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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206694

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206694

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL BAZIN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 10 octobre 2022 et

2 février 2023, Mme C B, représentée par Me Delfly, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardée par la préfète du Bas-Rhin sur sa demande du 2 juin 2022 tendant à ce que la préfète mette en demeure les communes de Bergbieten, Dambach, Gumbrechtshoffen, Mackwiller, Oermingen, Steige et Steinbourg de procéder au versement de la somme de 30 445,42 euros au titre des loyers impayés par le groupement de coopération médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin ", dans un délai d'un mois, à défaut, de procéder au mandatement d'office de cette somme, ainsi que de procéder au mandatement d'office de la somme de 6 990,26 euros correspondant aux frais de commandement de payer, aux taxes foncières des années 2019 à 2022 et aux loyers impayés pour la période de mars 2022 à janvier 2023 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de mandater d'office les sommes dues ainsi que les intérêts légaux dus sur la somme de 30 445,42 euros par chacune des communes concernées, à compter de la date du commandement de payer délivrés le 21 mai 2021, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous une astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est illégale dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les dettes dont elle est créancière sont échues, certaines, liquides et exigibles, non sérieusement contestées dans leur principe et leur montant, et ainsi présentent les caractéristiques de dépenses obligatoires ;

- les communes concernées sont solidaires du groupement de coopération médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin " ;

- la préfète est en situation de compétence liée, en application des dispositions de l'article L. 1612-16 du code général des collectivités territoriales ;

- il ne saurait y avoir non-lieu à statuer, dès lors que l'arrêté de mandatement d'office du 14 décembre 2022 n'inclut ni la somme de 240,52 euros relative aux frais de commandement de payer, ni les loyers impayés postérieurement à la date de la décision attaquée, ni enfin les intérêts moratoires.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 janvier et 27 février 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.

Elle soutient que :

- par des arrêtés du 14 décembre 2022, elle a procédé au mandatement d'office, pour les communes concernées, de la somme de 30 445,42 euros ;

- le délai pris pour procéder aux mandatements d'office découle de la nécessaire prise en compte de l'intérêt général qui s'attache à la préservation de l'équilibre financier des collectivités concernées ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée aux communes de Bergbieten, Dambach, Gumbrechtshoffen, Mackwiller, Oermingen, Steige et Steinbourg, qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,

- les observations de Me Nogaret, avocate de la commune d'Oermingen ;

- les observations de Me Sarrazin, avocate de M. A et autres ;

- les observations de Mme D, représentant la préfète du Bas-Rhin.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 août 2009, le préfet du Bas-Rhin a approuvé la convention constitutive du groupement de coopération médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin ", créé entre les communes de Bergbieten, Mackwiller, Steige, Dambach, Gumbrechtshoffen, Oermingen, et Steinbourg. Ayant pour objet la gestion sur le territoire de ses membres de structures d'accueil à domicile destinées aux personnes âgées ou handicapées, cet établissement public administratif gère, sur le ban des communes d'Oermingen et de Steige, dans le cadre de baux commerciaux de dix-huit ans conclus à partir de 2014, deux " villas d'accueil familial " pour des résidents locataires pris en charge de façon continue. En raison de l'insuffisance des loyers perçus, les frais de fonctionnement liés à cette exploitation ont généré un déficit. Mme B, propriétaire de l'un de ces lots pris à bail par le groupement a saisi la chambre régionale des comptes du Grand Est, sur le fondement de l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales, aux fins de faire reconnaître le caractère obligatoire pour les communes des dépenses correspondant aux loyers impayés par le groupement, dont le montant total s'élève à la somme de 30 455,42 euros pour la période courant du 16 juillet 2016 au 28 février 2022. Par courrier

des 20 janvier et 28 février 2022, Mme B a saisi la chambre régionale des comptes, sur le fondement de l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales, afin d'obtenir l'inscription dans le budget des communes précitées d'une dépense obligatoire de 31 970,96 euros correspondant aux loyers dus par le groupement " L'Accueil familial du Bas-Rhin " au

28 février 2022. Par des avis en date du 31 mars 2022, la chambre régionale des comptes du Grand Est a reconnu le caractère obligatoire de ces dépenses à hauteur de 30 455,42 euros. Par un courrier du 2 juin 2022, la requérante a demandé à la préfète du Bas-Rhin de mettre en demeure les communes de lui régler la somme de 30 445,42 euros et en cas de mise en demeure infructueuse, de procéder au mandatement d'office de cette somme. Du silence gardé par la préfète durant un délai de deux mois, une décision implicite de rejet est née, dont la requérante demande l'annulation.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Bas-Rhin :

2. Aux termes de l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales : " Ne sont obligatoires pour les collectivités territoriales que les dépenses nécessaires à l'acquittement des dettes exigibles et les dépenses pour lesquelles la loi l'a expressément décidé. / La chambre régionale des comptes saisie, soit par le représentant de l'Etat dans le département, soit par le comptable public concerné, soit par toute personne y ayant intérêt, constate qu'une dépense obligatoire n'a pas été inscrite au budget ou l'a été pour une somme insuffisante. Elle opère cette constatation dans le délai d'un mois à partir de sa saisine et adresse une mise en demeure à la collectivité territoriale concernée. / Si, dans un délai d'un mois, cette mise en demeure n'est pas suivie d'effet, la chambre régionale des comptes demande au représentant de l'Etat d'inscrire cette dépense au budget et propose, s'il y a lieu, la création de ressources ou la diminution de dépenses facultatives destinées à couvrir la dépense obligatoire. Le représentant de l'Etat dans le département règle et rend exécutoire le budget rectifié en conséquence. S'il s'écarte des propositions formulées par la chambre régionale des comptes, il assortit sa décision d'une motivation explicite. ". Il résulte de ces dispositions que seules présentent un caractère obligatoire les dettes échues, certaines, liquides, non sérieusement contestées dans leur principe et dans leur montant et découlant de la loi, d'un contrat, d'un délit, d'un quasi-délit ou de toute autre source d'obligations. Aux termes de l'article L. 1612-16 du même code : " A défaut de mandatement d'une dépense obligatoire par le maire, le président du conseil départemental ou le président du conseil régional suivant le cas, dans le mois suivant la mise en demeure qui lui en a été faite par le représentant de l'Etat dans le département, celui-ci y procède d'office. / Le délai prévu à l'alinéa précédent est porté à deux mois si la dépense est égale ou supérieure à 5 % de la section de fonctionnement du budget primitif ".

3. Par un arrêté du 14 décembre 2022, postérieur à l'introduction du présent recours, la préfète du Bas-Rhin a procédé au mandatement d'office de la somme de 7 613,85 euros pour les communes de Steige et Mackwiller, et de la somme de de la somme de 15 226,72 euros pour la commune d'Oermingen, soit un total de 30 445,42 euros à verser à Mme B. Dès lors, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de mandatement d'office de cette somme sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions relatives aux frais de commandement de payer, des loyers impayés postérieurs au 28 février 2022 et des intérêts au taux légal :

4. En premier lieu, s'agissant des frais de commandement de payer, il ne résulte d'aucun texte, ni d'aucune convention qu'ils revêtent le caractère d'une dépense obligatoire, comme l'a, au demeurant, estimé la chambre régionale des comptes Grand-Est, dans ses avis du 31 mars 2022. Dans ces conditions, et eu égard aux dispositions précitées de l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales, la préfète du Bas-Rhin était tenue de refuser l'inscription d'office de cette dépense au budget de la commune. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît, dans cette mesure, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de procédure contradictoire préalable.

5. En deuxième lieu, s'agissant des loyers impayés postérieurs au 28 février 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils étaient inclus dans la saisine de la chambre régionale des comptes par Mme B. Par ailleurs, à la date des avis émis par la chambre régionale des comptes Grand-Est et sur lesquels est fondé l'arrêté précité, la dette née après le 28 février 2022 n'était ni échue ni exigible. En outre, alors que la défaillance du groupement découle du taux d'occupation des résidences destinées à l'accueil familial de personnes âgées ou en situation de handicap, et que ce taux d'occupation ne pouvait être connu pour la période postérieure à la saisine de la CRC, la dette née après le 28 février 2022 n'était pas certaine.

6. En troisième lieu, s'agissant des intérêts au taux légal, il ressort des pièces du dossier qu'ils n'étaient pas compris dans la saisine de la chambre régionale des comptes par

Mme B, cette dernière ne les ayant inclus dans le champ du litige que dans son mémoire en réplique du 2 février 2023.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (). ".

8. Le caractère obligatoire des dépenses que constituent les loyers impayés postérieurs au 28 février 2022 et les intérêts au taux légal n'étant pas établi, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 6, la requérante ne saurait soutenir, en tout état de cause, que la décision attaquée lui refuse un avantage constituant un droit au motif qu'elle remplirait les conditions légales pour l'obtenir. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de Mme B doit être rejeté.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme B et tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de mandatement d'office de la somme de 30 445,42 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, aux communes de Bergbieten, Dambach, Gumbrechtshoffen, Mackwiller, Oermingen, Steige et Steinbourg au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique ainsi qu'à la ministre des collectivités territoriales et de la ruralité.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin et au groupement de coopération médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin ".

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à la ministre des collectivités territoriales et de la ruralité en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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