lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206613 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP RACINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 octobre 2022, 21 mars 2023, 24 octobre 2023 et 21 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Ambrosi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le groupe hospitalier Sélestat-Obernai (GHSO) a implicitement refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au GHSO ou à la directrice générale de l'agence régionale de santé (ARS) de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de condamner le GHSO à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison du harcèlement moral dont il a fait l'objet ;
4°) de mettre à la charge du GHSO une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'hôpital engage sa responsabilité en raison du harcèlement moral dont il a fait l'objet et qui justifie l'octroi de la protection fonctionnelle ;
- les préjudices qu'il a subis doivent être intégralement réparés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 décembre 2022, 24 octobre 2023 et 18 janvier 2024, le GHSO, représenté par la SCP Racine Strasbourg, cabinet d'avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 800 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, l'ARS conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il lui soit enjoint d'accorder la protection fonctionnelle à M. A.
L'ARS fait valoir que la protection fonctionnelle a été accordée au requérant le 25 mai 2023.
Par une ordonnance du 26 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 février 2024.
Un mémoire a été enregistré pour le compte du GHSO le 16 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Laetitia Kalt,
- les conclusions de Mme Hélène Bronnenkant,
- les observations de Me Ambrosi, avocate de M. A, présent à l'audience ;
- les observations de Me Muller-Pistré, avocate du GHSO.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ingénieur en chef de classe normale exerçant ses fonctions au sein du GHSO depuis 1998, occupait depuis le 1er juin 2004, le poste de responsable des ateliers généraux. S'estimant victime de harcèlement moral, M. A a, par un courrier réceptionné le 29 juillet 2022, demandé au directeur du GHSO le bénéfice de la protection fonctionnelle et l'indemnisation des préjudices subis. Par un courrier du 11 août 2022, le GHSO a refusé de faire droit à sa demande indemnitaire. La demande de protection fonctionnelle a été transmise à l'ARS le 2 novembre 2022. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'enjoindre à l'ARS de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle et de condamner le GHSO à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur la protection fonctionnelle :
2. Aux termes de l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " La collectivité publique est tenue de protéger l'agent public contre les atteintes volontaires à l'intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée ".
3. Il résulte de l'ensemble des dispositions qui gouvernent les relations entre les agences régionales de santé et les établissements de santé, notamment de celles de l'article L. 6143-7-1 du code de la santé publique qui donnent compétence au directeur général de l'agence régionale de santé pour mettre en œuvre la protection fonctionnelle au bénéfice des personnels de direction des établissements de santé de son ressort, que lorsque le directeur d'un établissement public de santé, à qui il appartient en principe de se prononcer sur les demandes de protection fonctionnelle émanant des agents de son établissement, se trouve en situation de ne pouvoir se prononcer sur une demande sans méconnaître les exigences qui découlent du principe d'impartialité, dans la mesure où il est personnellement mis en cause, il lui appartient de transmettre la demande au directeur général de l'agence régionale de santé dont relève son établissement, pour que ce dernier y statue.
4. L'ARS, à qui la demande de protection fonctionnelle présentée par M. A a été transmise le 2 novembre 2022, lui a accordé le bénéfice de cette protection par une décision du 25 mai 2023, postérieure à l'introduction de la requête. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de refus de la protection fonctionnelle et aux fins d'injonction.
Sur le harcèlement moral :
5. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
6. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si les agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
7. M. A fait valoir qu'à compter du mois de janvier 2021, ses relations avec sa hiérarchie se sont dégradées et qu'il a été progressivement évincé de son poste et des projets qui lui étaient confiés, dans des conditions constitutives de harcèlement moral telles qu'il a été placé à plusieurs reprises en arrêt de travail et a déposé une plainte pénale.
8. Tout d'abord, M. A fait valoir qu'il s'est vu reprocher un événement survenu le 26 janvier 2021, qualifié de fautif par le directeur du GHSO. Il résulte en effet de l'instruction que le directeur du GHSO a critiqué le requérant quant à la gestion de sa consigne de demander à une secrétaire d'effectuer un remplacement ponctuel auprès de la direction, en raison de l'arrêt maladie d'un autre agent. Celle-ci, ainsi sollicitée par M. A, a refusé, ce que le requérant a relayé auprès du directeur par courriel, qu'il a par la suite transmis à ladite secrétaire sur sa demande, se voyant alors reprocher un manque de confidentialité. Il résulte également de l'instruction que le directeur du GHSO a formulé d'autres reproches au requérant en mars 2021 concernant la gestion du local d'oncologie, lui faisant grief de ne pas l'avoir tenu informé de certaines avancées de ce projet, ce qui a généré des tensions lors d'une réunion de travail avec les médecins concernés. M. A indique que ses relations avec sa hiérarchie se sont dégradées à compter de ces deux événements, et ce alors qu'il avait toujours par le passé bénéficié d'excellentes appréciations et s'était vu confier plusieurs projets importants. Toutefois, ces événements, dont il n'est pas contesté qu'ils ont été mal ressentis par M. A, alors qu'aucune procédure disciplinaire n'a été initiée à son encontre, ne caractérisent toutefois pas un comportement du directeur du GHSO excédant les limites de son pouvoir hiérarchique.
9. M. A expose ensuite qu'il a été régulièrement discrédité auprès de ses collègues, qu'il a subi des comportements vexatoires et un dénigrement systématique, que les agents placés sous sa direction étaient sollicités par d'autres services, sans qu'il soit consulté, et qu'il a été l'objet de remarques blessantes de la part du directeur de l'hôpital. Par un courrier du 18 juin 2021, M. A s'en est ouvert auprès de lui, demandant un rendez-vous pour discuter du malaise qu'il ressentait, qui ne lui a finalement pas été accordé, le directeur lui ayant en revanche longuement répondu par courriel, le 25 juin 2021, en réfutant avoir jamais eu l'intention de dénigrer M. A ou son travail. Le 13 juillet 2021, M. A a rempli un formulaire de signalement de risques psycho-sociaux le concernant, relatant des problèmes relationnels, une désorganisation du travail, de la violence verbale et du harcèlement moral.
10. S'il est incontestable que les relations de travail entre M. A et le directeur du GHSO se sont dégradées à compter de janvier 2021, que M. A a ressenti un réel malaise, ainsi qu'il résulte des attestations de collègues qui témoignent de sa souffrance au travail, et que la réponse apportée par l'administration pouvait être perçue comme maladroite ou manquant d'empathie, les remarques blessantes ou le dénigrement systématique que le requérant reproche au directeur du GHSO ne sont pas établis par les pièces du dossier. Les collègues par ailleurs mis en cause par M. A ont également attesté n'avoir jamais été agressifs à son égard.
11. Il est vrai que M. A a été placé en arrêt de travail une première fois du 15 septembre 2021 au 14 octobre 2021 et que, dès son retour, le 15 octobre 2021, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été consulté ou préalablement informé d'un changement d'organisation pouvant avoir un impact sur ses conditions de travail, il lui a été notifié une décision de changement d'affectation. Auparavant responsable des ateliers généraux depuis 2004, impliquant l'encadrement d'une vingtaine d'agents au sein de cinq services, dont le service biomédical, il était désormais nommé responsable du seul service biomédical, n'impliquant plus que l'encadrement de deux agents. Ses affaires personnelles avaient été placées dans un carton et son bureau mis à la disposition d'un autre agent. A cette occasion, il a également été demandé à M. A, pour la première fois, de " badger " ses heures de travail. Ultérieurement saisi de la légalité de cette décision de changement d'affectation, le tribunal, dans un jugement du 12 janvier 2023, a estimé qu'elle devait être regardée comme une sanction déguisée, eu égard aux conditions vexatoires dans lesquelles elle était intervenue, et a ordonné la réaffectation de M. A. Le tribunal a en effet estimé que, s'il y avait bien une réorganisation des services de l'hôpital, en raison d'une augmentation importante de la charge de travail consécutive à un programme d'investissement immobilier massif de 33 millions d'euros, le GHSO ne justifiait pas la nécessité de réduire les attributions du requérant.
12. Il n'est pas contesté que ce changement d'affectation a eu des répercussions psychologiques sur M. A. En effet, il a été placé une nouvelle fois en congé de maladie, du 18 octobre 2021 au 15 décembre 2021. Le médecin du travail a, le 19 octobre 2021, adressé une lettre à la direction de l'hôpital concernant M. A, l'avertissant de sa détresse psychologique. Il n'est pas davantage contesté que la direction de l'hôpital, en ne recevant pas M. A, n'a pas pris la mesure du malaise qu'il avait exprimé. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de considérer que M. A a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral.
13. Il en résulte que les conclusions tendant à la condamnation du GHSO à l'indemniser des préjudices à ce titre doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge du GHSO, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A le versement au GHSO de la somme qu'il réclame au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de refus de la protection fonctionnelle et aux fins d'injonction.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions du GHSO tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au groupe hospitalier Sélestat-Obernai et à l'agence régionale de santé.
Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,
Mme Laetitia Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.
La rapporteure,
L. KALT
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026