mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2202397 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | WOLDANSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 9 avril 2022 et le 2 mai 2023, Mme D C, représentée par Me Woldanski, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de la maire de Mulhouse en date du 24 janvier 2022 portant admission à la retraite pour invalidité ;
2°) d'enjoindre à la maire de Mulhouse de procéder à sa réintégration ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Mulhouse la somme de 2 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 ont été méconnues ; le procès-verbal de la commission de réforme du 8 avril 2021 démontre qu'aucun médecin spécialiste n'a été convié à la réunion ; un spécialiste en neurologie aurait dû être invité à participer à l'examen de son cas dès lors qu'elle conteste l'appréciation de la ville quant à sa capacité à exercer d'autres fonctions ; la présence d'un médecin spécialiste constitue une garantie ;
- le médecin de prévention était également absent lors de la séance de la commission de réforme en méconnaissance des dispositions de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 ;
- la commission administrative paritaire n'a pas été saisie pour avis de la fin de fonctions de la requérante ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles 1 et 2 du décret n°85-1054 du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions ;
- la commission de réforme n'a pas été consultée sur la possibilité d'un reclassement compatible avec son état de santé ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ; elle ne sait pas précisément sur quels éléments concrets la maire s'est fondé pour considérer qu'elle était inapte à ses fonctions ;
- si elle a été hospitalisée en juillet 2009, dans le service de neurochirurgie du centre hospitalier de Mulhouse pour la prise en charge d'un infarctus cérébral selvien superficiel gauche secondaire à une dissection traumatique de la carotide interne homolatérale, entraînant une hémiparésie droite sensitivomotrice, une hémianopsie latérale homonyme droite partielle, l'évolution clinique favorable lui a permis de reprendre son travail sur différents postes dès juillet 2012 ;
- malgré une certaine lenteur de la vitesse grapho-motrice, elle dispose de capacités dans la norme supérieure ;
- son état est stabilisé selon le certificat médical du 26 août 2014, soit cinq ans après son AVC.
- elle n'a plus aucun traitement médical, ni suivi médical ni rééducation.
- la décision est entachée de détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mars 2023, la maire de Mulhouse conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;
- la loi 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée ;
- le décret 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cormier, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Devys, rapporteure publique ;
- et les observations de M. A, représentant la commune de Mulhouse.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est ingénieure territoriale au sein de la commune de Mulhouse depuis le 1er décembre 2006. Elle a été placée en congé de longue maladie du 16 juillet 2009 au 15 juillet 2012, à la suite d'un accident vasculaire cérébral, puis en temps partiel thérapeutique du 16 juillet 2012 au 15 juillet 2013. La commission départementale de réforme, saisie par la commune de Mulhouse, a, dans un avis du 8 avril 2021, confirmé l'inaptitude totale et définitive de la requérante aux fonctions et à toute fonction, en fixant un taux de 40% pour l'infirmité " syndrome frontal " et un taux de 20% pour l'infirmité " ataxie coté dominant " et émis un avis favorable à sa mise en retraite pour invalidité. La commune de Mulhouse a prononcé son admission à la retraite pour invalidité par un arrêté du 6 septembre 2021. Cet arrêté a fait l'objet d'un recours devant ce tribunal et a été retiré le 14 décembre 2021, dans l'attente de l'avis de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités territoriales (ci-après CNRACL). Le 18 janvier 2022, la CNRACL a émis un avis favorable à l'admission à la retraite pour invalidité de Mme C. Par un arrêté du 24 janvier 2022, dont Mme C demande l'annulation, la maire de Mulhouse a prononcé sa mise d'office à la retraite pour invalidité à compter du 1er mars 2022. Mme C a parallèlement introduit un référé suspension contre cet arrêté. Par une ordonnance du 23 septembre 2022, le Conseil d'Etat a rejeté le recours formé contre la décision du tribunal suspendant l'arrêté en litige.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le président de la commission de réforme est désigné par le préfet qui peut choisir soit un fonctionnaire placé sous son autorité, soit une personnalité qualifiée qu'il désigne en raison de ses compétences, soit un membre élu d'une assemblée délibérante dont le personnel relève de la compétence de la commission de réforme. () / Cette commission comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.
4. La commission départementale de réforme, lors de la séance du 28 avril 2021 au cours de laquelle le cas de Mme C a été examiné, ne comprenait, ainsi que le soutient l'intéressée, aucun spécialiste, et plus précisément, s'agissant de son cas, aucun médecin neurologue. Cependant, la présence d'un spécialiste lors d'une réunion de la commission de réforme n'est prescrite à peine d'irrégularité de la procédure que si cette présence est nécessaire à l'appréciation par la commission des éléments médicaux qui lui sont soumis.
5. Ainsi, si le comité médical départemental, qui s'est réuni le 9 juin 2022, postérieurement à l'ordonnance du juge des référés du 17 mai 2022, a estimé qu'il était nécessaire de procéder à une expertise complémentaire auprès d'un spécialiste agréé, les deux rapports d'expertises médicales successivement menées le 27 mars 2019 et le 21 février 2020, par le docteur B et par le docteur E, neurologues, concluent tous les deux que Mme C est inapte de manière totale et définitive à l'exercice de toute fonction. Dans ces conditions, l'absence d'un expert au sein de la commission de réforme n'a pas, en l'espèce, privé Mme C d'une garantie. Par suite, c'est à bon droit que la commune de Mulhouse a décidé de suivre l'avis de la commission de réforme du 8 avril 2021 et de l'admettre à la retraite pour invalidité.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 15 du décret du 4 août 2004 : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous. ".
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du 23 mars 2021 du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Haut-Rhin produit par la commune de Mulhouse, que le médecin de prévention a été informé par le secrétariat de la commission de ce que le cas de M. C allait être soumis à la commission de réforme le 8 avril 2021. Par suite, ce moyen qui manque en fait doit être écarté.
8. En troisième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit une information préalable de la commission administrative paritaire d'une mise à la retraite pour invalidité, même si la personne concernée est représentante syndicale. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En quatrième lieu, eu égard à l'ensemble des pièces du dossier et notamment au rapport de saisine de la commission de réforme et aux avis des deux médecins experts neurologues, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par la commune de Mulhouse qui retient l'inaptitude totale et définitive de Mme C à toute fonction. Les certificats produits par Mme C ne sont pas de nature à remettre en cause les appréciations émises par les deux médecins neurologue, experts auprès de la commission de réforme.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'autorité territoriale ou le président du Centre national de la fonction publique territoriale ou le président du centre de gestion, après avis du conseil médical, propose à l'intéressé une période de préparation au reclassement en application de l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique. L'agent est informé de son droit à une période de préparation au reclassement dès la réception de l'avis du conseil médical, par l'autorité territoriale dont il relève. () ".
11. Mme C étant inapte totalement et définitivement à toute fonction, il ressort des dispositions précitées que la commune de Mulhouse n'avait pas à la reclasser.
12. En sixième et dernier lieu, les éléments produits par Mme C ne sont pas de nature à faire présumer du sérieux de ses allégations tirées d'une discrimination fondée sur son état physique. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel la maire de Mulhouse l'a admise d'office à la retraite pour invalidité. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la commune de Mulhouse.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laubriat, président,
Mme Weisse-Marchal, première conseillère,
M. Cormier, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le rapporteur,
R. Cormier
Le président,
A. Laubriat
La greffière,
A. Picot
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026