lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2300677 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BOHNER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, Mme C E, représentée par Me Bohner, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à défaut, dans le même délai, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'irrégularité dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration se fonde sur des données médicales inexactes ;
- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne s'est pas prononcé sur la possibilité d'accéder de manière effective à un traitement adapté dans son pays d'origine ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît son droit au respect de mener une vie privée et familiale normale ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision repose sur un refus de titre de séjour illégal ;
- la décision est illégale pour les mêmes moyens que ceux soulevés contre le refus de titre de séjour ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget-Vitale, magistrat désigné ;
- les observations de Me Bohner, avocate de Mme E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entraîne l'annulation par voie de conséquence de l'assignation à résidence ;
- les observations de Mme E.
Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante camerounaise née en 1985, est entrée en France le 27 février 2022 selon ses déclarations. Elle a sollicité le 9 mai 2022 un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Par l'arrêté en litige du 7 novembre 2022, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 16 février 2023 pris durant la procédure contentieuse, le préfet du Haut-Rhin a assigné à résidence Mme E.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour :
3. Il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, dans le cadre du présent litige, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et assignation à résidence, dont il est saisi. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, ainsi que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme E, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, à une formation collégiale du tribunal compétente pour en connaître.
Sur les conclusions dirigées contre les autres décisions :
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. (). ". Selon l'article 1 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. ". L'article 3 de ce même arrêté dispose que : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. ".
5. Il ressort des pièces du dossier médical de Mme E détenu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, composé notamment du certificat médical confidentiel prévu par l'arrêté du 27 décembre 2016 cité au point précédent, que l'intéressée souffre d'un stress post-traumatique dû à une exposition à des scènes de guerre courant février 2022, lorsqu'elle a fui l'Ukraine pour se rendre en France. Mme E bénéficie d'un suivi médical notamment prodigué par le Dr B, psychiatre praticien hospitalier du centre hospitalier de Rouffach, qui a relevé que le traitement médical et la psychothérapie venaient de débuter, et a constaté, notamment dans un certificat médical du 1er août 2022 transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que Mme E présentait un état quasi stuporeux, et était sous traitement antidépresseur et anxiolytique.
6. Le médecin rapporteur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans son rapport rédigé le 3 août 2022, a retracé l'évolution de la maladie de Mme E et détaillé le traitement médical prescrit. Cependant, ce rapport médical indique qu'il est rendu " sur la base du certificat médical établi par le Dr A et des documents fournis le cas échéant ", sans faire mention du certificat médical du 1er août 2022 du Dr B, qui faisait état de perspectives inquiétantes s'agissant de l'évolution de la pathologie de Mme E. Le médecin rapporteur a ainsi conclu à une stabilisation de l'état de santé de la requérante, état de fait qui est de plus contredit par un certificat médical postérieur du 1er décembre 2022, qui éclaire une situation existante lorsque le rapport médical a été rédigé, constatant que l'évolution négative de la pathologie est marquée par une aggravation du syndrome dépressif, avec angoisse, amaigrissement et aboulie. L'avis du collège de médecins du 23 septembre 2022 indique que l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine, appréciation dont le préfet du Haut-Rhin s'est approprié le sens.
7. Il résulte néanmoins de ce qui vient d'être dit que le rapport médical rédigé concernant Mme E présente des insuffisances et inexactitudes, et a ainsi été rendu en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté cité précédemment. Par suite, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été mis en mesure de rendre un avis pertinent. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie dans le cadre de la saisine pour avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est établi. Ce vice de procédure a, en l'espèce, privé la requérante d'une garantie mais a aussi été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Dans ces conditions, Mme E est fondée à exciper, à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
8. Il s'ensuit que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination et la décision assignant à résidence Mme E.
Sur l'injonction impliquée par le jugement :
9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer la situation de Mme E dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer à la requérante, sans délai et jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur sa situation, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1 : Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les décisions du 7 novembre 2022 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin a fait obligation de quitter le territoire français à Mme E dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination sont annulées.
Article 3 : L'arrêté du 16 février 2023 est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de réexaminer la situation de Mme E dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, et de lui délivrer, dans l'attente, et sans délai, une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Les conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Haut-Rhin a refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme E, ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Bohner et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Mulhouse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.
Le magistrat désigné,
V. D
La greffière,
G. Trinité
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026