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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204361

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204361

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGLETTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022, M. H G demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen personnel ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est intervenue en méconnaissance de ses droits de la défense ;

- elle porte une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen personnel ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est intervenue en méconnaissance de ses droits de la défense ;

- elle porte une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Brodier, magistrate désignée ;

- les observations de Me Schweitzer, avocate de M. G, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et insiste sur le fait que l'intéressé réside en France avec sa sœur, qu'il travaille sur les marchés avec elle, qu'il n'a pas pu déclarer l'adresse de sa sœur lorsqu'il a été interpelé, qu'il vit en France depuis 1998, qu'il n'a plus de contact avec ses deux filles aînées, qui ont fondé leur propre famille en Roumanie, ni avec les quatre enfants de son ex-concubine également en Roumanie ;

- les observations de M. G, assisté de Mme D, interprète en langue roumaine, qui indique souhaiter rester en France, ne pas savoir ce qu'il pourrait faire en Roumanie, où il n'a plus personne, précise qu'il est bien ici et qu'il va essayer de travailler et répond qu'il comprend le français et parle un peu.

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement des articles 20 de la loi du 10 juillet 1991 et 61 du décret du 28 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. La préfète du Bas-Rhin a, par un arrêté du 20 octobre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 22 octobre 2021, donné délégation à M. B C, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A F, directeur des migrations et de l'intégration, tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'incompétence de son signataire doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la mesure d'éloignement manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. G a été informé, par un courrier du 29 juin 2022, de ce que la préfète du Bas-Rhin envisageait de prendre une obligation de quitter le territoire français sans délai à son encontre. Le requérant, qui n'a pas souhaité formuler d'observations avant l'intervention de cette mesure, n'allègue avoir été empêché de faire valoir tout élément relatif à sa situation personnelle en France. Par suite, il ne saurait sérieusement soutenir que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance de ses droits de la défense, ni qu'elle serait entachée de défaut d'examen personnel. Ces deux moyens ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, le moyen tiré d'une erreur de droit n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En dernier lieu, si M. G indique habiter en France depuis 1998, il ne produit aucune pièce pour établir l'ancienneté et les conditions de son séjour. La seule circonstance que sa sœur réside en France et peut l'héberger à sa sortie de la maison d'arrêt de Strasbourg ne permet pas de considérer qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ni porté une atteinte excessive au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de circulation sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code, sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français les dispositions du sixième alinéa de l'article L. 251-1 aux termes duquel " [l]'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

9. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de circulation pendant une durée de trois ans manque en fait et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, M. G a eu la possibilité, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier, de présenter ses observations sur la mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français envisagée par la préfète du Bas-Rhin dès le 29 juin 2022. L'intéressé n'a pas souhaité formuler d'observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ses droits de la défense doit être écarté.

11. En troisième lieu, eu égard au caractère suffisant de la motivation de la décision attaquée et en l'absence d'observations personnelles présentées par M. G en réponse au courrier l'informant de ce qu'il était envisagé de lui faire interdiction de circulation sur le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure en litige serait entachée de défaut d'examen de sa situation personnelle.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré d'une erreur de droit n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu'il habite en France depuis 1998, sans au demeurant établir les conditions de son séjour, que sa sœur réside à Strasbourg et peut l'héberger, et qu'il n'a plus de contact avec ses deux filles présentes en Roumanie, M. G n'établit pas que la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français pendant trois ans serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation ni qu'elle porterait une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, ces deux moyens doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin en date du 5 juillet 2022.

D E C I D E :

Article 1 : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de sa requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H G,

à Me Schweitzer et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

H. E

Le greffier,

C. Bohn

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

C. Bohn

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