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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2305662

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2305662

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2305662
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2023 et 14 août 2023, M. B A, représenté par Me Goret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente, elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un vice de procédure dès lors qu'elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 253-1 et du 8° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions du 2° de l'article L. 251-1, et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, méconnaît les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en outre, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 août 2023 et 16 août 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Malgras, première conseillère a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né en 1976, est entré en France en 2008, selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 10 février 2011, puis le 2 mars 2013. Le 5 mars 2013, il a été reconduit en Roumanie. Le 29 octobre 2014, il a été écroué à la maison d'arrêt de Strasbourg. Le 7 novembre 2015, il a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français. Il a été reconduit en Roumanie le 9 janvier 2015. Le 11 juillet 2020, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 7 août 2023 pris sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux citoyens de l'Union européenne, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté du 7 août 2023.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer au bénéfice de M. A l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".

5. Les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

6. Pour considérer que le comportement de M. A constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, la préfète du Bas-Rhin a retenu d'une part, qu'il avait été interpellé et placé en garde à vue le 5 août 2023 pour des faits de menace de mort et refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'alcoolémie et, d'autre part, qu'il était défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour des faits de conduite d'un véhicule sans être titulaire du permis de conduite, défaut d'assurance et exposition à risque de mort ou de mutilation par violation délibérée d'une obligation de prudence commis en novembre 2009, vol simple commis en juin 2010, vol sans violence en réunion commis en septembre 2010, vol par effraction en mars 2011, destruction ou détérioration importante du bien d'autrui et vol à l'étalage en avril 2011, vol à l'étalage en mars 2013, vol en réunion en février 2016, violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours et refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique en avril 2017, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance en mai 2017, conduite d'un véhicule sans permis et refus par le conducteur d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique en juillet 2020 et violence par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité en août 2020.

7. Toutefois, s'agissant des faits pour lesquels il a été interpellé en août 2023, le requérant soutient sans être contredit par les pièces du dossier qu'il n'a pas commis les menaces avec arme qui lui sont imputées et qu'il n'a fait l'objet d'aucunes poursuites pénales pour les faits reprochés. Les autres faits délictueux cités au point précédent ne présentent pas de caractère actuel et il est constant que seul l'un d'entre eux a donné lieu à une condamnation, en octobre 2014, tandis que les autres n'ont donné lieu à aucunes poursuites. Dans ces conditions, le comportement personnel de M. A ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société au sens des dispositions précitées et le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision portant refus de délai de départ volontaire, de la décision fixant le pays de renvoi et de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an attaquées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. M. A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Goret, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 000 euros hors taxes.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté de la préfète du Bas-Rhin en date du 7 août 2023 est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Goret la somme de 1 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 février 2024.

La rapporteure,

S. Malgras

Le président,

M. Richard

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 230566

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