vendredi 9 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206322 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | BOURCHENIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022, M. A E, représenté par Me Bourchenin, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2022 par lequel le préfet de la Moselle a prononcé, pour une durée de six mois, la suspension de la validité de son permis de conduire à compter de la date de retrait du titre ;
2) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui restituer son permis de conduire ;
3) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2.900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence ;
l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit résultant de l'absence de dépistage sanguin ;
l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut d'audition préalable du requérant à la mesure administrative ;
l'arrêté litigieux est entaché d'une absence d'information complète ;
l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doublée d'un défaut d'examen attentif de sa situation professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 17 septembre 2022 à 18 heures 05, M. E qui circulait à bord de son véhicule sur le territoire de la commune de Malroy (57) a fait l'objet d'un contrôle par les services de la gendarmerie d'Ennery au cours duquel il a été soumis à des épreuves de dépistage prévues par les dispositions de l'article R. 235-5 du code de la route, consistant en un simple prélèvement salivaire en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Suite à ce contrôle qui s'est immédiatement révélé positif, les services de la gendarmerie d'Ennery ont procédé à la rétention de son permis de conduire. Par un arrêté en date du 21 septembre 2022, le préfet de la Moselle a prononcé, pour une durée de six mois, la suspension de la validité de son permis de conduire sur le fondement des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de la prétendue incompétence du signataire de l'arrêté du 21 septembre 2022 :
2. Aux termes des dispositions de l'article L.111-2 du code des relations entre le public et l'administration, applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Toute personne a le droit de connaitre le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne. Ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressent la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté ". L'article L. 212-2 du même Code dispose que : " toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
3. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de la publication, le juge peut, sans méconnaitre le principe du contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier.
4. Si M. E fait valoir que la décision a été prise par une autorité incompétente, il ressort des pièces du dossier que Mme F D disposait d'une délégation de signature du préfet de la Moselle, par arrêté du 14 juin 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de Mme F D, signataire de la décision manque en fait et doit être écartée.
En ce qui concerne l'erreur de droit résultant de l'absence de dépistage sanguin :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, dans sa version alors applicable : " I. Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque :/ ()/ 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 ;/ ()/ II. La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, en cas de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. /() ".
6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 235-2 du même code : " ()/Les officiers ou agents de police judiciaire de la gendarmerie ou de la police nationales territorialement compétents à leur initiative et, sur l'ordre et sous la responsabilité des officiers de police judiciaire, les agents de police judiciaire adjoints, peuvent également, même en l'absence d'accident de la circulation, d'infraction ou de raisons plausibles de soupçonner un usage de stupéfiants, procéder ou faire procéder, sur tout conducteur ou tout accompagnateur d'élève conducteur, à des épreuves de dépistage en vue d'établir si cette personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants./ Si les épreuves de dépistage se révèlent positives ou lorsque le conducteur refuse ou est dans l'impossibilité de les subir, les officiers ou agents de police judiciaire font procéder à des vérifications consistant en des analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques, en vue d'établir si la personne conduisait en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. A cette fin, l'officier ou l'agent de police judiciaire peut requérir un médecin, un interne en médecine, un étudiant en médecine autorisé à exercer la médecine à titre de remplaçant ou un infirmier pour effectuer une prise de sang. / () ".
7. Si M. E conteste avoir été au moment de son interpellation sous produits stupéfiants, il ressort tant des résultats du prélèvement salivaire effectué le 17 septembre 2022 que ceux de l'analyse toxicologique réalisée par le Dr. Petit, expert auprès de la cour d'appel de Nancy, à partir du prélèvement effectué le 17 septembre 2022 qu'il était positif à des substances ou plantes classées dans la catégorie de stupéfiants. Enfin, les faits sont de nature à justifier une suspension de permis de conduire de six mois, compte tenu du danger que représente un conducteur d'automobile susceptible de se trouver sous l'emprise de tels produits. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'audition préalable du requérant préalablement à la mesure administrative :
8. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / () ".
9. Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L.211-2 sont définies à l'article L.122-1 du même code. La suspension d'un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application des dispositions de l'article L.211-2 du même code.
10. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les soixante-douze heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur, ayant conduit sous l'empire de produits stupéfiants, retrouve l'usage d'un véhicule, le préfet peut légalement prendre cette décision en se dispensant de procédure contradictoire en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus.
11. En l'espèce, et ainsi qu'il a été dit, il ressort des pièces du dossier que M. E a été interpellé à bord de son véhicule en étant positif aux substances ou plantes classées comme stupéfiants. Cette circonstance était de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Par suite, la décision attaquée entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, de sorte que le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'information complète figurant dans l'arrêté portant suspension du permis de conduire du requérant :
12. Si M. E fait valoir que l'arrêté portant suspension de son permis de conduire n'est pas entièrement complété, il ressort des pièces du dossier que les faits établis par les constats circonstanciés des services de la gendarmerie d'Ennery relevées dans l'avis de rétention du 17 septembre 2022, signé par le requérant et produit en défense, qui précise notamment que M. E a été contrôlé sur le territoire de la commune de Malroy, et les vérifications prévues par l'article R. 235-5 précité du code de la route ont établi qu'il conduisait sous l'emprise de substances ou plantes classées comme stupéfiants. La circonstance tirée de ce que ne figurent pas sur l'arrêté de mentions relatives au type de permis retiré, ni la date de retrait, ni la procédure de restitution n'est pas de nature à rendre la décision illégale. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant suspension de son permis de conduire n'est pas entièrement complété.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doublée d'un défaut d'examen attentif de la situation professionnelle du requérant :
13. M. E fait valoir que la décision du préfet de la Moselle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car elle impacte gravement sa situation professionnelle, laquelle nécessite la possession du permis de conduire. Toutefois, la gravité de l'infraction qui lui est reprochée est constitutive d'un danger grave et immédiat pour la sécurité du requérant et celles des autres utilisateurs de la route. Au surplus, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision prise à son encontre.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles fondées sur l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
H. C La greffière,
V. IMMELE
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026