jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204586 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2022, M. D A, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite née le 8 juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg a confirmé la sanction qui lui a été infligée le 1er juin 2022 par la commission de discipline de la maison centrale d'Ensisheim ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le compte rendu d'incident ayant conduit à l'édiction de la décision en litige est irrégulier, faute de mention de l'identité de son rédacteur, ce qui ne permet de s'assurer ni qu'il était compétent pour le rédiger, ni qu'il n'a pas siégé au sein de la commission de discipline ;
- la décision de poursuite a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- la décision de la commission de discipline du 1er juin 2022 a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que cette commission était irrégulièrement composée ;
- la procédure disciplinaire a été mise en œuvre en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de la commission de discipline est dépourvue de base légale ;
- la sanction est disproportionnée par rapport à la gravité des faits qui lui sont reprochés.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens tirés de ce que le compte-rendu d'incident ne mentionne pas l'identité de son auteur, de l'insuffisance de motivation de la décision de poursuite et de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne sont inopérants ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Poittevin ;
- et les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est incarcéré à la maison centrale d'Ensisheim depuis le mois de juin 2018 et occupe un poste de travail aux ateliers depuis août 2018. En 2021, il a été promu chef d'équipe. A la suite d'un incident survenu le 20 mai 2022 au sein de l'atelier avec un codétenu, la commission de discipline de la maison centrale d'Ensisheim lui a infligé, le 1er juin suivant, une sanction de déclassement de son emploi. M. A demande l'annulation de la décision implicite née le 8 juillet 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg a rejeté son recours préalable contre cette sanction.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. " Aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté. "
4. Si les dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente.
5. Le compte rendu établi en application des dispositions de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire précitées a pour seul objet de mettre en mesure le chef d'établissement d'apprécier l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire. Ainsi, la circonstance que M. A ne puisse identifier le rédacteur du compte rendu d'incident est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors que celui-ci a bénéficié des garanties de la procédure contradictoire et qu'il est établi que l'agent en cause, dont les initiales C.G. ne correspondent à aucun des membres de la commission de discipline, n'a pas siégé au sein de cette commission. Par suite, le moyen tiré de ce que le compte-rendu d'incident ne permet pas de connaître l'identité de son rédacteur doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 234-14 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue. "
7. Il est constant que la décision d'engagement des poursuites a été signée par Mme B C, directrice de l'établissement pénitentiaire d'Ensisheim. Contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, elle n'avait donc pas à justifier d'une délégation de signature. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision de poursuite doit être écarté.
8. En troisième lieu, M. A ne peut utilement soutenir que la décision d'engagement des poursuites, qui n'est pas au nombre des décisions devant être obligatoirement motivées, est entachée d'une insuffisance de motivation.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 234-2 du code pénitentiaire : " La commission de discipline comprend, outre le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " Aux termes de l'article R. 234-6 de ce code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal judiciaire territorialement compétent. / La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal judiciaire. "
10. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du registre tenu par la commission de discipline, produit en défense, que les assesseurs, présents au cours des débats et lors de la délibération, étaient M. B. T., assesseur pénitentiaire, qui n'était ni le rédacteur du compte-rendu d'incident, ni celui du rapport d'enquête, et Mme Pierrez, assesseure extérieure, dont la compétence est démontrée par la liste des assesseurs établie par la présidente du tribunal judiciaire de Colmar versée à l'instance. Par suite, et dès lors que, contrairement à ce qui est soutenu par M. A, aucune disposition ne prévoit que la désignation des assesseurs doive faire l'objet d'une mesure de publicité auprès du détenu, le moyen tiré de ce que la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
11. En cinquième lieu, M. A se prévaut d'une méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier de ce que son droit au silence n'aurait pas été garanti. Toutefois, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne précitée, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que les stipulations de l'article 6 de cette convention européenne soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne ne saurait être utilement invoquée à l'encontre d'une sanction disciplinaire prononcée par le directeur interrégional des services pénitentiaires.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration statue sur le recours administratif préalable obligatoire sur le fondement de la situation de fait et de droit prévalant à la date de sa décision, sauf mention contraire dans une loi ou un règlement. "
13. M. A soutient que la décision de la commission de discipline du 1er juin 2022 est dépourvue de base légale, dès lors qu'elle se fonde sur des dispositions du code de procédure pénale abrogées et recodifiées au sein du code pénitentiaire, dont les dispositions sont entrées en vigueur à compter du 1er mai 2022. Toutefois, la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Strasbourg née le 8 juillet 2022 s'est substituée à la décision initiale prise par la commission de discipline le 1er juin 2022. Par suite, le requérant ne peut utilement invoquer le moyen tiré de ce que la décision initiale était dépourvue de base légale, le directeur interrégional des services pénitentiaires s'étant nécessairement prononcé sur la situation de fait et de droit prévalant à la date de sa décision.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 2° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'une personne détenue ; () ". Aux termes de l'article R. 232-6 de ce code : " Constitue une faute disciplinaire du troisième degré le fait, pour une personne détenue : () 2° D'entraver ou tenter d'entraver les activités de travail, de formation, culturelles, cultuelles ou de loisirs ; () ".
15. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
16. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'enquête et de la décision de la commission de discipline du 1er juin 2022, que pour infliger la sanction de déclassement de M. A de son emploi, l'autorité administrative a estimé que l'intéressé avait commis une faute disciplinaire du troisième degré au regard du 2° de l'article R. 232-6 du code pénitentiaire, pour avoir provoqué une altercation aux ateliers. Si le requérant fait valoir que les faits qui lui sont reprochés sont d'une faible gravité au regard de la sanction retenue, il ne conteste pas l'existence d'une altercation, ni la possibilité qu'il avait de signaler le différend au personnel pénitentiaire. Ces faits, retenus par la commission de discipline, sont constitutifs d'une faute dès lors qu'ils ont pour effet d'entraver les activités de travail. Si l'intéressé se prévaut de sa constance dans son activité professionnelle et précise que la sanction de déclassement le prive de ses revenus et met à mal ses projets de réinsertion et d'aménagement de peine, la sanction infligée au requérant présente un caractère proportionné au regard de l'échelle possible des sanctions en cas de faute du troisième degré, qui peuvent être sanctionnées par un placement en cellule disciplinaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de la disproportion de la sanction doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Rees, président,
- Mme Dobry, conseillère,
- Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
L. POITTEVIN
Le président,
P. REESLa greffière,
V. IMMELE
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
L. RIVALAN
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026