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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204335

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204335

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGLETTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, M. C H demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé en fait et en droit ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- la préfète porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. G en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sibileau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Gletty, avocat de M. H, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre :

* que l'arrêté attaqué méconnaît les 2° et 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur matérielle quant à la nationalité du requérant.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, déposée pour M. H, a été enregistrée le 6 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C H ressortissant algérien né le 31 août 1976, est actuellement écroué à la maison d'arrêt de Strasbourg depuis le 4 septembre 2021 dans le cadre de sa condamnation par jugement du tribunal correctionnel de Mulhouse du 6 septembre 2021 à douze mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivi d'une incapacité supérieure à 8 jours, en récidive. Par un arrêté du 4 juillet 2022, dont M. H demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 4 mars 2022, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. B F, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige et en cas d'absence ou d'empêchement, à M. D E, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. F n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature de cette décision. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté contesté, qui comporte l'exposé des faits et des considérations de droit sur lesquels il se fonde, est suffisamment motivé. La préfète du Bas-Rhin, qui a mentionné dans son arrêté que le requérant a été condamné plus d'une vingtaine de fois par les juridictions répressives, qu'il a passé dix ans et six mois en détention, que la nature des faits ayant justifié leur condamnation et leur répétition constituent une menace grave, actuelle et répétée à la sécurité publique, a procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. H.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. H fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit, qu'il constitue une ingérence excessive dans son droit au respect de sa vie privée et qu'il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a été condamné depuis 2001 à plus d'une vingtaine de reprises par les juridictions répressives à des peines d'emprisonnement dont la durée totale est de dix ans et six mois. Par ailleurs, il est constant que le requérant n'est pas marié et n'a pas d'enfant en France. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, l'arrêté litigieux du 4 juillet 2022 n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, la préfète du Bas-Rhin n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressé. Pour les mêmes motifs, M. H n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense est dépourvu de toute précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français: / [] 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / [] 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans; [] "

8. D'une part, si le requérant soutient vivre habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, il n'a apporté aucune justification à l'appui de ses allégations. Par conséquent, il ne peut se prévaloir du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité.

9. D'autre part, s'il est constant que le requérant a été emprisonné pendant près de onze ans en France, la condition de résidence, prévue par les dispositions précitées, ne tient pas compte des années passées en détention. M. H sur qui pèse la charge de la preuve, n'établit pas, par ses seules allégations, résider régulièrement en France depuis plus de vingt ans au jour de la décision contestée.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants: / 1o L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité; / [] 5o Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public; "

11. Il ressort des pièces du dossier en tout état de cause que la préfète pouvait régulièrement fonder sa décision sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur de droit et tenant à ce que le 2° du même article ne constitue pas une base légale régulière doit être écarté.

12. En septième lieu, il est constant que le requérant est un ressortissant algérien et non marocain comme il est indiqué dans l'arrêté contesté. Cette erreur, pour regrettable qu'elle soit, ne constitue qu'une erreur matérielle dès lors et notamment que la décision attaquée fixe comme pays de renvoi celui dont l'intéressé a la nationalité ou dans lequel il est légalement admissible.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. H ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C H, à Me Gletty et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

J.-B. G

La greffière

M. A

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. A

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