lundi 17 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2301619 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mars 2023, M. B F, représenté par Me Berry, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de procéder au retrait du signalement au Système d'Informations Schengen (SIS) ;
5°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour, de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 et 14 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Therre, magistrat désigné ;
- les observations de Me Carraud, substituant Me Berry, avocate de M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que le requérant ne s'est pas vu notifier l'arrêté du 10 mars 2021 portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il ne vivait plus à l'adresse à laquelle il lui a été envoyé, ce dont un travailleur social de l'association Caritas a informé la préfète du Bas-Rhin, que la liste de médicaments produite par la préfète du Bas-Rhin, non traduite, n'est pas de nature à établir la disponibilité en Géorgie du traitement prescrit à sa fille, et qu'il n'est pas en mesure de financer un tel traitement ;
- les observations de M. F, assisté de Mme E, interprète en langue géorgienne, qui expose qu'il ne s'est pas vu notifier l'arrêté du 10 mars 2021 portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, contre lequel il aurait introduit un recours, et qu'il se montre respectueux des lois et règlements.
La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. F, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur la compétence du signataire des arrêtés contestés :
2. Par un arrêté du 4 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 7 octobre suivant, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés contestés, signés par M. C, auraient été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. M. F n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'elle est entachée d'un défaut de motivation.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Bas-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. F avant de prononcer à l'encontre de l'intéressé la décision attaquée. En outre, si la préfète a, à tort, fait mention d'un rejet de la demande d'admission au séjour de l'intéressé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 17 juin 2020, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'office a effectivement rendu à cette date un avis sur l'état de santé de l'enfant de M. F, dans le cadre de l'instruction de cette demande. Enfin, si M. F soutient qu'il a informé les services de la préfète de Bas-Rhin de son changement d'adresse après avoir quitté l'hébergement qui lui avait été octroyé à Saverne, il ne produit aucune pièce de nature à établir cette allégation, contestée par la préfète du Bas-Rhin. Aussi, alors qu'il lui appartenait de prendre toute disposition pour informer de sa nouvelle domiciliation et pour faire suivre le courrier adressé à l'adresse de son précédent lieu d'hébergement, l'arrêté du 10 mars 2021 portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est, ainsi que l'a mentionné la préfète dans l'arrêté en litige, réputé notifié le 11 mars 2021, date à laquelle le pli recommandé a été présenté. Il suit de là que M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () / () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () / () ".
6. Un ressortissant étranger ne peut faire l'objet d'une mesure ordonnant sa reconduite à la frontière ou prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.
7. Pour refuser de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour, la préfète du Bas-Rhin s'est notamment fondée, ainsi qu'il a été dit au point 4, sur l'avis rendu le 17 juin 2020 par le collège de médecins de l'OFII. Par cet avis, le collège a estimé que si l'état de santé de sa fille mineur, ressortissante géorgienne née en 2015, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée pouvait effectivement bénéficier du traitement approprié en Géorgie et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que cette enfant souffre d'une aplasie médullaire idiopathique nécessitant un suivi hospitalier et ambulatoire régulier. Toutefois, les certificats médicaux que les intéressés versent au dossier ne sont pas de nature, eu égard aux termes dans lesquels ils sont rédigés, à démontrer que cette enfant ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, à supposer qu'elle se voit encore prescrire l'administration de Néoral, ce qui n'est pas établi à la date de la décision en litige par la seule production d'un certificat médical de décembre 2018, le requérant n'établit pas, en se bornant à se prévaloir d'un courrier d'une agence de médicaments en Géorgie remontant au 12 septembre 2019, que ce produit ou qu'une molécule équivalente ne seraient pas effectivement disponibles en Géorgie. En outre, et alors que les certificats médicaux récents font seulement mention d'un suivi incluant des analyses biologiques et un contrôle clinique spécialisé, le requérant ne démontre pas, par la production de documents généraux sur le système de santé en Géorgie, que sa fille ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un tel suivi dans ce pays. Enfin, M. F, qui ne produit aucune pièce sur le coût des consultations, analyses biologiques et examens médicaux nécessaires à ce suivi, ni sur le caractère insuffisant de ses ressources et de sa couverture sociale, ne démontre pas que sa fille ne pourrait pas effectivement bénéficier de ces soins en raison de leur coût. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que la préfète du Bas-Rhin ne pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire français du fait qu'il pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il est constant que M. F réside en France depuis mai 2018, où il a introduit une demande d'asile. Toutefois, en se bornant à se prévaloir de la durée de son séjour, il ne démontre pas avoir tissé des liens en France et être durablement inséré à la société. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que son épouse a fait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée le 10 mars 2021, à laquelle elle n'a pas déféré, se maintenant irrégulièrement en France. En outre, M. F ne justifie d'aucun obstacle à ce que sa fille puisse, eu égard notamment à son jeune âge, poursuivre sa scolarité en Géorgie. Aussi, dans ces conditions et eu égard à ce qui a été exposé au point 7, le requérant ne démontre pas qu'il ne pourrait pas poursuivre la vie familiale avec son épouse et leur fille, dans leur pays d'origine. Enfin, il ne démontre pas être dépourvu de tout lien privé et familial dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans. La décision en litige n'a ainsi pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
11. D'une part, M. F ne justifie pas que son éloignement aurait nécessairement pour conséquence de faire obstacle à la poursuite de la scolarisation de son enfant mineure. D'autre part, la décision en litige n'a pas pour effet de priver cette enfant de la présence de ses parents auprès d'elle. Enfin, eu égard à ce qui a été exposé au point 7, il n'est pas établi que la fille de M. F ne pourrait pas bénéficier effectivement d'une prise en charge adaptée à son état de santé dans son pays d'origine. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, M. F n'établit pas qu'il pourrait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète du Bas-Rhin ne pouvait pas légalement l'obliger à quitter le territoire français doit être écarté.
14. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été exposé aux points 7, 9 et 11, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la gravité de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
15. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, la fille de M. F bénéficie d'une prise en charge médicale dans le service d'onco-hématologie pédiatrique des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, dans lequel elle est suivie depuis 2018. Elle justifie notamment d'un rendez-vous postérieur à la date d'édiction de la décision attaquée, mais déjà organisé auparavant, dans le cadre du suivi régulier de la pathologie dont elle souffre. Eu égard à la nature de cette pathologie et à la nécessité de ne pas interrompre sa surveillance, faute d'avoir pu l'organiser dans son pays d'origine, M. F est fondé à soutenir qu'en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, la préfète du Bas-Rhin a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
18. M. F, qui se borne à soutenir qu'il court un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait personnellement exposé à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine ou qu'il courrait le risque d'être soumis à un traitement contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, et alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en violation des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
19. Eu égard à ce qui a été exposé au point 7, il n'est pas établi que la fille de M. F ne pourrait pas bénéficier effectivement d'une prise en charge adaptée à son état de santé dans son pays d'origine. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ".
21. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète du Bas-Rhin a assorti la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se fondant sur la circonstance qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée. Aussi, par voie de conséquence, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, doit également être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision.
Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :
22. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision assignant M. F à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. F est fondé à demander uniquement l'annulation de l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin en tant qu'il refuse de lui accorder un délai de départ volontaire et qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
24. En premier lieu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de réexaminer la situation de M. F en ce qui concerne la durée du délai de départ volontaire devant nécessairement lui être accordé, eu égard au motif retenu par le présent jugement. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Aux termes de l'article 7 du décret relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas () d'extinction du motif de l'inscription. / () ".
26. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. F, implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre d'office à la préfète du Bas-Rhin de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
27. En dernier lieu, le présent jugement n'implique, eu égard à ses motifs, ni qu'un titre de séjour soit délivré à M. F, ni que sa situation au regard de son droit au séjour soit réexaminée. Par suite, le surplus des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
28. M. F ayant été provisoirement admis à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. F présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté de la préfète du Bas-Rhin en date du 6 mars 2023 est annulé en tant qu'il refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. F et qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Bas-Rhin, d'une part, de réexaminer la situation de M. F en ce qui concerne la durée du délai de départ volontaire devant lui être accordé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et, d'autre part, de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de M. F aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans le même délai.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Berry et à la préfète du Bas-Rhin.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Strasbourg.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2023.
Le magistrat désigné,
A. DLa greffière,
L. Cherif
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,
G. Trinité
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026