lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206160 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AJILI-JUNG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 19, 24 et 25 septembre 2022, M. F E, retenu au centre de rétention administrative de Geispolsheim, représenté par Me Ajili-Jung, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée, notamment sur la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société que constituerait son comportement, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;
- il n'a pas été entendu avant l'intervention de la mesure d'éloignement, en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète d'avoir examiné la possibilité de le remettre aux autorités autrichiennes ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, dès lors qu'il n'a pas cherché à dissimuler son identité et qu'elle ne fait pas mention de la présence de son père en France ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les seuls faits commis en 2017 ne suffisent pas à caractériser une menace actuelle à l'ordre public et qu'il ne s'est pas soustrait à la mesure d'éloignement édictée en 2017, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée, dès lors notamment que les seuls faits commis en 2017 ne suffisent pas à caractériser une menace actuelle à l'ordre public et qu'il justifie de liens avec la France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Therre, magistrat désigné ;
- les observations de Me Ajili-Jung, avocate de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et qui expose en outre que le requérant a été éloigné du territoire français en 2017, et qu'il déposé une demande d'asile en Autriche en 2022, ce qu'il n'a pas fait en France ;
- les observations de M. E, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui expose qu'après avoir quitté le territoire français en 2017, il y est revenu le 8 août 2022, suite à un passage par la Hongrie, puis par l'Autriche où sa demande d'asile a été enregistrée, et qu'il a pour projet de rendre visite à son père, souffrant, qu'il n'a pas vu depuis 2018, qui réside à Marseille.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. M. E bénéficie de l'assistance d'un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal judiciaire de Strasbourg dans les conditions prévues par l'article R. 776-22 du code de justice administrative. Il n'y a ainsi pas lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 20 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. D C, sous-préfet de l'arrondissement de Haguenau-Wissembourg, à l'effet de signer, durant ses permanences, toute décision en matière d'entrée, de séjour des étrangers en France et d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C n'est pas compétent pour signer l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans conséquence sur sa légalité, le moyen tiré de ce que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées au requérant dans une langue qu'il comprend doit être écarté comme inopérant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".
5. En premier lieu, le droit d'être entendu, tiré d'un principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique toutefois pas l'obligation pour l'administration d'organiser systématiquement, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. Il ressort des pièces du dossier que, le 18 septembre 2022, suite à son interpellation, M. E a été entendu par les services de la police nationale, notamment sur sa nationalité, sur les conditions de son entrée et de son séjour en France et sur sa situation personnelle et familiale. Contrairement à ce qu'il soutient, il a été mis en mesure, lors de cette audition, de faire état des démarches qu'il allègue avoir entreprises en Autriche en vue d'y obtenir l'asile et de ce qu'il demandait, le cas échéant, à être éloigné vers cet Etat membre de l'Union européenne. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige lui faisant obligation de quitter le territoire français est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu qu'il tire d'un principe général du droit de l'Union européenne.
7. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au demeurant, d'une part, l'autorité administrative n'est pas tenue de préciser tous les éléments relatifs à la situation d'un ressortissant étranger et, d'autre part, le caractère suffisant de la motivation s'apprécie indépendamment de la pertinence des motifs retenus par l'auteur de la décision en litige. Par ailleurs, M. E ne peut utilement de prévaloir des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux seuls citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E, qui n'établit pas avoir fait état, avant l'édiction de l'arrêté en litige, de ce qu'il aurait déposé une demande d'asile, en cours d'examen, en Autriche, pour prononcer à l'encontre de l'intéressé la décision attaquée.
9. En quatrième lieu, si M. E se prévaut de sa qualité de demandeur d'asile en Autriche, il se borne à produire une carte de procédure de demandeur d'asile en Autriche, qui n'est revêtue ni de sa date de délivrance, ni de la mention de la période de validité, ni de la signature de l'intéressé dans l'emplacement prévu à cet effet, ainsi que la copie d'un document, dont l'auteur ne peut être identifié, comportant la mention de quelques informations relatives au requérant et revêtu de la photographie de ce dernier, copie sur laquelle figure le cachet d'un médecin exerçant dans un centre médical autrichien, en date du 15 septembre 2022. Eu égard à leur nature et à leurs caractéristiques, ces deux pièces ne sont pas suffisantes pour établir que M. E aurait déposé une demande d'asile en Autriche en septembre 2022, qui aurait été en cours d'examen à la date de la décision en litige. Au demeurant, lors de son audition par les services de la police nationale en date du 18 septembre 2022, il n'a pas fait mention d'une demande d'asile déposée en Autriche, se bornant à soutenir qu'il était en Suisse depuis une semaine avant son entrée en France, le 16 septembre 2022 selon ses déclarations, et a déclaré ne pas être menacé en réponse à une question à ce sujet. Sa qualité de demandeur d'asile dans un Etat membre de l'Union européenne n'est ainsi pas établie. Par ailleurs, le requérant n'établit, ni même ne soutient qu'il serait entré régulièrement en France ou qu'il serait titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, et à supposer même que son comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Bas-Rhin a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, l'obliger à quitter le territoire français en raison notamment de l'irrégularité de son séjour en France.
10. En cinquième lieu, M. E, ressortissant tunisien, ne peut utilement, ainsi qu'il a été dit au point 7, se prévaloir des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. D'une part, en se bornant à produire le titre de séjour, un justificatif de domicile et une attestation peu circonstanciée établie par une personne qu'il présente comme son père, M. E, ressortissant tunisien né en 1986, n'établit pas le lien de parenté entre ce ressortissant tunisien et lui-même. Aussi, il ne peut se prévaloir de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec son père et de l'état de santé de ce dernier. D'autre part, il n'établit pas l'existence de liens privés qu'il aurait noués en France lors de ses séjours. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu durant la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En septième lieu, la circonstance, à la supposer même établie, qu'il n'aurait pas tenté de dissimuler sa véritable identité lors de sa retenue administrative pour vérification du droit au séjour, reste sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui a pu légalement être prise au seul motif de l'irrégularité de son entrée sur le territoire français où il s'est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par ailleurs, l'absence de mention de la présence de son père en France, à la supposer même établie, n'est pas de nature à caractériser une erreur de fait commise par la préfète du Bas-Rhin. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'erreurs de fait doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
15. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.
16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder à M. E un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
17. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que la préfète du Bas-Rhin, qui admet au demeurant dans son mémoire en défense que l'intéressé a été éloigné de manière contrainte du territoire national le 11 novembre 2017, se serait fondée sur la soustraction à une précédente mesure d'éloignement pour refuser d'octroyer à M. E un délai de départ volontaire. En outre, M. E pouvait se voir refuser l'octroi d'un tel délai dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 9, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. De plus, il ne justifie ni de la possession d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité, ni d'une résidence effective et permanente ni, par suite, de garanties de représentation suffisantes. Dès lors, la préfète du Bas-Rhin a pu regarder le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement comme établi, alors même que son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
18. En premier lieu, la décision fixant le pays à destination duquel M. E est susceptible d'être éloigné d'office comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
19. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E, qui n'établit pas avoir fait état, avant l'édiction de l'arrêté en litige, de ce qu'il aurait déposé une demande d'asile, en cours d'examen, en Autriche ou de ce qu'il aurait demandé à être éloigné vers cet Etat membre de l'Union européenne, pour prononcer à l'encontre de l'intéressé la décision attaquée.
20. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel M. E est susceptible d'être éloigné d'office devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
21. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
22. Si M. E soutient qu'il " nourrit d'intenses craintes " en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assortit cette allégation d'aucune précision ni ne produit de pièce de nature à l'établir. Au demeurant, il a déclaré, lors de son audition par les services de la police nationale en date du 18 septembre 2022, ne pas subir de menaces. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
23. En cinquième lieu, M. E ne démontre pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu durant la majeure partie de son existence. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations doit également être écarté.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
25. En premier lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français, qui fait notamment mention de sa date d'entrée en France et de l'absence d'intensité de liens développés dans ce pays, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
26. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision prononçant à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
27. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, il ne démontre pas l'ancienneté de son séjour en France, dès lors qu'il déclare y être entré, en dernier lieu, le 18 septembre 2022. Enfin, il n'établit pas y avoir établi des attaches fortes et anciennes, dès lors qu'il ne démontre ni que son père y résiderait, ni, à supposer même cette circonstance établie, qu'il entretiendrait des liens intenses avec lui. Aussi, et à supposer même que son comportement ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, la préfète du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : M. E n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à la préfète du Bas-Rhin et à Me Ajili-Jung. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Prononcé en audience publique le 26 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
A. ALa greffière,
L. Cherif
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,
L. Cherif
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026