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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2206729

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2206729

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2206729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2022, M. C F, représenté par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Kling au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité entachant la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La préfète du Bas-Rhin fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- et les observations de Me Kling, pour M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant arménien né en 1999, est entré en France en 2017 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires italiennes. Il a sollicité le 2 novembre 2018 son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 juillet 2019, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par une ordonnance du 28 mai 2021, le président désigné de la cour administrative d'appel de Nancy a rejeté l'appel formé par M. F contre le jugement du 17 décembre 2019 par lequel le tribunal a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté. M. F a formé le 21 février 2022 une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 août 2022, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. F demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celles en litige et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. B D, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que M. D, signataire de ces décisions, ne disposait pas d'une délégation de compétence doit être écarté comme manquant en fait.

Sur les autres moyens invoqués contre la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. F, entré en France à l'âge de 18 ans, soutient qu'il y séjourne depuis cinq ans avec son père et son frère, qu'il a suivi lors de l'année 2017-2018 des cours de langue française de niveau A1, qu'il a intégré l'année suivante un dispositif " Parcours 2 " au sein du centre de formation " L'atelier " à Strasbourg, et qu'il a conclu en tant que travailleur indépendant un contrat de prestation de service avec la SASU " Aux petits oignons ". Cependant, il ressort des pièces du dossier que son père et son frère sont également démunis de titres de séjour et que ses deux sœurs vivent en Arménie. De plus, il n'apporte pas d'autres éléments établissant l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète du Bas-Rhin a méconnu les dispositions et stipulations précitées au point 3.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, et en l'absence de tout autre élément révélant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, M. F n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a, dans l'application des dispositions précitées, commis une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, en l'absence de tout autre argument invoqué par M. F, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et familiale.

Sur les autres moyens invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

8. En second lieu, en l'absence de tout autre argument invoqué par M. F, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et familiale.

Sur les autres moyens invoqués contre la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Me Kling et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

No 2206729

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