'annulation de cette dernière décision

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Enfin, l'article L. 262-46 dudit code dispose que : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. Par suite les moyens de la requête tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'absence de motivation et de violation de la loi par la décision sont inopérants et doivent être écartés.

4. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de la requérante et dont l'intéressée sollicite la remise gracieuse, résulte de ce que celle-ci résidait au Chili du 7 août 2017 au 20 novembre 2020. Elle ne résidait donc pas de manière stable et effective en France au sens des dispositions de l'article L 262-2 du code de l'action sociale et des familles. Si elle fait valoir que son déplacement avait pour objectif de réaliser son projet personnalisé d'accès à l'emploi, il ne ressort pas des pièces produites que ce projet prévoyait un déplacement au Chili mais devait guider la requérante dans le montage de sa société via des ateliers collectifs de formations, des travaux d'application et un bilan d'évaluation. De plus elle n'a jamais déclaré à la caisse son déplacement au Chili. Or, une telle omission, compte tenu de sa réitération, de la nature et du montant des sommes perçues et alors que l'intéressée ne pouvait légitimement ignorer son obligation de porter à la connaissance son déplacement au Chili doit être regardée comme étant constitutive d'une fausse déclaration aux sens des dispositions précitées, laquelle fait obstacle à ce que la requérante puisse prétendre à une remise gracieuse de sa dette. En outre, si la requérante soutient être dans une situation financière difficile, cette circonstance, à la supposée établie, est sans influence sur la légalité de la décision contestée, dès lors que l'indu en cause doit être regardé comme trouvant son origine dans une fausse déclaration de l'intéressée. Par suite, Mme D n'est pas fondée à se plaindre de ce que, par la décision contestée du 5 novembre 2021, le département de la Moselle a refusé de lui octroyer la remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de Mme D ne peuvent être que rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, y compris, par voie de conséquence, les conclusions au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au département de la Moselle. Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2023.

Le magistrat désigné,

H. CLa greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2201203

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