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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303618

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303618

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 25 mai 2023, M. A C, représenté par Me Kling, demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 30 décembre 2022 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ; 2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin d'autoriser le regroupement familial en faveur de son épouse ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - la décision a été signée par une autorité incompétente ; - elle méconnait les dispositions de l'article 4 de l'accord franco-algérien ; - la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 novembre et 5 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 :- le rapport de Mme Merri, première conseillère ;- et les observations de Me Kling, avocate de M. A C. Considérant ce qui suit : 1. M. A C, ressortissant algérien, est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 22 octobre 2030. Le 4 février 2022, il a présenté une demande de regroupement familial en faveur de son épouse, de nationalité algérienne et résidant dans son pays d'origine. Par une décision du 30 décembre 2022, dont M. A C demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin lui a refusé le regroupement familial sollicité.Sur la légalité de la décision : 2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. Christophe Marot, secrétaire général de la préfecture du Haut-Rhin, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figurent pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait. 3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1 - Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; () ". 4. Aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont également applicables aux ressortissants algériens dès lors qu'elles sont compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ". Et aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : / 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; / 2°) les allocations familiales ; / 3°) le complément familial ; / 4°) L'allocation de logement régie par les dispositions du livre VIII du code de la construction et de l'habitation ; / 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; / 6°) l'allocation de soutien familial ; / 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; / 8°) (Abrogé) ; / 9°) l'allocation journalière de présence parentale. ". 5. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant des ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période. Néanmoins lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. 6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Haut-Rhin, pour rejeter la demande de M. A C, s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne disposait pas de ressources mensuelles stables et suffisantes, lesquelles étaient, sur la période de douze mois précédant la demande, inférieures au salaire minimum de croissance exigé de 1 389,39 euros nets par mois compte tenu de la composition de la famille. Il est constant que les ressources du requérant sont constituées, d'une part, de l'aide personnalisée au logement, de l'allocation pour l'éducation de l'enfant handicapé dont il bénéficie pour sa fille, de l'allocation de soutien familial et des allocations familiales majorées pour parent isolé, lesquelles sont des prestations familiales exclues des ressources à prendre en compte pour l'appréciation des conditions posées par les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien, et d'autre part, du revenu de solidarité active dont le montant mensuel moyen de 321,23 euros reste en deçà du salaire minimum de croissance mensuel net. Dans ces conditions, M. A C n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Haut-Rhin aurait méconnu les dispositions des articles 4 de l'accord franco-algérien et R. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. 7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". 8. Si M. A C fait valoir qu'il est marié depuis décembre 2021 et qu'il a trois enfants dont une fillette handicapée nés d'un précédent mariage à sa charge, il ressort des pièces du dossier qu'il vit séparé de son épouse depuis la date du mariage, encore récent à la date de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. 9. Pour les mêmes motifs, le préfet du Haut-Rhin n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. 10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 décembre 2022, par lequel le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. D E C I D E : Article 1 : La requête de M. A C est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient : M. Rees, président, Mme Merri, première conseillère, Mme Dobry, conseillère. Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024. La rapporteure, D. MERRI Le président, P. REES Le greffier, P. HAAG La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Le greffier, 2N° 2303618

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