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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300014

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300014

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOHNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Bohner, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros hors taxes au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2023

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Bohner, représentant M. D, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant kosovar né le 28 février 2000, est entré irrégulièrement en France le 22 janvier 2020. Il a été débouté de sa demande d'asile le 31 mars 2020. Il a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire le 17 septembre 2020, annulé par le tribunal administratif de Strasbourg par un jugement du 16 décembre 2020 à la suite duquel le préfet du Haut-Rhin lui a délivré une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, qui a été renouvelée jusqu'au 28 mars 2022. Par arrêté du 20 septembre 2022, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions qu'il présente à cette fin.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin le 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. E ou, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier à Mme C, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Il n'est pas établi que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision contestée. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. M. D fait valoir qu'il est entré en France à 19 ans pour y rejoindre ses parents, et que son père est décédé sur le territoire français en 2021. Il a épousé en juillet 2020 une ressortissante kosovare résidant régulièrement en France, dont il est désormais séparé. Il soutient s'être bien intégré en France, avoir un bon niveau en français et avoir réussi son intégration professionnelle, et il produit notamment une promesse d'embauche ainsi qu'un formulaire de demande d'autorisation de travail. Ces éléments sont toutefois insuffisants à établir que le centre des intérêts privés et familiaux du requérant se trouverait désormais en France, celui-ci ne faisant état d'aucun lien stable ni intense noué sur le territoire français et ne contestant pas ne pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. Par conséquent, il n'est pas fondé à soutenir que, par la décision contestée, le préfet du Haut-Rhin aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et qu'il aurait ainsi méconnu les stipulations précitées.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "

7. Le jeune âge du requérant, son dynamisme et sa motivation ainsi que le fait qu'il soit apprécié de ses employeurs ne constituent pas des circonstances suffisantes pour caractériser des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées, de sorte que le préfet du Haut-Rhin n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, M. D n'est pas non plus fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision d'obligation de quitter le territoire serait illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

11. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes à en apprécier le bien-fondé et il doit par conséquent être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 :Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet du Haut-Rhin et à Me Bohner. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La rapporteure,

S. B

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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