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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305423

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305423

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305423
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL ORION AVOCATS & CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2023, la commune d'Erching, représentée par Me Gillig, demande à la juge des référés de prescrire une expertise en vue de déterminer l'étendue et les causes des désordres affectant la chapelle Sainte-Anne d'Erching, déterminer les responsabilités, indiquer la nécessité de procéder à des travaux urgents et chiffrer, le cas échéant, les travaux de reprise des désordres.

Elle soutient que les travaux de restauration effectués par la société Bayar sur la chapelle Sainte-Anne d'Erching sont affectés de malfaçons et que les réserves n'ont pas été levées, faute de reprise des désordres.

Par un mémoire, enregistré le 12 septembre 2023, la compagnie Cambtp, représentée par Me Pham :

1°) déclare, à titre principal, s'opposer à l'expertise sollicitée à son encontre en raison de l'absence d'utilité d'une telle mesure ;

2°) demande, à titre principal, que soit mis à la charge de la requérante la somme de 1000 euros au titre de l'article L.761-1 du Code de justice administrative ;

3°) déclare, à titre subsidiaire, ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée sous les protestations et réserves d'usage quant au bien-fondé de sa mise en cause si les mesures d'expertises sont également réalisées au contradictoire de la communauté de communes du Pays de Bitche ;

4°) demande, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de la commune d'Erching l'avance des frais d'expertise.

Elle soutient que la mesure d'expertise sollicitée à son encontre est inutile en ce que les réserves à la réception ne relèvent pas de la garantie décennale souscrite par l'entreprise Bayar auprès de la Cambtp, qu'en outre, la demande d'expertise est devenue sans objet en raison de la levée des réserves.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Anne Dulmet en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Il est constant que la commune d'Erching est le maître d'ouvrage d'une opération de restauration de la chapelle Sainte-Anne, située sur son territoire. Les travaux de couverture (Lot n°3) ont été attribués à la société Bayar et consistaient en une rénovation complète de la couverture et des zingueries de la chapelle. La compagnie Cambtp assure la société Bayar au titre de la responsabilité civile et décennale. La commune d'Erching indique avoir constaté, le 21 novembre 2021, des malfaçons concernant le lattage réalisé par la société Bayar. Par un courrier en date du 22 novembre 2021, la communauté de communes du Pays de Bitche, assistant le maître d'ouvrage dans cette opération, indique avoir alerté la société Bayar sur la nécessité de reprendre le lattage avant la mise en place de la couverture. Le 5 juillet 2022, le cabinet Arpeje, missionné par la société Groupama Grand-Est, assureur de la commune d'Erching, indique avoir procédé à une réunion d'expertise amiable de l'ouvrage concluant à l'engagement de la responsabilité contractuelle de la société Bayar. Les travaux ont été réceptionnés avec réserves le 6 octobre 2022, avec une date de reprise des désordres fixée au 22 octobre 2022. Le 28 décembre 2022, la commune d'Erching indique avoir mis la société Bayar en demeure de reprendre les désordres sous quinze jours, les réserves n'ayant pas été levées. Le 5 janvier 2023, la société Bayar indique à la commune que les réserves ont été levées, ce que conteste la requérante et son assistante. C'est dans ces conditions que la commune d'Erching demande à la juge des référés de désigner un expert aux fins de déterminer l'étendue et la cause des désordres affectant la chapelle Sainte-Anne et le cas échéant, indiquer les éventuels travaux pour y remédier.

2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

3. Pour contester l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée la compagnie Cambtp se prévaut de la levée des réserves par la société Bayar, qui priverait l'expertise sollicitée de son objet. Cependant, la commune d'Erching conteste précisément la réalisation des travaux de reprises, et estime que les réserves en cause ne peuvent être regardées comme levées. Il existe donc une utilité à désigner un expert auquel il appartiendra notamment de retracer les faits chronologiques, en décrivant les travaux réalisés au regard des obligations contractuelles, et de préciser si et à quelle date les réserves doivent être regardées comme levées, et d'évaluer les préjudices résultants d'éventuelles malfaçons. Par suite, la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère d'utilité pour déterminer la réalité, l'étendue et l'origine des désordres affectant la chapelle de la commune.

4. La mesure d'expertise sollicitée par la commune d'Erching entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le périmètre de l'expertise :

5. La juge des référés peut être saisie de conclusions tendant à ce que l'expertise qu'il lui est demandé de prescrire soit réalisée au contradictoire de toute partie dont la participation est susceptible d'être utile, dès lors que le litige relève au moins partiellement de la juridiction administrative.

6. D'une part, la compagnie d'assurance Cambtp soutient qu'il n'est pas utile de l'attraire à la procédure, dès lors que les éventuelles malfaçons en litige relèvent soit de la garantie de parfait achèvement soit de la responsabilité contractuelle de la société Bayar, mais non de la garantie décennale au titre de laquelle ladite société a souscrit une assurance auprès d'elle. Cependant, en l'état de l'instruction, la cause des désordres dont se plaint la commune d'Erching n'est pas déterminée, et la participation de la compagnie d'assurance aux opérations d'expertise présente un caractère d'utilité.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction la communauté de communes du Pays de Bitche était assistante à la maîtrise d'ouvrage en vertu d'une convention d'assistance administrative et technique à la maîtrise d'ouvrage signée avec la commune d'Erching et qu'elle a participé à l'opération de travaux publics. La compagnie Cambtp est donc fondée à soutenir que la participation de la communauté de communes du Pays de Bitche aux opérations d'expertise revêt le caractère d'utilité mentionné à l'article R.532-1 du Code de justice administrative précité. Il convient, dès lors, de faire droit à la demande de mise en cause.

8. Il résulte de ce qui précède que les opérations d'expertises doivent être menées au contradictoire de la commune d'Erching, de la société Bayar, de la communauté de communes de Bitche et de la compagnie Campbtp.

Sur les conclusions relatives à l'avance sur les frais d'expertise :

9. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction [] peut, soit au début de l'expertise, si la durée ou l'importance des opérations paraît le comporter, soit au cours de l'expertise ou après le dépôt du rapport et jusqu'à l'intervention du jugement sur le fond, accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations [] ".

10. En l'absence d'allocation provisionnelle ordonnée par la présente décision, les demandes de la compagnie Cambtp sont prématurées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de d'Erching la somme que réclame la compagnie Cambtp au titre des frais exposés et non-compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : M. B A, ingénieur exerçant au 7 rue du Nassenwald à Montbronn (57415), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission :

1° d'informer les parties, dès l'engagement des opérations d'expertise, et au plus tard lors de la première réunion d'expertise, sur le déroulement, les moyens techniques envisagés et le coût estimé des opérations, afin de mettre la demanderesse à même d'évaluer l'utilité de la poursuite des opérations. Cette information sera renouvelée chaque fois que des investigations supplémentaires seront de nature à modifier substantiellement cette première estimation indicative ;

2° de se rendre sur les lieux, à la chapelle Saint Anne de la commune d'Erching, entendre les parties ainsi que tout sachant, prendre connaissance de tous documents utiles ; donner tous éléments et établir tous plans, croquis ou schémas, produire des photos utiles à la compréhension des faits de la cause ; et retracer les faits connus de la conclusion du contrat à l'apparition des malfaçons et/ou désordres.

3° de procéder à la constatation et à la description précise et détaillées des désordres affectant la chapelle Sainte-Anne et de leur origine, en précisant leur date d'apparition et les éventuelles évolutions constatées ou susceptibles de survenir ;

4° d'indiquer la date de réception des travaux, les réserves formulées et de dire éventuellement la date à laquelle ces dernière doivent être regardées comme étant levées ;

5° de dire si les malfaçons et/ou désordres constatés :

- affectent des éléments d'équipement, dissociables ou non, de l'ouvrage, ou le gros œuvre ;

- sont de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination, ou s'ils sont susceptibles de le faire dans un délai prévisible, dans l'hypothèse où l'évolution des désordres en cause, qui n'auraient pas encore manifesté toute leur ampleur, apparaitrait inéluctable.

6° de donner un avis motivé sur chaque cause/origine des malfaçons et/ou désordres dont s'agit, puis sur la part incombant à chaque partie, en précisant si elle est imputable aux travaux de réfection, à la conception, à un défaut de direction ou de surveillance, à leur exécution, ou encore aux conditions d'utilisation et d'entretien de l'ouvrage et, dans le cas de causes multiples, évaluer les proportions relevant de chacune d'elles ; fournir tous éléments de fait et techniques sur les éventuelles responsabilités encourues ;

7° de rassembler les documents contractuels relatifs aux assurances des parties et au marché dont il s'agit afin de mettre la juge des référés en mesure de délimiter les liens contractuels et de dire si les malfaçons et désordres relèvent de leur champ et résultent de/ou sont constitutifs d'une non-conformité aux clauses contractuelles ;

8° de déterminer si, compte-tenu des circonstances de l'espèce, des données techniques disponibles et de ses compétences propres, chaque partie a accompli les tâches et diligences qui lui étaient dévolues, conformément aux règles de l'art ;

9° d'indiquer les travaux éventuels à réaliser d'urgence, dans l'hypothèse où les désordres relevés seraient de nature à constituer un risque pour la sécurité des personnels ou des usagers ;

10° d'estimer le coût des travaux de reprise des désordres/malfaçons, incluant si nécessaire les frais de maîtrise d'œuvre, en recueillant le cas échéant les propositions et devis des parties ; préciser la plus-value éventuelle apportée à l'ouvrage par ces travaux ;

11° d'une façon générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des éléments précédemment définis et qui sont de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation.

Article 2 : La communauté de communes du Pays de Bitche est mise à la cause.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra, au besoin, se faire assister par un sapiteur préalablement désigné par la juge des référés. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, recueillir tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et à éclairer le tribunal administratif.

Article 5 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative. L'expert peut demander au président de la juridiction une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de ses honoraires et débours. Cette demande peut intervenir en cours d'expertise.

Article 6 : L'expert pourra, s'il l'estime opportun, établir un pré-rapport et le communiquer aux parties en leur impartissant un délai pour présenter leurs dires et leurs observations sur les dires.

Article 7 : À tout moment au cours de sa mission, l'expert pourra proposer à la juge des référés une médiation entre les parties.

Article 8 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges avant le 31 août 2024, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours. Il en notifiera copie aux personnes intéressées, notification qui pourra s'opérer sous forme électronique avec l'accord desdites parties, à laquelle il joindra copie de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune d'Erching, la société Bayar, à la compagnie Cambtp, à la communauté de communes du Pays de Bitche et à M. B A, expert.

Fait à Strasbourg, le 9 février 2024.

La juge des référés,

A. DULMET

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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