lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2302943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP RACINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 27 avril 2023 et 26 septembre 2023, Mme D A C, représentée par la SELARL Idea Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 février 2023 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Erstein l'a exclue temporairement de ses fonctions pour une durée de 230 jours, dont 180 jours avec sursis ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Erstein une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- les faits reprochés ne sont matériellement pas établis.
Par des mémoires, enregistrés les 1er septembre 2023 et 20 décembre 2023, le centre hospitalier d'Erstein, représenté par la SCP Racine Strasbourg - Cabinet d'avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme A C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kalt,
- les conclusions de M. B,
- les observations de Me Paye-Blondet, substituant Me Muller-Pistre, avocate du centre hospitalier d'Erstein.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, aide-soignante titulaire au centre hospitalier d'Erstein, a fait l'objet, le 27 octobre 2022, d'une décision de suspension de ses fonctions en raison de faits de maltraitance commis à l'égard de résidents de l'Ehpad. Le 28 février 2023, le directeur du centre hospitalier a pris à l'encontre de Mme A C une décision d'exclusion temporaire de ses fonctions pour une durée de 230 jours, dont 180 jours avec sursis. Par la présente requête, Mme A C demande au tribunal d'annuler cette décision du 28 février 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () ; 2° Infligent une sanction (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 532-5 du code général de la fonction publique : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".
3. Par ces dispositions, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire, de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise le code général de la fonction publique, le décret du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière et le décret du 18 juillet 2003 relatif aux commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière. En ce qui concerne les faits reprochés, la décision, qui reprend intégralement les termes de l'avis du 27 février 2023 du conseil de discipline, retient que Mme A C " a eu des propos déplacés et/ou agressifs à l'encontre de certains résidents ", qu'elle " n'applique pas toujours les décisions collectives dans le cadre de la prise en charge des résidents " et enfin " qu'elle est brusque avec des résidents ". Une telle motivation, alors même qu'elle ne précise pas les dates et lieux des faits en cause, a mis Mme A C à même de connaître, à la seule lecture de la décision attaquée, les motifs de la sanction qui lui a été infligée. La décision attaquée n'est donc pas entachée d'une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () 3° Troisième groupe : () b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des nombreux témoignages qui ont été recueillis par le centre hospitalier, que Mme A C a, au courant de l'année 2022, adopté un comportement général inapproprié envers les résidents de l'Ehpad où elle exerce ses fonctions. Notamment, il est reproché à Mme A C d'avoir été agressive verbalement et menaçante à l'encontre de résidents, de crier lorsqu'elle leur prodiguait des soins, en raison de leur absence de coopération, alors que certains souffrent de pathologies psychiatriques qui les rendent particulièrement vulnérables. Les témoignages relatent également que certains résidents disent que la requérante est " méchante " avec eux, qu'ils la craignent car elle a des gestes brutaux envers eux lorsqu'elle les manipule, par exemple en tirant brutalement le pull d'un patient lors de son déshabillage alors que sa pathologie lui occasionne des raideurs, ou encore en n'utilisant pas le matériel adapté pour coucher ou doucher les résidents. D'autres témoignages font état de bleus et de plaies sur une autre résidente, dont Mme A C avait la charge, et qui ne présentait plus aucune lésion lorsque la requérante était en vacances et qu'une autre aide-soignante prenait le relais des soins. Il est également reproché à Mme A C d'avoir refusé de changer une résidente, incontinente, en indiquant que c'était " de sa faute ", d'avoir refusé de donner une seconde couverture à une autre résidente pourtant connue comme frileuse, d'avoir brutalement arraché la sonnette de la main d'un résident qui ne comprenait pas comment s'en servir. Il ressort également d'autres témoignages circonstanciés que Mme A C n'appliquait pas certaines consignes quant à l'alimentation de patients, estimant notamment qu'il n'était pas nécessaire de donner de l'eau gélifiée ou des compléments nutritionnels à des résidents qui étaient déjà sous perfusion, ou quant au matériel à utiliser pour soulever les patients.
8. Si Mme A C, lors de la séance du conseil de discipline, a exposé que les conditions de travail dans le service étaient difficiles, notamment en raison d'un manque de personnel soignant, et a interprété différemment les témoignages de ses collègues, elle ne conteste pas sérieusement les faits qui lui sont reprochés, reconnaissant un manque de professionnalisme, qu'elle impute toutefois à des difficultés personnelles, un stress et une grande fatigue au cours de l'année 2022. Elle précise à cet égard avoir été en arrêt de travail pendant trois semaines, en février 2022, en raison d'un " burn-out ".
9. Toutefois, quand bien même la requérante a toujours fait l'objet d'évaluations positives antérieurement à 2022, et qu'elle s'est prévalue au cours du conseil de discipline de témoignages de collègues en sa faveur, les faits reprochés sont suffisamment établis, tant dans leur matérialité que dans leur gravité. Par suite le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier d'Erstein, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à la requérante de la somme qu'elle réclame au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. Il y a lieu de mettre à la charge de Mme A C le versement au centre hospitalier d'Erstein de la somme de 1 000 euros au titre des mêmes frais.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
13. Ces conclusions doivent être rejetées comme dépourvues d'objet.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Mme A C versera au centre hospitalier d'Erstein une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C et au centre hospitalier d'Erstein.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Faessel, président,
M. Bouzar, premier conseiller,
Mme Kalt, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 avril 2024.
La rapporteure,
L. KALT
Le président,
X. FAESSEL
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026