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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2301737

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2301737

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2301737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantOLSZAKOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, M. A B, représenté par Me Olszakowski, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a assigné à résidence.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, faute pour le préfet de la Moselle de prendre en compte l'intégralité des éléments relatifs à sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle fait état de ce que depuis le rejet de sa demande d'admission au séjour au titre de l'état de santé de son enfant mineur, il n'a effectué aucune démarche administrative en vue de régulariser sa situation ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision l'assignant à résidence sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Moselle, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Therre en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Therre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a relevé que l'intéressé, qui ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français en mai 2016, n'avait pas, suite au rejet, le 28 janvier 2020, d'une demande d'admission au séjour au titre de l'état de santé de son enfant mineur, effectué de démarche administrative afin de régulariser sa situation et se maintenait ainsi en France sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité.

3. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que postérieurement au rejet de sa demande d'admission provisoire au séjour en raison des soins que nécessiterait l'état de santé de son enfant mineur, M. B a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour reçue par les services du préfet de la Moselle le 11 mars 2021. Il ressort également des pièces du dossier qu'il s'est enquis, par un courrier du 8 octobre 2022, de la suite donnée à cette demande. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande aurait fait l'objet, avant l'édiction de la décision en litige, d'un rejet, pour incomplétude du dossier de l'intéressé ou au motif qu'il ne remplirait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour. Aussi, le préfet de la Moselle, qui instruit cette demande d'admission au séjour depuis près de deux années, ne justifie pas avoir examiné l'entière situation de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français.

4. D'autre part, pour les mêmes motifs qu'exposés au point précédent, le préfet de la Moselle a entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur de fait en se fondant sur l'absence de toute démarche administrative par M. B, postérieurement au rejet de sa demande d'admission provisoire au séjour en raison des soins que nécessiteraient l'état de santé de son enfant mineur, en vue de régulariser sa situation. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Moselle n'aurait pas pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ce motif.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français. Par voie de conséquence, il y a également lieu d'annuler les décisions fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et portant assignation à résidence.

Sur l'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. En application de ces dispositions, il y a lieu d'enjoindre d'office au préfet de la Moselle de procéder au réexamen de la situation administrative de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

D E C I D E

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Moselle en date du 8 mars 2023 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Moselle de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Olszakowski et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Sarreguemines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le magistrat désigné,

A. TherreLa greffière,

G. Trinité La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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