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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2303671

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2303671

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2303671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés les 26 et 31 mai 2023, M. C B, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 24 mai 2023 par lesquelles le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et a désigné un pays de destination, ainsi que la décision du préfet de la Moselle du même jour l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

- la décision a méconnu le droit d'être entendu issu de l'article 41 de la charte des droits de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne représente pas de risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux garanties de représentation ;

- la mesure de contrainte dont est assortie l'assignation à résidence est disproportionnée.

Le préfet de la Moselle a communiqué des pièces le 30 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 31 mai 2023, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme A.

M. B et le préfet de la Moselle, régulièrement convoqués, n'étant ni présents ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 11 septembre 1986, est entré en France le 6 septembre 2017 sou couvert d'un visa C valable jusqu'au 6 octobre 2017. Par les décisions attaquées en date du 24 mai 2023, le préfet de la Moselle lui a prescrit l'obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné un pays de destination, et l'a assigné à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Les décisions attaquées comportent toutes les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : /- le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; [] ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

5. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que, entendu dans le cadre de la procédure de retenue aux fins de vérification de son identité, M. B a été mis en mesure de présenter ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les raisons de son maintien sur le territoire français. Par conséquent, il n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.

7. En deuxième lieu, M. B, entré en France en septembre 2017 à l'âge de 31 ans, fait valoir qu'il a transposé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, qu'il est fiancé à une ressortissante française, avec laquelle il doit se marier en juin 2023, qu'il dispose d'une promesse d'embauche, et justifie de liens familiaux en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a jamais entamé de démarches tendant à la régularisation de son séjour, et qu'il est, à la date de la décision en litige, célibataire et sans enfant. Il n'est pas davantage contesté que les parents du requérants et quatre de ses frères et sœurs résident dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu notamment de la durée et des conditions de séjour de M. B en France, la décision attaquée n'a pas porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et en l'absence de toute autre précision, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B. Par ailleurs, il ne ressort pas des mentions de la décision ni des pièces du dossier qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen particulier.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

9. Il est constant que M. B n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation en France, depuis son entrée sur le territoire en septembre 2017. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'existe pas de risque de fuite et que la décision est disproportionnée.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 mai 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

11. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Moselle a adopté à l'encontre du requérant une mesure d'assignation à résidence, au lieu d'une mesure de rétention, au motif que l'intéressé disposait de garanties effectives de représentation. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'assignation, eu égard à sa durée et aux obligations limitées imposées au requérant, soit disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et serait disproportionnée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 mai 2023 l'assignant à résidence.

Sur le surplus des conclusions :

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 24 mai 2023. Sa requête doit être en conséquence rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministère de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La magistrate désignée,

D. A

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

N° 23023543671

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