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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306410

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306410

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306410
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU MW (4)
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation dans un délai déterminé au besoin avec une astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

4°) de lui accorder provisoirement l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen attentif de sa situation personnelle et d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile.

Sur l'interdiction de retour :

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative et de l'article L. 512-1 devenu L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 12 octobre 2023 à 11 heures le rapport de M. D, magistrat-désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination :

1. En premier lieu, il ressort des termes de la décision qu'elle mentionne de manière précise les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée en application de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

2. En deuxième lieu, il ressort également des termes de la décision attaquée que le préfet a, contrairement à ce qui est soutenu, procédé à un examen particulièrement attentif de la situation personnelle du requérant.

3. En troisième lieu, M. C, de nationalité guinéenne, né en 1988, est selon ses déclarations, entré en France le 8 mars 2019. Il y vit seul et isolé sans enfant à charge et sans justifier de liens personnels particuliers. Il n'établit pas ne plus avoir aucuns liens personnels ou familiaux dans son pays d'origine où vivent, entre autres selon ses déclarations, son épouse et ses quatre enfants. Dans ces conditions, la décision en cause n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

4. En quatrième lieu, le requérant qui a formulé une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne dispose plus d'un droit au maintien sur le territoire quand bien même il aurait formé un troisième recours devant la Cour nationale du droit d'asile en application des articles L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

5. En cinquième lieu, le requérant n'apporte, alors qu'au demeurant il s'est vu opposer, à plusieurs reprises, un refus de protection internationale tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, aucun élément probant sur la réalité des risques qu'il courrait en cas de de retour en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit écarté.

Sur l'interdiction de retour :

6. En premier lieu, comme il a déjà été dit au point 4, le requérant ne bénéficie d'aucun droit au maintien sur le territoire quand bien même il aurait formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, le requérant ne conteste pas utilement la durée de la mesure prise ni sa durée en se limitant à rappeler les risques contraires à l'article 3 du la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il courrait, lesquels ne sont pas établis comme il a été dit au point 5. De même, la seule circonstance qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, à la supposer établie, est insuffisante pour contester la décision en cause. Par ailleurs, contrairement à ce que le requérant soutient, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2021 qu'il n'a pas exécutée. Il ne justifie ainsi d'aucune circonstance humanitaire particulière, son épouse et ses enfants résidant, au surplus, comme il le déclare dans son pays d'origine. Dès lors, la décision n'est entachée, ni d'erreur manifeste d'appréciation, ni de disproportion.

8. Il résulte de ce qui précède que, M. C étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence à fin d'injonction et d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Blanvillain et au préfet de la Moselle. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet de Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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