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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206697

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206697

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantPONSEELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 octobre 2022 et le 2 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Ponseele, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 septembre 2022 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier régional de Metz-Thionville a refusé de faire droit à sa demande de prolongation de son activité pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional de Metz-Thionville une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée de vices de procédure :

) en ce que le centre hospitalier lui a indiqué à tort qu'elle disposait d'un délai qui courait jusqu'au 10 novembre 2022, soit le jour de ses 62 ans, pour formuler sa demande de prolongation d'activités, en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du décret n° 2009-1744 du 30 décembre 2009 ;

) en ce que la décision attaquée aurait dû être motivée et précédée d'une procédure contradictoire, dès lors qu'elle doit être regardée comme ayant prononcé le retrait d'une décision implicite d'acceptation, née conformément aux mêmes dispositions de l'article 4 du décret n° 2009-1744 du 30 décembre 2009 ;

) en ce qu'elle a été privée de la possibilité d'être examinée par un médecin habilité, comme le prévoient ces mêmes dispositions ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est fondée de manière illégale sur son activité syndicale.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2023, le directeur général par intérim du centre hospitalier régional de Metz-Thionville conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le centre hospitalier régional de Metz-Thionville fait valoir que :

- la requête est privée d'objet ;

- les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2009-1744 du 30 décembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public ;

- et les observations de Me Grascoeur, substituant Me Ponseele, avocate de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent titulaire du corps des aides-soignants, exerçant les fonctions d'auxiliaire de puériculture dans le service de néonatologie du centre hospitalier régional de Metz-Thionville, a sollicité en 2022 une prolongation d'activité pour une période de six mois. Par une décision du 5 septembre 2022, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier régional de Metz-Thionville a refusé de donner une suite favorable à sa demande. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que le 7 novembre 2022, soit postérieurement à l'enregistrement de sa requête, Mme A a accepté sa mise à la retraite à compter du 11 novembre 2022. Cependant, le centre hospitalier régional de Metz-Thionville, qui se prévaut de cette circonstance et doit être regardé ainsi comme opposant une exception de non-lieu à statuer, n'est pas fondé à soutenir que la requête serait privée d'objet pour ce motif.

Sur les conclusions d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 556-1 du code général de la fonction publique dans sa rédaction alors applicable au 5 septembre 2022 : " Le fonctionnaire ne peut être maintenu en fonctions au-delà de l'âge limite de l'activité dans l'emploi qu'il occupe, sous réserve des exceptions prévues par les dispositions en vigueur. / Cette limite d'âge est fixée à : / 1° Soixante-sept ans pour celui occupant un emploi ne relevant pas de la catégorie active, au sens du premier alinéa du 1° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite ; / 2° Un âge au plus égal à la limite définie au 1° ci-dessus pour celui occupant un emploi de la catégorie active figurant sur la nomenclature établie en application du 1° du I de l'article L. 24 du code précité ". Aux termes de l'article L. 556-5 du même code : " Le fonctionnaire dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peut, sur sa demande, lorsqu'il atteint la limite d'âge qui lui est applicable dans le corps ou le cadre d'emplois auquel il appartient, bénéficier d'une prolongation d'activité, sous réserve de l'intérêt du service et de son aptitude physique. / Cette prolongation ne peut avoir pour effet de maintenir le fonctionnaire concerné en activité au-delà de la durée des services liquidables définie à l'article L. 13 du code précité ni au-delà d'une durée de dix trimestres. Elle est prise en compte au titre de la constitution et de la liquidation du droit à pension. / Cette prolongation intervient, le cas échéant, après application des possibilités de recul de la limite d'âge prévues aux articles L. 556-2 et L. 556-3 ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2009 pris pour l'application de l'article 1-3 de la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public : " I. ' La demande de prolongation d'activité est présentée par le fonctionnaire à l'employeur public au plus tard 6 mois avant la survenance de la limite d'âge. Il en est accusé réception. / La demande est accompagnée d'un certificat médical appréciant, au regard du poste occupé, l'aptitude physique de l'intéressé. Il est délivré par le médecin agréé prévu à l'article 1er du décret du 14 mars 1986 susvisé ou, le cas échéant, lorsque les statuts particuliers le prévoient, par le médecin habilité à apprécier l'aptitude physique du fonctionnaire. / Préalablement à l'établissement du certificat médical, le médecin peut demander à l'employeur public la transmission de toute information utile relative aux conditions actuelles d'exercice et aux sujétions du poste occupé. L'intéressé reçoit communication de l'ensemble des documents transmis par l'employeur. / () / III. ' La décision de l'employeur public intervient au plus tard trois mois avant la survenance de la limite d'âge. Le silence gardé pendant plus de trois mois sur la demande de prolongation vaut décision implicite d'acceptation. L'employeur délivre à la demande de l'intéressé une attestation d'autorisation à la poursuite d'activité ".

5. Il est constant que la demande de prolongation d'activité de Mme A sur laquelle il a été statué a été présentée et analysée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 556-5 du code général de la fonction publique, figurant anciennement à l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public. Il en résulte que Mme A ne peut utilement invoquer les dispositions précitées du décret du 30 décembre 2009, ce décret n'étant applicable qu'aux demandes de prolongation d'activité fondées sur les dispositions figurant anciennement à l'article 1-3 de la loi du 13 septembre 1984 et reprises depuis à l'article L. 551-7 du code général de la fonction publique. Par suite, elle ne peut utilement soutenir que le centre hospitalier lui a indiqué, à tort, qu'elle pouvait formuler sa demande de prolongation d'activité jusqu'au 10 novembre 2022 et méconnu ainsi les dispositions de l'article 4 de ce décret, en vertu desquelles la demande de prolongation d'activité est présentée par le fonctionnaire à l'employeur public au plus tard six mois avant la survenance de la limite d'âge. Pour les mêmes motifs, elle ne peut pas davantage utilement se prévaloir de ces mêmes dispositions pour soutenir qu'elle avait bénéficié d'une décision implicite d'acceptation et que la décision contestée du 5 septembre 2022 a en réalité prononcé le retrait de cette décision implicite dans des conditions irrégulières dès lors qu'elle n'est pas suffisamment motivée et qu'elle n'est pas intervenue à l'issue d'une procédure contradictoire préalable. Enfin, elle ne peut pas plus se prévaloir de ces mêmes dispositions pour soutenir qu'elle a été privée de la possibilité d'être examinée par un médecin habilité. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens tirés du vice de procédure ou de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doivent être écartés comme inopérants.

6. En second lieu, il ressort de la décision attaquée que la demande de prolongation d'activité présentée par Mme A a été refusée aux motifs, d'une part, qu'en raison de plusieurs départs simultanés d'auxiliaires de puéricultures et du mi-temps exercé par l'intéressée, il ne serait pas possible pour le centre hospitalier de recruter " un ETP à 0,30 ", d'autre part, que la hiérarchie de Mme A a émis un avis défavorable à la prolongation de son activité.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme le soutient Mme A, le premier motif révèlerait une discrimination syndicale.

8. Par ailleurs, si Mme A conteste les motifs qui lui ont été opposés, et produit à l'appui de son moyen ses évaluations, il ne ressort pas cependant des pièces du dossier, alors que la prolongation d'activité n'est pas de droit, qu'en ayant refusé de faire droit à sa demande, le centre hospitalier, qui s'est fondé sur l'intérêt du service, a commis une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier régional de Metz-Thionville.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller,

Mme Laetitia Kalt, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le Greffier,

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