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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2304114

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2304114

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2304114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMONOD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi en date du 14 juin 2023, le président du tribunal administratif de Nancy a transmis au tribunal administratif de Strasbourg la requête de M. D C.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 21 juin 2023, M. C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu notification dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée de défaut de motivation ;

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- il contribue à l'éducation et l'entretien de son enfant ;

- les stipulations de l'article 8 de la CEDH ont été méconnues ;

- les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ont été méconnues ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen effectif de sa situation ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination n'est pas motivée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait les circonstances humanitaires de l'espèce ;

- la durée d'interdiction est excessive ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Faessel, président,

- les observations de Me Monod, avocat de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyen ;

- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue bambara.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, le préfet du Haut-Rhin a, par un arrêté du 12 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 suivant, donné délégation à Mme B, Cheffe du bureau d'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à sa direction. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'incompétence de sa signataire doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté mentionne les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est dès lors suffisamment motivé. La circonstance que l'acte comporte une erreur sur un fait sans conséquence en l'espèce, et d'ailleurs imputable aux déclarations approximatives faite par l'intéressé quant à sa date de naissance, ne pouvant conduire à admettre que le préfet n'a pas procédé à un examen effectif de la situation de M. C. Il en va de même de la circonstance que le préfet n'a pas mentionné que l'intéressé a formé une demande d'asile infondée, ou qu'il aurait envisagé de demander une mesure de régularisation au motif de sa situation familiale.

3. En troisième lieu, si M. C fait valoir qu'il est le père d'une fille de nationalité française, née le 4 avril 2023, il n'établit pas avoir de relation ni avec la mère de cet enfant, ni contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de l'enfant elle-même, laquelle a fait dès le 19 avril 2023 l'objet d'une mesure de placement auprès de la Collectivité européenne d'Alsace, ne donnant au père qu'un droit de visite médiatisé hebdomadaire. Il s'ensuit qu'il ne peut soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En quatrième lieu, si M. C fait valoir qu'il réside en France depuis 2019 et que sa fille y demeure, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé n'a jamais été autorisé à séjourner sur le territoire national, qu'il s'y est maintenu au mépris d'une première mesure d'éloignement et que, ainsi qu'il vient d'être dit, les relations avec sa fille ne peuvent être retenues. Par ailleurs, il n'établit pas n'avoir plus de relation avec ses proches demeurés au Mali, pays qu'il a quitté à l'âge de 19 ans après y avoir toujours vécu. Il s'ensuit que l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la mesure critiquée porte une atteinte manifestement excessive à son droit à une vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la CEDH.

5. Compte tenu, ainsi qu'il a été dit, de l'absence de lien effectif du requérant avec sa fille, l'intéressé ne peut sérieusement soutenir que la mesure d'éloignement méconnait l'intérêt supérieur de cet enfant, au mépris des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués ci-dessus, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté mentionne, également en ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire, les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est dès lors suffisamment motivé. La circonstance que l'acte comporte une erreur sur un fait sans conséquence en l'espèce, et d'ailleurs imputable aux déclarations approximatives faite par l'intéressé, ne pouvant conduire à admettre que le préfet n'a pas procédé à un examen effectif de la situation de M. C.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C fait l'objet de poursuites pénales au motif de violence répétées sur la mère de son enfant. Ainsi, alors même qu'aucune condamnation n'avait été prononcée au jour de la décision du préfet, il ne peut soutenir que c'est à tort que le préfet a retenu que son comportement était susceptible de menacer l'ordre public.

9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir vécu sans titre de séjour en Italie de 2014 à 2019, M. C est entré illégalement en France pour y déposer une demande d'asile qui a été jugée infondée. Il n'apporte aucun élément de nature à conforter ses allégations quant à un souhait de demander, après le rejet de sa demande d'asile, la régularisation de sa situation au bénéfice de sa situation familiale. Il ne peut dès lors soutenir que c'est à tort que, pour estimer qu'il existait un risque de fuite, le préfet a retenu l'illégalité continue de son séjour en France ainsi que la circonstance non contestée qu'il est dépourvu de tout document d'identité et d'adresse stable.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, si M. C soutient que des circonstances humanitaires faisaient obstacle à ce que soit prononcée une interdiction de retour sur le territoire national, il ne rapporte pas la preuve de leur existence, alors pourtant que, ainsi qu'il a été dit, sa demande d'asile a été rejetée et que ses liens familiaux en France ne peuvent être retenus.

13. En troisième lieu, la durée du séjour en France de l'intéressé et la circonstance qu'il soit le père d'une enfant française ne peuvent, eu égard à ce qui vient d'être dit, être retenu pour établir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant à 24 mois la durée d'interdiction de retour sur le territoire français.

14. En quatrième lieu, eu égard à ce qui a été dit ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'interdiction de retour durant 24 mois porte une atteinte manifestement excessive à son droit à une vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la CEDH, ou à l'intérêt supérieur de son enfant, au mépris des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêt susvisé du préfet du Haut-Rhin, ainsi que par voie de conséquence celles à fins d'injonction et d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 23 juin 2023.

Le président,

X. Faessel,

PrésidentLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

L. Cherif

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