jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2206770 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RIQUIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 octobre 2022 et le 8 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Iochum, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur ses demandes présentées le 6 octobre 2022 tendant, notamment, à la requalification de son contrat de vacataire en contrat à durée indéterminée et à la régularisation de sa situation administrative et financière en conséquence ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder à la requalification de son engagement contractuel en contrat à durée indéterminée, dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100,00 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de fixer sa rémunération " en fonction, notamment, de sa manière de servir et par analogie aux grilles indiciaires applicables à des agents titulaires exerçant des fonctions comparables ", dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100,00 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'OFII de lui attribuer rétroactivement " un régime indemnitaire, par référence au grade retenu pour la reconstitution de sa carrière, afin de tenir compte de son investissement et du niveau de responsabilité et de technicité inhérents aux missions qui lui ont été confiées ", dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100,00 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre à l'OFII de régulariser les cotisations auprès des organismes sociaux et de retraite compétents, dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100,00 euros par jour de retard ;
6°) d'enjoindre à l'OFII de lui verser une indemnité de licenciement et une indemnité de préavis, dans un délai de trois mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100,00 euros par jour de retard ;
7°) de condamner l'OFII à lui verser une indemnité de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi ;
8°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 500,00 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- alors qu'il a été recruté en qualité de vacataire, il a en réalité été amené à occuper un emploi répondant à un besoin permanent pendant plus de huit ans et peut se prévaloir du statut d'agent contractuel de la fonction publique de l'État ;
- en application de l'article L. 332-4 du code général de la fonction publique, dès lors qu'il a accompli huit années et demi de service pour l'OFII au même poste correspondant à un besoin permanent de l'administration, il doit bénéficier d'un contrat à durée indéterminée ;
- il appartient à l'OFII de procéder à la reconstitution administrative et financière de sa carrière en lui reconnaissant le statut d'agent contractuel bénéficiaire d'un contrat à durée indéterminée ;
- l'éviction de ses fonctions, décidée par l'OFII le 5 avril 2022, avec effet au 6 avril 2022, est constitutive d'un licenciement, prononcé en violation des articles 45-2 et suivants du décret du 17 janvier 1986 ; il a droit au paiement de l'indemnité de licenciement prévue à l'article 51 de ce décret et à l'indemnité de préavis prévue à l'article 46 de ce même décret ;
- le comportement de l'administration l'a profondément affecté et il est fondé à demander une indemnité de 10 000 euros en réparation du préjudice moral subi ; d'une part, il a été maintenu plus de huit années dans une situation illégale et a perçu une rémunération inférieure à celle dont il aurait dû bénéficier en qualité d'agent contractuel bénéficiaire d'un contrat à durée indéterminée ; d'autre part, la rupture de sa relation de travail avec l'OFII, annoncée la veille pour le lendemain, sans aucun préavis, a été brutale et est illégale ;
- il n'a jamais été informé de l'ouverture d'une procédure disciplinaire à son encontre et aucune procédure contradictoire n'a précédé le prononcé de son licenciement ; l'OFII n'est dès lors pas fondé à soutenir que son licenciement est justifié par un motif disciplinaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 septembre 2023 et le 22 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par Me Riquier, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. C la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'injonction, qui sont présentées par M. C à titre principal, sont irrecevables ;
- les conclusions tendant au paiement d'une somme d'argent, qui ne sont pas chiffrées, sont irrecevables ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables car le montant de l'indemnité sollicitée excède le montant réclamé dans la demande indemnitaire préalable ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État,
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986,
- le décret n° 2004-58 du 14 janvier 2004,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jordan-Selva,
- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gevaudan, substituant Me Riquier, représentant l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
M. A C, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Une note en délibéré présentée pour l'Office de l'immigration et de l'intégration a été enregistrée le 27 juin 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C a été recruté en qualité de vacataire le 7 octobre 2013 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) pour une durée initiale de six mois, pour assurer des missions d'accueil et d'aide psychologique auprès des personnes retenues dans le centre de rétention administrative de Metz. Ce contrat d'engagement a été régulièrement renouvelé pour des périodes successives de six mois, jusqu'au 6 avril 2022. M. C demande, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'OFII sur ses demandes présentées le 6 octobre 2022 tendant notamment à la requalification de son contrat de vacataire en contrat à durée indéterminée. Il demande par ailleurs la condamnation de l'OFII à réparer le préjudice subi du fait de l'irrégularité de sa situation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, dans le dernier état de ses écritures, M. C doit être regardé comme présentant des conclusions à fin d'annulation des décisions implicites par lesquelles l'OFII a refusé de faire droit à ses demandes de requalification de son contrat et d'indemnisation. La fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction, qui étaient initialement présentées à titre principal mais qui sont désormais l'accessoire des conclusions à fin d'annulation, doit être écartée.
3. En deuxième lieu, les conclusions tendant à la reconstitution administrative et financière de la carrière de M. C, après requalification de son contrat, ne constituent pas des conclusions indemnitaires mais des conclusions à fin d'injonction, accessoires des conclusions à fin d'annulation de la décision refusant d'accéder à ses demandes. La fin de non-recevoir tirée de ce que de telles conclusions seraient irrecevables car non chiffrées doit être écartée.
4. En troisième et dernier lieu, il est loisible à un requérant de demander un montant d'indemnités supérieur à celui figurant dans la réclamation préalable à l'administration, qui n'a d'ailleurs pas l'obligation d'être chiffrée. En conséquence, la circonstance que le requérant ait sollicité dans sa requête une indemnisation d'un montant supérieur à celui de la demande préalable est sans incidence sur la recevabilité.
En ce qui concerne la décision refusant la requalification du contrat d'engagement :
S'agissant de la nature du contrat :
5. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 applicable au litige : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'État, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont, à l'exception de ceux réservés aux magistrats de l'ordre judiciaire et aux fonctionnaires des assemblées parlementaires, occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut. ". Aux termes de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 applicable au litige : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 du titre Ier du statut général, des agents contractuels peuvent être recrutés dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de corps de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A et, dans les représentations de l'État à l'étranger, des autres catégories, lorsque la nature des fonctions ou les besoins des services le justifient. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'État dans sa rédaction applicable au litige : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux agents non titulaires de droit public de l'État et de ses établissements publics à caractère administratif ou à caractère scientifique, culturel et professionnel, recrutés ou employés dans les conditions définies aux articles 3 (2e, 3e et 6e alinéa), 4, 5, 6, et 82 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et au I de l'article 34 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, à l'exception des agents en service à l'étranger et des agents engagés pour exécuter un acte déterminé. () "
6. Un agent de droit public employé par un établissement public à caractère administratif ne peut pas prétendre au bénéfice des dispositions prévues par le décret du 17 janvier 1986 en faveur de ses agents non titulaires mais doit être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé lorsqu'il a été recruté pour répondre ponctuellement à un besoin de l'administration. La circonstance que cet agent a été recruté plusieurs fois, au cours de différentes années, pour exécuter des actes déterminés n'a pas pour effet, à elle seule, de lui conférer la qualité d'agent contractuel. En revanche, lorsque l'exécution d'actes déterminés multiples répond à un besoin permanent de l'administration, l'agent doit être regardé comme ayant la qualité d'agent non titulaire de l'administration.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a effectué des missions d'accueil et d'aide psychologique auprès des personnes retenues dans le centre de rétention administrative de Metz de façon ininterrompue pendant plus de sept ans. Il a été rémunéré mensuellement pendant cette période par l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour ces missions de médiation. Ainsi, il doit être regardé comme ayant occupé, durant toutes ces années, des fonctions répondant à un besoin permanent de l'établissement public qui l'avait recruté, nonobstant le caractère variable du volume horaire des missions qui lui étaient confiées. La circonstance selon laquelle M. C a disposé de la liberté d'accepter ou non les missions proposées et de fixer ainsi ses plannings de travail, sans être soumis à une autorité hiérarchique, est sans incidence sur la détermination du caractère permanent de l'emploi qu'il a occupé, qui s'apprécie au regard de la nature du besoin auquel il répond. Eu égard au caractère permanent des missions de médiation qui lui étaient dévolues, M. C ne peut être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé. Dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il n'existait pas de corps de fonctionnaires susceptible d'assurer ces mêmes fonctions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en faisant appel de manière constante au même agent, a en fait instauré avec M. C, dès son recrutement le 7 octobre 2013, un lien contractuel qui présentait les caractéristiques énoncées au 1° de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984. Par suite, le requérant doit être regardé comme ayant eu la qualité, non de vacataire, mais d'agent non titulaire d'un établissement public de l'État relevant des dispositions du décret susvisé du 17 janvier 1986.
8. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement refusé de procéder à la requalification de son contrat et de le faire bénéficier, à compter du 7 octobre 2013 et jusqu'à la fin de son engagement contractuel, du statut d'agent non titulaire d'un établissement public de l'État relevant des dispositions du décret susvisé du 17 janvier 1986.
S'agissant de la durée du contrat :
9. Aux termes de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 dans sa rédaction applicable au litige : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 du titre Ier du statut général, des agents contractuels peuvent être recrutés dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de corps de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; () ". Aux termes de l'article 6 bis de cette même loi : " Lorsque les contrats pris en application des articles 4 et 6 sont conclus pour une durée déterminée, cette durée est au maximum de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Tout contrat conclu ou renouvelé en application des mêmes articles 4 et 6 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics effectifs de six ans dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par une décision expresse, pour une durée indéterminée. () Lorsqu'un agent atteint l'ancienneté mentionnée aux deuxième à quatrième alinéas du présent article avant l'échéance de son contrat en cours, celui-ci est réputé être conclu à durée indéterminée. L'autorité d'emploi lui adresse une proposition d'avenant confirmant cette nouvelle nature du contrat. () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 14 janvier 2004 : " Lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le nécessitent, notamment en cas d'accroissement d'activité de caractère temporaire, l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut recruter des agents par contrat à durée déterminée. La durée du contrat souscrit, renouvelable par reconduction expresse, ne peut excéder, renouvellements éventuels compris, une durée totale de six ans. Les dispositions du décret du 17 janvier 1986 susvisé sont applicables à ces agents. ".
10. En application de ces dispositions, M. C qui justifiait, à la date du 7 octobre 2019, d'une ancienneté de service de six ans dans les mêmes fonctions et auprès du même employeur public, est fondé à soutenir que le contrat d'engagement pour la période comprise entre le 7 octobre 2019 et le 6 avril 2022 était, de plein droit, devenu un contrat à durée indéterminée. Il n'est en revanche pas fondé à soutenir qu'il aurait dû être regardé comme bénéficiant d'un contrat à durée indéterminée pour la période antérieure.
11. Il résulte de ce qui précède que M. C est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration refusant de procéder à la requalification de sa relation de travail en contrat de travail à durée indéterminée en ce qui concerne la période du 7 octobre 2019 au 6 avril 2022.
En ce qui concerne la décision refusant de modifier la rémunération du requérant :
12. En se bornant à soutenir qu'il " appartient à l'OFII de fixer sa rémunération en fonction, notamment de sa manière de servir et par analogie aux grilles indiciaires applicables à des agents titulaires exerçant des fonctions comparables ", M. C, qui ne peut pas se prévaloir de la qualité d'agent titulaire de l'administration et qui ne se prévaut d'aucune disposition législative ou réglementaire applicable à sa situation, ne justifie pas du bien-fondé de sa demande. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que la requalification du contrat de M. C l'aurait amené à occuper un emploi auquel un indice de la fonction publique serait attaché. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la décision refusant de modifier la rémunération de M. C serait entachée d'illégalité.
En ce qui concerne la décision refusant de " lui attribuer rétroactivement un régime indemnitaire par référence au grade retenu pour la reconstitution de sa carrière " :
13. En se bornant à demander l'attribution à titre rétroactif d'un régime indemnitaire par référence au grade retenu pour la reconstitution de sa carrière, sans précisions sur les dispositions législatives ou réglementaire qui impliqueraient qu'il bénéficie, en qualité d'agent non titulaire, d'un reclassement dans un grade, M. C ne justifie pas du bien-fondé de sa demande. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'illégalité.
En ce qui concerne la décision refusant de " régulariser les cotisations auprès des organismes sociaux et de retraite compétents " :
14. Alors que l'OFII soutient sans être contredit que la rémunération de M. C aurait été inférieure en qualité d'agent non titulaire à celle dont il a bénéficié en qualité de vacataire, le requérant ne démontre pas que le montant des cotisations sociales prélevées sur son traitement en qualité de vacataire aurait été supérieur s'il avait été rémunéré dans le cadre d'un contrat en qualité d'agent non titulaire dont la situation est régie par le décret précité du 17 janvier 1986. La décision de ne pas procéder à la régularisation de cotisations auprès des organismes sociaux n'est pas entachée d'illégalité.
En ce qui concerne la décision refusant de verser l'indemnité de licenciement et l'indemnité de préavis :
15. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de non-renouvellement du contrat de M. C doit être analysée comme un licenciement intervenu au cours d'un contrat à durée indéterminée.
16. D'une part, aux termes de l'article 46 du décret du 17 janvier 1986 : " L'agent recruté pour une durée indéterminée ainsi que l'agent qui, engagé par contrat à durée déterminée, est licencié avant le terme de son contrat, a droit à un préavis qui est de : () - deux mois pour celui qui justifie auprès de l'autorité qui le recrute d'une ancienneté de services d'au moins deux ans. () "
17. Il ne résulte pas de ces dispositions que M. C serait fondé à demander le versement d'une indemnité en compensation de l'absence de respect du délai de préavis. Il n'est pas établi que la décision refusant de lui verser une telle indemnité serait illégale.
18. D'autre part, aux termes de l'article 51 du décret du 17 janvier 1986 : " En cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, une indemnité de licenciement est versée à l'agent recruté pour une durée indéterminée ou à l'agent recruté pour une déterminée et licencié avant le terme de son contrat. () ". Aux termes de l'article 53 de ce décret : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. () ". L'article 54 dispose que : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. Elle est réduite de moitié en cas de licenciement pour insuffisance professionnelle. () ".
19. M. C est fondé à soutenir qu'en application de ces dispositions, il a droit à une indemnité de licenciement. Si l'OFII fait valoir que le comportement du requérant aurait justifié un licenciement pour motif disciplinaire et qu'il était dès lors dispensé de lui verser une indemnité de licenciement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une procédure aurait été engagée en ce sens à son encontre. En tout état de cause, les éléments versés par l'OFII dans la présente instance, dont notamment un rapport établi le 8 septembre 2023 soit plus d'un an après la rupture du lien de travail avec M. C, ne permettent pas de considérer que les agissements fautifs de l'intéressé, à les supposer établis, auraient pu conduire au prononcé d'une mesure disciplinaire consistant en l'éviction du service. La décision par laquelle l'OFII a refusé de lui verser une indemnité de licenciement doit être annulée.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision refusant la requalification de son contrat et de la décision refusant de lui verser une indemnité de licenciement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. Alors que la relation de travail entre M. C et l'OFII a cessé depuis le
6 avril 2022, l'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il soit procédé à la requalification du contrat expiré. Elle implique seulement qu'il soit enjoint à l'OFII de verser à M. C une indemnité de licenciement. Il ressort des pièces du dossier que la rémunération perçue par le requérant pour le travail effectué au mois de mars 2022, qui est le mois civil précédent le licenciement, s'élève à la somme de 1 984,08 euros. En application des dispositions des articles 53 et 54 du décret du 17 janvier 1986, le montant de l'indemnité de licenciement due à M. C est de six fois la moitié de cette dernière rémunération au titre des huit années de services accomplis soit 7 936,32 euros. Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de verser cette somme au requérant, dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
22. Il résulte de tout ce qui précède qu'en maintenant irrégulièrement M. C pendant plus de huit ans dans la situation précaire d'un agent vacataire et en s'abstenant de lui proposer, au terme de six années de services accomplis, la transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée, l'OFII a commis une première faute de nature à engager sa responsabilité.
23. Il est en outre constant que l'administration n'a pas mis en œuvre la procédure de licenciement prévue par les articles 45-2 et suivants du décret du 17 janvier 1986, privant M. C des garanties, notamment celle du droit de bénéficier d'un délai de préavis. Par suite, le requérant est fondé soutenir que l'administration a commis une seconde faute liée à l'irrégularité de la procédure ayant conduit à sa cessation d'emploi. Ainsi qu'il a été dit au point 20, il ne ressort pas des pièces du dossier que les griefs reprochés à M. C auraient, en raison de leur gravité, justifié un licenciement pour motif disciplinaire.
24. Compte tenu de la situation précaire dans laquelle il a été illégalement maintenu en qualité de vacataire pendant une période de huit ans et du non-respect du délai de préavis et de la procédure de licenciement, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. C en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par l'OFII sur le fondement de ces dispositions. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté la demande de requalification du contrat de M. C est annulée, en tant qu'elle refuse de lui faire bénéficier, à titre rétroactif du 7 octobre 2013 au 6 avril 2022, d'un contrat conclu en qualité d'agent non titulaire d'un établissement public de l'État relevant des dispositions du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, et en tant qu'elle refuse de lui faire bénéficier, à compter du 7 octobre 2019 et jusqu'au 6 avril 2022 d'un contrat à durée indéterminée.
Article 2 : La décision implicite par laquelle l'OFII refuse de verser à M. C une indemnité de licenciement est annulée.
Article 3 : Il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de verser à M. C la somme de 7 936,32 euros à titre d'indemnité de licenciement, dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir.
Article 4 : L'OFII est condamné à verser à M. C une indemnité de 4 000 euros en réparation du préjudice moral subi.
Article 5 : L'OFII versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
S. JORDAN-SELVA
La présidente,
A. DULMET
La greffière,
C. LAMOOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026