lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2201928 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | KRETZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mars et 17 octobre 2022, Mme C B, représentée par Me Kretz, demande au tribunal :
1°)de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles elle été assujettie au titre de l'année 2016 ;
2°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que :
- l'administration a méconnu son obligation de loyauté ;
- l'administration ne pouvait imposer la somme en litige comme constituant des revenus d'origine indéterminée alors qu'elle savait dans quelle catégorie les revenus en cause devaient être imposés ;
- ces revenus n'étaient pas imposables en France dès lors qu'ils provenaient d'une activité indépendante exercée en Suisse et en Allemagne ;
- elle est fondée à solliciter l'application du système du quotient à ces revenus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, la directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
La directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par une lettre du 24 octobre 2022, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la demande tendant au bénéfice du système du quotient prévu par l'article 163-0 A du code général des impôts, qui a été présentée postérieurement au délai spécial de réclamation institué par l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales, est irrecevable.
Par un mémoire enregistré le 29 octobre 2022, Mme B a présenté ses observations en réponse au moyen d'ordre public.
Par une lettre du 2 novembre 2022, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions relatives au quotient sont irrecevables dès lors que la demande tendant au bénéfice du quotient ne peut être présentée directement devant le juge de l'impôt et doit faire l'objet d'une réclamation préalable devant l'administration fiscale.
Par un mémoire enregistré le 4 novembre 2022, Mme B a présenté ses observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D A,
- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle portant sur ses revenus de l'année 2016 à la suite duquel l'administration a imposé, sur le fondement de l'article 1649 A du code général des impôts, des revenus d'un montant total de 521 740 euros transférés depuis des comptes ouverts à l'étranger et non déclarés. Mme B demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et de contributions sociales s'élevant à la somme totale de 428 366 euros, auxquelles elle ainsi été assujettie au titre de l'année 2016.
Sur l'étendue du litige :
2. Par décision du 1er août 2022, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin a prononcé le dégrèvement, à hauteur de la somme de 119 783 euros, des pénalités appliquées à Mme B, correspondant à l'abandon de la majoration de 40 % des droits d'impôt sur le revenu prévue par les dispositions du premier alinéa de l'article 1758 du code général des impôt. Par suite, les conclusions de la requête de Mme B sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne les conclusions à fin de décharge :
3. En premier lieu, si l'administration fiscale, qui est tenue à un devoir de loyauté, ne saurait induire en erreur les contribuables sur l'étendue de leurs obligations, elle n'est pas pour autant tenue à leur égard à un devoir de conseil ou d'assistance. Il résulte de l'instruction que Mme B a souscrit chaque année entre 2006 et 2016 une déclaration de revenus indiquant un domicile en France sans jamais mentionner ni les revenus qu'elle retirait d'une activité professionnelle indépendante en Allemagne et en Suisse, ni les comptes bancaires ouverts dans ces pays et sur lesquels elle déposait ses avoirs. Si Mme B soutient que l'administration ne l'a pas suffisamment informée de la procédure à suivre lorsqu'elle a décidé en 2016 de régulariser sa situation fiscale, elle n'établit pas que les agents du service avec lesquels elle a eu de nombreux échanges oraux et écrits l'ont induite en erreur sur l'étendue de ses obligations déclaratives et sur les formalités à accomplir dans le cadre de la procédure de mise en conformité des avoirs à l'étranger. Il résulte au surplus de l'instruction, et notamment des écritures de la requérante, qu'elle n'ignorait pas qu'elle devait engager cette procédure et qu'elle avait eu recours à cet effet aux conseils et à l'assistance d'un expert-comptable. Si Mme B fait valoir qu'elle n'a pas été satisfaite des prestations de ce professionnel et qu'elle était dans une situation de vulnérabilité en raison de son état de santé, il n'appartenait pas, en tout état de cause, à l'administration fiscale de se substituer au conseil de la contribuable. Il suit de là que le moyen tiré de ce que l'administration aurait méconnu le principe de loyauté ne peut être accueilli.
4. En second lieu, les deuxième et troisième alinéas de l'article 1649 A du code général des impôts disposent que : " Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger. () / Les sommes, titres ou valeurs transférés à l'étranger ou en provenance de l'étranger par l'intermédiaire de comptes non déclarés dans les conditions prévues au deuxième alinéa constituent, sauf preuve contraire, des revenus imposables ". Ces dispositions, qui instaurent l'obligation, pour tout contribuable domicilié en France, de déclarer à l'administration les références de tout compte bancaire dont il est titulaire à l'étranger, prévoient qu'à défaut d'une telle déclaration, les fonds ayant transité par ce compte constituent des revenus imposables, sauf, pour le contribuable titulaire du compte, à apporter la preuve que les sommes en question n'entraient pas dans le champ d'application de l'impôt ou en étaient exonérées ou qu'elles constituaient des revenus qui avaient déjà été soumis à l'impôt.
5. D'une part, il est constant que Mme B a transféré sur son compte à la caisse d'épargne d'Erstein, les 2 février et 6 mai 2016, les sommes respectives de 186 466,52 euros et 335 273,54 euros par l'intermédiaire de comptes ouverts dans deux établissements bancaires à Bâle et Zofingen en Suisse. A supposer même que Mme B puisse être regardée comme établissant, par les éléments qu'elle produit, que ces sommes provenaient de son activité en Allemagne et en Suisse, elle ne justifie pas que les revenus tirés de cette activité n'étaient imposables que dans les pays où elle était exercée, alors que la requérante reconnaît dans ses écritures qu'ils n'ont été soumis à l'impôt ni en Allemagne, ni en Suisse. Mme B ne peut dès lors sérieusement prétendre au bénéfice d'un prétendu crédit d'impôt correspondant à l'impôt payé à l'étranger sur ses mêmes revenus dont elle ne précise d'ailleurs pas le fondement. Si Mme B soutient qu'elle résidait en Allemagne pendant les années 2010 et 2011, elle ne justifie pas qu'elle avait cessé d'avoir son domicile fiscal en France, en application des dispositions combinées des article 4 A et 4 B du code général des impôts, en se bornant à produire la copie, d'ailleurs difficilement lisible, d'un contrat de location en langue allemande et non traduit alors qu'elle a souscrit des déclarations de revenus au titre de ces deux années en indiquant une adresse à Erstein. La seule circonstance que Mme B a été imposée à l'impôt sur le revenu à raison de bénéfices non commerciaux de 33 000 euros et de salaires de 13 000 euros, au titre des années 2010 et 2011 respectivement, ne peut suffire à établir que les sommes en litige ont été soumises à l'impôt à hauteur de ces montants en l'absence de toute précision sur l'origine des sommes de 33 000 euros et 13 000 euros, qui ne résulte pas suffisamment de la seule mention manuscrite " Allemagne " sur la déclaration des revenus encaissés à l'étranger en 2011. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a soumis à l'impôt sur le revenu en application de l'article 1649 A du code général des impôts la somme de 521 740 euros transférée de comptes ouverts à l'étranger et non déclarés.
6. D'autre part, cette somme ne pouvait, par nature, qu'être qualifiée de revenus d'origine indéterminée, dès lors que le fait générateur de l'imposition est constitué par la constatation du transfert et non par la perception ou par l'origine de ladite somme. Il s'ensuit que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la somme en litige aurait dû être imposée dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.
En ce qui concerne la demande tendant au bénéfice du système du quotient :
7. Aux termes de l'article 163-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue II. - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a eu, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, la disposition d'un revenu correspondant, par la date normale de son échéance, à une ou plusieurs années antérieures, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant à ce revenu soit calculé en divisant son montant par un coefficient égal au nombre d'années civiles correspondant aux échéances normales de versement augmenté de un, en ajoutant à son revenu net global imposable le quotient ainsi déterminé, puis en multipliant par ce même coefficient la cotisation supplémentaire ainsi obtenue ".
8. La demande de Mme B tendant au bénéfice du système du quotient est irrecevable dès lors qu'elle est présentée pour la première fois directement devant le tribunal administratif sans avoir fait l'objet d'une réclamation préalable à l'administration. Cette demande ne peut, dès lors, qu'être rejetée.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la décharge des impositions et pénalités restant en litige. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B à concurrence du dégrèvement de 119 783 (cent dix-neuf mille sept cent quatre-vingt-trois) euros prononcé par le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Christophe Michel, premier conseiller,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
Le rapporteur,
C. A
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Strasbourg, le
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026