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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206551

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206551

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLENAERTS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, transmise par le tribunal administratif de Nancy et enregistrée le 1er octobre 2022, Mme B C demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la compétence de leur signataire n'est pas établie ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle ne présente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lenaerts, avocate de Mme C, absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, à l'exception toutefois des moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions contestées et de ce que ces décisions n'ont pas été notifiées dans une langue que Mme C comprend, qu'elle déclare expressément abandonner.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née en 1979, déclare être entrée irrégulièrement en France en 2012. Elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 23 mars 2021, qui n'a pas été exécutée. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

3. Les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen invoqué sans plus de précisions, tiré de ce que ces décisions sont insuffisamment motivées, doit être écarté comme manquant en fait.

Sur l'autre moyen invoqué contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ". La préfète du Bas-Rhin a édicté la décision en litige aux motifs notamment que Mme C ne pouvait justifier être entrée régulièrement sur le territoire français et qu'elle constituait une menace pour l'ordre public, après que l'intéressée fut interpellée le 28 septembre 2022 pour des faits de vol avec dégradations. Si le conseil de Mme C soutient à l'audience que l'intéressée séjourne en France depuis dix ans avec ses deux enfants majeurs et qu'elle maîtrise la langue française, il ressort cependant des écritures de la préfète que la requérante et son époux se maintiennent irrégulièrement sur le territoire français, malgré le rejet définitif de leurs demandes d'asile et de leurs demandes d'admission au séjour. De plus, aucun élément au dossier ne vient établir une volonté d'intégration dans la société française. Enfin, rien ne paraît faire obstacle à ce que la vie familiale se poursuive en Arménie. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les autres moyens invoqués contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

6. La préfète du Bas-Rhin a décidé de ne pas accorder de délai de départ volontaire à Mme C au motif qu'il existe un risque que l'intéressée se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français et non pas au motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dès lors, Mme C ne peut utilement, pour contester cette décision, soutenir que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

7. En second lieu, si elle conteste le motif tiré de l'existence d'un risque qu'elle se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français, il est cependant constant qu'elle a déclaré, lors de son audition par les services de police, qu'elle n'exécuterait pas la mesure d'éloignement susceptible d'être prise par la préfète du Bas-Rhin. Dès lors, son moyen doit être écarté.

Sur les autres moyens invoqués contre la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination qu'elle conteste a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En second lieu, si la requérante a déclaré lors de son audition ne pas vouloir retourner en Russie, il ressort cependant des pièces du dossier que l'arrêté contesté ne prévoit pas son éloignement vers ce pays alors que la requérante est de nationalité arménienne. Par ailleurs, la préfète du Bas-Rhin fait valoir que la demande d'asile de Mme C a été rejetée à trois reprises. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'autre moyen invoqué contre l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Pour adopter la décision contestée, la préfète du Bas-Rhin a relevé que Mme C est irrégulièrement entrée sur le territoire français et qu'elle y séjourne sans avoir cherché à régulariser sa situation au regard du droit au séjour, qu'elle n'a pas déféré à de précédentes mesures d'éloignement, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, qu'elle ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France et qu'elle ne fait pas valoir de circonstances humanitaires justifiant que ne soit pas prononcée une interdiction de retour. Si Mme C soutient que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée, elle n'apporte aucun élément de nature à en établir le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées. Il en est de même, par conséquent, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Mme C est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Lenaerts et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

M. A

La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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