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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204145

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204145

mardi 29 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022, Mme B F, représentée par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faute pour la préfète du Bas-Rhin de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision attaquée est entachée du vice d'incompétence ;

- cette décision méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète du Bas-Rhin soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe Michel,

- et les observations de Me Kling, avocate de Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante kirghize née le 9 septembre 1991, est entrée irrégulièrement sur le territoire français, le 19 juin 2015, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 octobre 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 juin 2016. Le 10 novembre 2016, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 22 mai 2018, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 11 octobre 2018 et par la cour administrative d'appel de Nancy le 29 avril 2019, elle a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Le 4 août 2017, Mme F a sollicité de nouveau son admission au séjour en se prévalant de ses attaches en France. Par un arrêté du 17 février 2021, dont la légalité a été confirmée par le tribunal le 11 mai 2021 et par la cour administrative d'appel de Nancy le 13 janvier 2022, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Le 4 avril 2022, Mme F a réitéré sa demande de titre de séjour sur le même fondement. Elle demande l'annulation de la décision du 25 mai 2022 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de faire droit à cette demande.

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme C D, chef du bureau de l'admission au séjour, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, signé par Mme D, serait entaché d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne garantissent à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En l'espèce, Mme F se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence régulière sur le territoire de sa sœur, de sa relation avec un ressortissant arménien titulaire d'une carte de résident valable dix ans, de la naissance en France d'un enfant issu de cette union et de ses activités de bénévolat. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la durée de son séjour résulte de son maintien sur le territoire français en dépit des deux mesures d'éloignement prises à son encontre. Elle n'établit pas être dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où elle a vécu vingt-quatre ans de sa vie. En outre, elle n'apporte pas d'éléments permettant d'établir de façon suffisamment probante l'ancienneté et la stabilité de sa relation avec son compagnon. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté au droit de Mme F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Mme F ne se prévaut d'aucun autre motif que ceux précédemment exposés au point 4. Aucune des circonstances évoquées n'est de nature à établir que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou serait justifiée par des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer l'enfant de Mme F de ses parents. Par ailleurs, la requérante n'apporte aucun élément précis ou probant de nature à établir la réalité et l'intensité des liens qu'elle soutient entretenir avec les enfants de son compagnon. Ainsi, dans ces circonstances, la décision attaquée n'est pas davantage intervenue en méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme F tendant à l'annulation de la décision du 25 mai 2022 de la préfète du Bas-Rhin doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Me Kling et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2023.

Le rapporteur,

C. MICHEL

Le président,

J. IGGERT

La greffière,

O. WAGNER

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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