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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208139

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208139

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantRAFIEI-DAMNEH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 décembre 2022, M. B A, actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de Strasbourg, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

- elles portent une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2022, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jordan-Selva, magistrate désignée ;

- les observations de Me Rafiei-Damneh, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et se prévaut, en outre, de la présence en France du frère du requérant et de la compagne du requérant, cette dernière étant de nationalité française et résidant à Nîmes ainsi que d'un problème de santé nécessitant un suivi ophtalmologique ;

- les observations de M. A, assisté de M. D, interprète en langue arabe.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité algérienne, demande l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2022, par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le requérant étant placé en détention, il y a lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'annulation en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Bas-Rhin a donné à M. C, chef du bureau de l'asile et de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation pour signer tous actes relatifs aux étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes des décisions attaquées qu'elles mentionnent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense est dépourvu de toute précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il est constant que M. A a été invité à présenter des observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement lors de son audition par les services de police le 30 septembre 2022 puis s'est vu notifier le 28 novembre 2022 une lettre par laquelle la préfète du Bas-Rhin l'a informé de ce qu'elle envisageait l'édiction à son endroit, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans. M. A était invité à présenter ses observations dans un délai de quarante-huit heures, ce dont il s'est abstenu. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné le 3 octobre 2022 par un jugement correctionnel du tribunal judiciaire de Strasbourg à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et tentative de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Il a été écroué à la maison d'arrêt de Strasbourg le 1er octobre 2022. Cette circonstance est suffisante pour établir que le comportement du requérant constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète du Bas-Rhin pouvait régulièrement fonder sa décision sur ces dispositions. De surcroît, il est constant que le requérant, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour, satisfait aux conditions énoncées par le 1° du même article. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit, qui n'est au demeurant assorti d'aucune précision, doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, auparavant mis en cause à plus de huit reprises depuis 2020 pour des faits de vol, recel ou encore violation de domicile, M. A a fait l'objet d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai, édictée par le préfet de police de Paris le 29 décembre 2020 et assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. L'intéressé s'est néanmoins maintenu sur le territoire français et a été interpellé le 31 août 2021 pour des faits de vol à l'étalage. Par un arrêté du 1er septembre 2021, le préfet de la Côte-d'Or a prolongé de deux ans l'interdiction de retour prononcée à son encontre. Ainsi qu'il a été dit au point 9, à la date des décisions attaquées, M. A était incarcéré pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante et de tentative de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt. Si l'intéressé se prévaut à l'audience de la présence en France de son frère et de sa compagne, qui serait de nationalité française et avec qui il aurait une relation depuis deux ans, il n'apporte aucun élément permettant d'établir ses allégations. M. A, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas avoir noué des liens stables et intenses sur le territoire français. Il est constant qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident des membres de sa famille et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, et alors qu'il se borne à invoquer son état de santé sans démontrer ni même alléguer qu'il ne pourrait pas bénéficier en Algérie, des soins nécessités par la pathologie dont il souffre, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir qu'elles portent une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale. Ces moyens doivent par suite être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 6 décembre 2022 par lesquelles la préfète du Bas-Rhin a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La magistrate désignée,

S. ELa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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