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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2300338

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2300338

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2300338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGUEDDARI BEN AZIZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 19 janvier 2023, M. D H, représenté par Me Gueddari Ben Aziza, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation et de lui adresser, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ainsi qu'aux dépens de l'instance.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- il dispose de garanties de représentation suffisantes ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle se fonde sur une décision illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Gueddari Ben Aziza, avocate de M. H, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elle rappelle le parcours du requérant, soutient qu'il est arrivé en France en 1989 et non en 1998 comme l'attestent les pièces du dossier, que toute sa famille est en France et ne dispose d'aucune famille en Algérie, que sa famille lui rendait visite en prison, qu'il apporte les preuves suffisantes que la France est le centre de ses intérêts et qu'il ne représente plus une menace à l'ordre public ;

- les observations de M. A, représentant le préfet du Haut-Rhin ;

- les observations de M. H.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 janvier 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme F B, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G E, directeur de la réglementation, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée.

4. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet du Haut-Rhin a commis une erreur de fait et un défaut d'examen en considérant qu'il était entré en France, pour la première fois, en 1998, alors qu'il soutient être entré en France en 1989 à l'âge de six ans. Toutefois, si M. H se prévaut d'attestations indiquant qu'il aurait vécu et grandi à Bollène dans les années 1990, celles-ci demeurent très insuffisamment circonstanciées et imprécises. Le préfet du Haut-Rhin produit en défense le relevé AGDREF concernant M. H ainsi que la carte de résident délivrée en 2005, qui mentionnent une entrée en France le 22 septembre 1998, cette date, selon toute vraisemblance, ayant été retenue sur la base des documents et des déclarations d'alors de M. H. Dans ces conditions, au vu des pièces du dossier, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ". A supposer que M. H ait entendu se prévaloir de ces dispositions, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, M. H soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'établit toutefois pas la réalité et l'effectivité des liens dont il disposerait en France, et s'il déclare être père de deux enfants, il n'assortit ces déclarations d'aucun élément probant quant à la réalité de la relation qu'il entretiendrait avec ceux-ci, et notamment avec sa fille alléguée née en 2021, qu'il n'a pas reconnue. M. H a en outre, et surtout, été condamné à une peine de quatorze années de prison, prononcée en 2012 pour des faits commis en décembre 2008 et dont il y a lieu, en dépit de leur caractère ancien, de souligner l'exceptionnelle gravité. Le moyen doit être écarté.

7. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant n'est assorti d'aucun élément circonstancié et, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, doit être écarté.

8. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est pas assorti d'éléments nouveaux, doit être écarté pour les mêmes motifs qu'aux points 7 et 8.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

10. En premier lieu, M. H soutient qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public compte tenu du temps écoulé depuis sa condamnation en 2008. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 28 novembre 2022 à deux mois d'emprisonnement avec sursis en raison d'une évasion lors d'une permission de sortie. Dans ces conditions, et compte tenu du profil pénal de l'intéressé, le préfet du Haut-Rhin n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le requérant était susceptible de constituer une menace à l'ordre public.

11. En second lieu, M. H soutient qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes en faisant valoir qu'il dispose d'un hébergement chez sa mère. Par ces seules déclarations non étayées, le requérant n'établit toutefois pas qu'il disposerait d'une habitation effective et permanente au sens des dispositions précitées, et ce, alors même qu'il s'est rendu dans le Haut-Rhin à l'occasion d'une permission de sortie délivrée par le centre pénitentiaire de Tarascon. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucun élément et doit être écarté.

14. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision relative au pays de renvoi et en toute hypothèse doit être écarté pour les mêmes motifs qu'au point 6.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. Si M. H soutient que la décision, qui fixe à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, est disproportionnée, il ne dispose toutefois pas en France de liens suffisamment effectifs, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, et il y a par ailleurs lieu de tenir compte de la nature des faits, d'une particulière gravité, pour lesquels il a été condamné. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. H à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : M. H est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D H, à Me Gueddari Ben Aziza et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

L. CLa greffière,

G. Trinité La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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