mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203879 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | BLANVILLAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin 2022 et 28 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2022, par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, le cas échéant, sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur de fait.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation compte tenu de sa situation personnelle et de la circonstance qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juillet 2022 et le 8 août 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute de comporter l'exposé de moyens ;
- la requête n'est pas fondée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022.
Des pièces, enregistrées le 5 septembre 2022, présentées pour M. B, n'ont pas été communiquées en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience par décision du 1er septembre 2022.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais né le 13 avril 2002, a été placé en garde à vue le 10 juin 2022 par les services de police de Metz pour recel de vol et port d'arme. Par un arrêté du 11 juin 2022, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 septembre 2022, il n'y a pas lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté du 2 juin 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Moselle a donné compétence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à Mme F E à l'effet de signer, lors des permanences qu'elle assure, toutes les mesures d'éloignement prises à l'encontre des ressortissants étrangers en situation irrégulière prévues au livre cinquième du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exception de certaines décisions dont ne relèvent pas les décisions en litige. Il n'est ni établi, ni même allégué par le requérant que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée, ni que Mme E n'aurait pas été de permanence lors de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme E, signataire de l'arrêté en litige, doit être écarté comme manquant en fait.
4. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, et alors que le préfet de la Moselle n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions en litige doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France, de sa scolarisation dans le système éducatif français pendant plusieurs années et de la présence sur le territoire français de ses parents et de son frère mineur. Il fait également valoir la conclusion d'un contrat d'apprentissage avec la société Jine Food Bar pour la période du 15 septembre 2021 au 15 juillet 2023. Toutefois, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantissent pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, si le requérant est entré en France à l'âge de 15 ans et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Moselle jusqu'à sa majorité, il n'a cependant pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour après avoir atteint sa majorité. En particulier il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé son admission au séjour en application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans l'année qui suivait son dix-huitième anniversaire. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que les parents du requérant résideraient régulièrement sur le territoire français. Il est également constant que M. B est célibataire et sans charge de famille en France. Enfin, il n'est pas établi que la cellule familiale composée du requérant, de ses parents et de son frère mineur ne pourrait pas se reconstituer en Albanie. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet, en adoptant la décision en litige, n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ladite décision a été prise. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la circonstance qu'il constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de la Moselle, en adoptant la décision en litige, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans les circonstances susrappelées, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
7. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit soulevé dans la requête introductive d'instance n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.
8. En troisième lieu, le requérant soutient que la décision en litige indique, d'une part, qu'il est né à Kuksi alors qu'il est né à Tirana. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B a lui-même indiqué, lors de son audition du 10 juin 2022, être né à Kuksi. Il ne saurait ainsi reprocher cette erreur de fait qui, au demeurant, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.
9. En dernier lieu, M. B soutient que le mémoire en défense du préfet de la Moselle enregistré le 1er juillet 2022 indique à tort qu'il a été placé en garde à vue le 5 mars 2022. Il est toutefois constant que l'arrêté en litige mentionne sans erreur un placement en garde à vue le 10 juin 2022. Il s'ensuit que ce moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Par ailleurs, l'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (). ".
11. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, les parents et le frère du requérant, à supposer qu'ils soient effectivement présents sur le territoire français, ne justifient d'aucun droit au séjour. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français. Enfin, la circonstance qu'il réside depuis plusieurs années en France et y a suivi une partie de sa scolarité ne constitue pas une circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et à supposer même que le comportement de l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet a pu légalement prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
12. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé dans la requête introductive d'instance, n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, par suite, être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Moselle, que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu d'accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire à M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Duez-Gündel, conseiller,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
Le rapporteur,
C. G
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026