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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303404

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303404

mercredi 16 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mai 2023, M. C E, représenté par Me Berry, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 mars 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- Sur le refus de titre de séjour :

o la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

o la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

o la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

o la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- sur l'obligation de quitter le territoire français :

o la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

o la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

o la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il justifie remplir les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;

o la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

o la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- sur le pays de destination :

o la décision attaquée doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

o elle est entachée d'incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Par une ordonnance du 19 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né le 5 juin 1968, est entré en France le 18 mars 2022 sous couvert d'un visa D portant la mention " vie privée et familiale " valable du 26 janvier 2022 au 26 janvier 2023 obtenu à la suite de son mariage avec Mme E, ressortissante française. Le 17 octobre 2022, il a sollicité le renouvellement de son visa. Par un arrêté du 6 mars 2023, dont M. E demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 12 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 janvier 2022, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à Mme B A, adjointe au chef du service de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G F, directeur de la réglementation, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à ce service, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. F n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. ".

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet a retenu l'absence de communauté de vie entre M. E et son épouse ainsi que l'absence de preuve de ses allégations selon lesquelles il aurait été victime de violences conjugales. D'une part, si le préfet indique que les blessures que M. E déclare avoir reçues de son épouse à la suite d'une altercation n'ont pas donné lieu à une incapacité de travail temporaire, il n'a pas, par cette seule mention, entendu ajouter une condition supplémentaire à celle prévue à l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. D'autre part, M. E soutient que la communauté de vie a cessé avec son épouse en raison de violences conjugales exercées par celle-ci. Si le requérant produit un rapport médico-légal du 20 mai 2022 constatant des abrasions épidermiques et dermabrasions qui peuvent être compatibles avec ses déclarations de griffures de la part de son épouse la veille, il n'a déposé plainte que le 20 mars 2023, soit postérieurement à la décision attaquée. En outre, il ressort de ses propres déclarations lors de ce dépôt de plainte qu'il a été placé en garde à vue le 20 mai 2023 pour des violences exercées à l'encontre de son épouse. Enfin, les certificats médicaux faisant état d'un traitement antibiotique pour les blessures et d'un accompagnement psychologique ne sont pas suffisantes pour établir les violences conjugales alléguées. Ainsi les éléments produits sont insuffisants pour établir la réalité des affirmations du requérant. Dans ces circonstances, le préfet n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 423-1 et L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, le requérant est séparé de son épouse depuis mai 2022. Il a vécu hors de France jusqu'à l'âge de cinquante-trois ans et il ne conteste pas que les autres membres de sa famille résident au Maroc ou au Sénégal. Les seuls contrats d'intérim et le suivi d'une formation en licence professionnelle métiers informatiques sont insuffisants pour démontrer qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts matériels et moraux ou qu'il justifie d'une intégration particulière. Ainsi, le préfet, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision en litige a été prise. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés. Dans les circonstances de l'espèce susrappelées, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français devrait être annulée en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. (). ". En outre, indépendamment de l'énumération donnée par les dispositions de l'article L. 611-3 du code précité des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, lorsque la loi prescrit qu'un étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

9.

Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 du présent jugement que M. E n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait obtenir de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.

10. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées du 6 mars 2023. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Berry et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Claude Carrier, président,

M. Laurent Guth, premier conseiller,

Mme Vanessa Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 août 2023.

Le président-rapporteur,

C. D

Le conseiller, premier assesseur,

L. GUTH

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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