mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2205015 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | KLING |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2205015 le 2 août 2022, M. K, représenté par Me Kling, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022, par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. H n'est fondé.
Par ordonnance du 3 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2205016 le 2 août 2022, Mme I épouse H, représentée par Me Kling, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022, par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A épouse H n'est fondé.
Par ordonnance du 3 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience par décision du 13 septembre 2022.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. J,
- et les observations de Me Kling, représentant M. et Mme H.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2205015 et 2205016 concernent la situation d'époux au regard de leur droit au séjour et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
2. M. et Mme H, ressortissants albanais, sont entrés en France, selon leurs dires en octobre 2016 avec leurs deux enfants. Ils ont présenté une demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 mars 2017, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 septembre 2017. Ils ont ainsi fait l'objet de mesures d'éloignement prononcées à leur encontre le 5 octobre 2017. Le 9 octobre 2017, M. H a sollicité son admission au séjour en se prévalant de son état de santé. Sa demande a été rejetée le 3 décembre 2018. Le 5 janvier 2018, M. et Mme H ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile. Cette demande a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 22 janvier 2018 et par la CNDA le 23 juillet 2018. De nouvelles mesures d'éloignement ont alors été prises à l'encontre des requérants le 8 novembre 2018. Ces mesures ont toutefois été annulées par un jugement n° 1807267 - 1807268 - 1807269 du tribunal du 28 février 2019. Le préfet du Haut-Rhin a pris de nouvelles mesures d'éloignement, le 10 avril 2019, contre lesquelles M. et Mme H ont formé un recours qui a été rejeté par un jugement n° 1903245 - 1903363 - 1904173 du tribunal du 19 juillet 2019. Le 27 avril 2022, M. et Mme H ont sollicité leur admission au séjour en se prévalant de leur vie privée et familiale sur le territoire. Par des arrêtés du 20 juillet 2022, dont ils demandent l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de faire droit à leur demande, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
3. Par un arrêté du 12 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme D C, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration et cheffe du bureau de l'admission au séjour de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les arrêtés contestés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme C, signataire des arrêtés en litige, doit être écarté comme manquant en fait.
Sur les moyens propres aux refus de titres de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. En l'espèce, M. et Mme H font valoir la durée de leur séjour en France, la présence à leurs côtés de leurs deux enfants, B et F, respectivement nés en 1997 et en 2001, la scolarisation d'Angjelo qui a obtenu un baccalauréat professionnel en juin 2022, la maitrise de la langue française pour Mme H et le suivi de cours de français pour M. H. Toutefois, les dispositions et stipulations précitées ne garantissent pas à un ressortissant étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. Or il est constant que si les requérants résident en France depuis environ six ans à la date de la décision en litige, ils n'ont toutefois été en situation régulière que durant l'examen de leur demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA et ont de surcroit chacun fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les 5 octobre 2017 et 10 avril 2019. Par ailleurs, la seule présence en France des enfants de M. et Mme H, qui sont majeurs et ont ainsi vocation à créer leur propre cellule familiale indépendante de celle de leurs parents, n'est pas suffisante pour justifier leur admission au séjour. Au demeurant, il ressort des pièces des dossiers qu'aucun des deux enfants des requérants n'est en situation régulière sur le territoire français et que F fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, il ressort de l'entretien réalisé le 27 avril 2022 auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin que la mère et les deux frères de M. H résident en Albanie où il n'est donc pas dépourvu d'attaches familiales. Il en résulte que le préfet du Haut Rhin n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel les décisions en litige ont été prises. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".
7. Eu égard à ce qui a été dit au point 5, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer aux requérants un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième lieu, dans les circonstances rappelées au point 5, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. et Mme H doit être écarté.
Sur les moyens propres aux obligations de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte des points précédents que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des refus de titre de séjour. Dès lors, ils ne sont pas davantage fondés à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, des obligations de quitter le territoire français prises à leur encontre.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, le préfet du Haut-Rhin n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les moyens propres aux décisions fixant le pays de destination :
11. Il résulte des points précédents que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des refus de titre de séjour et des obligations de quitter le territoire français pris à leur encontre. Dès lors, ils ne sont pas davantage fondés à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, des décisions fixant le pays de destination.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. et Mme H doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : Les requêtes de M. et Mme H sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G H, à Mme E A épouse H, à Me Kling et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Carrier, président,
M. Duez-Gündel, conseiller,
Mme Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le rapporteur,
C. J
Le président,
C. CARRIER
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2205015 - 2205016
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026