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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203060

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203060

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022 sous le numéro 2203060, M. A F, représenté par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022 sous le numéro 2203061, Mme G épouse F, représentée par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de transmission à la préfecture de l'information relative à l'identité du médecin ayant établi le rapport médical ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C E,

- les observations de Me Kling, avocate de M. et Mme F, présents.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2203060 et 2203061, présentées respectivement pour M. et Mme F, sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et posent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. et Mme F, ressortissants kosovars entrés irrégulièrement en France en juillet 2013, résidaient depuis huit ans et demi sur le territoire français à la date des décisions attaquées. S'il est constant qu'ils doivent la durée de leur séjour en France au non-respect de plusieurs mesures d'éloignement, il n'est pas contesté que Mme F a bénéficié d'un titre de séjour du 13 juin 2017 au 12 juin 2018, puis a été de nouveau autorisée au séjour pendant trois mois, en raison de son état de santé, du 10 septembre au 10 décembre 2021, tandis que M. F s'est vu délivrer une autorisation provisoire de séjour le 17 octobre 2018 d'une durée de trois mois. Les deux filles du couple sont nées sur le territoire français. L'aînée, âgée de 8 ans et qui n'a vécu qu'en France, était scolarisée en CE1 à la date des décisions attaquées, la cadette étant née en décembre 2019. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. F exerçait les fonctions d'ouvrier en contrat à durée indéterminée depuis dix mois à la date de la décision attaquée, justifiant ainsi de son intégration professionnelle et de sa capacité à prendre en charge sa famille, tandis que son épouse établit avoir appris et parler le français. Le couple dispose par ailleurs de son propre appartement. Enfin, si le préfet du Haut-Rhin oppose au requérant de s'être fait connaître des services de police le 20 janvier 2019 pour vol avec violence et le 10 mars 2020 pour détention frauduleuse et usage de faux document administratif, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de toute condamnation et même de toute preuve de l'engament d'une procédure pénale à son encontre, que la présence de l'intéressé en France constituerait une menace à l'ordre public. Dans les conditions particulières de l'espèce, notamment d'insertion professionnelle de M. F et compte tenu du nombre d'années de séjour de la famille en France et de scolarisation de l'aînée de leurs filles, les requérants sont fondés à soutenir qu'en refusant de leur délivrer un titre de séjour, le préfet du Haut-Rhin a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, M. et Mme F sont fondés à demander l'annulation des décisions du 30 mars 2022 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation des arrêtés du 30 mars 2022 implique nécessairement que le préfet du Haut-Rhin délivre à M. et Mme F un titre de séjour. Il y a lieu de prescrire au préfet d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. M. et Mme F ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kling, avocate de M. et Mme F, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Kling de la somme de 1 500 euros HT.

D E C I D E :

Article 1 : Les arrêtés du préfet du Haut-Rhin en date du 30 mars 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de délivrer à M. et Mme F un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros HT à Me Kling, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Kling renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Mme D B épouse F, à Me Kling et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bonifacj, présidente,

Mme Brodier, première conseillère,

Mme Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 juillet 2022.

La rapporteure,

H. E

La présidente,

J. Bonifacj

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2203060, 2203061

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