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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2208717

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2208717

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2208717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantSELARL LEX HOMINIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2022, M. C B et Mme A B, représentés par Me Tadic, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune de Kerprich-aux-Bois a rejeté leur demande préalable indemnitaire ;

2°) de condamner la commune de Kerprich-aux-Bois à leur verser la somme totale de 7 000 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis résultant de l'emprise irrégulière sur leur propriété par le fossé construit par la commune, ladite somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de notification de la demande préalable et de la capitalisation ;

3°) d'enjoindre à la commune de Kerprich-aux-Bois de prendre en charge l'aménagement d'un petit pont ou le busage du fossé avec remblais sur une largeur de six mètres, au droit de leur portail ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Kerprich-aux-Bois la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le fossé creusé par la commune empiète sur leur propriété privée ;

- la création du fossé n'a pas été précédée d'une délibération du conseil municipal, ce qui est constitutif d'une faute ;

- la commune n'a pas procédé à une demande d'acquisition amiable ou d'expropriation préalablement à la création du fossé, ce qui est constitutif d'une faute ;

- la commune engage sa responsabilité sans faute dès lors que leurs préjudices résultent de la présence de l'ouvrage.

Une mise en demeure a été adressée le 10 juillet 2023 à la commune de Kerprich-aux-Bois.

Par ordonnance du 5 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 8 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Carrier,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B et Mme A B sont propriétaires des parcelles cadastrées n°228, 229, 230 et 231 sur le territoire de la commune de Kerprich-aux-Bois en Moselle. En août 2021, le maire de la commune a procédé à la création d'un fossé longeant notamment les parcelles n°228 et 230. Par une lettre du 31 août 2022, les consorts B ont adressé une demande préalable indemnitaire à la commune Kerprich-aux-Bois tendant à la réparation des préjudices qu'ils ont subis résultant de l'emprise irrégulière sur leur propriété du fossé construit par ladite commune. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née. Par leur requête, les consorts B demandent au tribunal l'annulation de cette décision et la condamnation de la commune à réparer leurs préjudices.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

3. En l'espèce, la requête a été communiquée le 4 janvier 2023 à la commune de Kerprich-aux-Bois qui a été mise en demeure, le 10 juillet 2023, de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est toutefois demeurée sans effet à la date de la clôture d'instruction, fixée au 8 avril 2024. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, la commune de Kerprich-aux-Bois doit être regardée comme ayant acquiescé aux faits exposés dans la requête des époux B.

Sur l'étendue du litige :

4. La décision implicite par laquelle la commune de Kerprich-aux-Bois a rejeté la demande indemnitaire préalable formée par les époux B le 31 août 2022, a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande des intéressés. Dès lors, en formulant leurs conclusions, les époux B ont donné à l'ensemble de leur requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par conséquent, ils doivent seulement être regardés comme ayant présenté des conclusions indemnitaires contre la commune de Kerprich-aux-Bois.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

5. Les époux B soutiennent que la responsabilité pour faute de la commune de Kerprich-aux-Bois doit être engagée du fait de l'occupation irrégulière de leur propriété par le fossé construit par la commune.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de constat d'huissier dressé le 18 août 2021 à la demande des requérants que le fossé construit par la commune, s'il était rendu nécessaire par la dégradation de la route et la difficulté croissante de l'évacuation des eaux de pluie, a été creusé en partie sur la propriété des époux B, délimitée par des piquets. Il a par ailleurs été constaté qu'une borne a été arrachée au cours des travaux et posée contre la clôture d'une parcelle. Il ne résulte pas de l'instruction que les requérants auraient donné leur accord préalable à la commune afin de permettre l'empiètement du fossé sur leur propriété. Par ailleurs, il est constant que le maire de la commune avait connaissance de cet empiètement dès lors que par une lettre du 23 août 2021, il a informé les requérants de cet empiètement et leur a proposé une rencontre en cas de difficulté causé par l'ouvrage. Dans ces circonstances, les travaux en litige, qui se sont traduits par un empiètement sur les parcelles des requérants et par l'endommagement d'un piquet constituent, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fondements de responsabilité invoqués par les requérants, en l'absence de procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, de convention de servitude régulièrement établie, d'accord amiable passé avec les propriétaires de la parcelle, une emprise irrégulière de nature à engager la responsabilité pour faute de la commune de Kerprich-aux-Bois.

En ce qui concerne les préjudices :

7. L'implantation de l'ouvrage public en litige sans droit ni titre sur la propriété des époux B constitue une atteinte à leur droit de propriété, qui leur ouvre, par elle-même, un droit à indemnisation. En l'absence d'extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant de la décision d'édifier un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée ne saurait cependant donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité moindre d'immobilisation, réparant le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle et tenant compte de l'intérêt général qui justifie le maintien de cet ouvrage.

8. En l'espèce, les requérants soutiennent, sans être contredits, que l'emprise du fossé sur leur propriété porte sur une surface totale de 180 mètres carrés. La situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier. Il résulte de l'instruction, notamment des photos produites, que si les requérants soutiennent que la présence du fossé empêche l'accès à leur propriété, eu égard à la profondeur et à la largeur dudit fossé, l'accès demeure possible. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation des préjudices résultant de l'atteinte au droit de propriété des requérants, en particulier des troubles de jouissance engendrés et du préjudice moral subi par M. B, en condamnant la commune de Kerprich-aux-Bois à leur verser à ce titre la somme globale de 2 000 euros. Le surplus des conclusions indemnitaires doit être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

10. Les consorts B demandent au tribunal d'enjoindre à la commune de Kerprich-aux-Bois de prendre en charge l'aménagement d'un petit pont ou le busage du fossé avec remblais sur une largeur de six mètres au droit de leur portail. Eu égard au fondement de responsabilité retenu, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la commune de Kerprich-aux-Bois de prendre en charge l'aménagement d'un petit pont permettant aux requérants de recouvrer un accès à leurs parcelles, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les intérêts :

11. Les époux B ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 000 euros à compter du 30 décembre 2022, date d'enregistrement de leur requête.

12. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 30 décembre 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 30 décembre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Kerprich-aux-Bois une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par les époux B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Kerprich-aux-Bois est condamnée à verser aux époux B la somme globale de 2 000 (deux mille) euros avec intérêts au taux légal à compter du 30 décembre 2022. Les intérêts échus à la date du 30 décembre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Kerprich-aux-Bois de procéder à l'aménagement d'un petit pont permettant l'accès aux parcelles des époux B dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Kerprich-aux-Bois versera aux époux B une somme de 1000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A B et à la commune de Kerprich-aux-Bois.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Gros, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

C. CARRIER

L'assesseur le plus ancien,

T. GROS

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2208717

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