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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2306622

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2306622

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2306622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2023 sous le numéro 2306622, M. A D B, représenté par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler une décision de rejet née du silence gardé par la préfète du Bas-Rhin sur sa demande de délivrance d'un titre de séjour notifiée le 23 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification du présent jugement, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard de l'alinéa 2 de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au non-lieu à statuer.

Elle fait valoir que la demande de titre de séjour présentée par M. B est en cours d'examen, une demande de complément de pièces lui ayant été adressée le 23 novembre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 9 février 2024 sous le numéro 2400936, M. A D B, représenté par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2024 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours suivant la notification du présent jugement, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure au regard de l'alinéa 2 de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- faute de justifier d'une délégation de signature régulière, la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perabo Bonnet,

- les observations de Me Snoeckx, substituant Me Kling, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ghanéen né en 1979, est entré en France le 2 septembre 2011, selon ses déclarations. Le 9 février 2018, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. La préfète du Bas-Rhin lui en a refusé la délivrance et l'a enjoint à quitter le territoire français dans un délai de trente jours par une décision du 21 mars 2019. Par un jugement n° 1903578 du 8 juillet 2019, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté la requête de M. B tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 22 septembre 2022, le requérant a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Le 23 novembre 2023, les services préfectoraux lui ont adressé une demande de pièces complémentaires. Par un arrêté du 23 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin a refusé d'admettre M. B au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai volontaire de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par des requêtes n° 2306622 et 2400936, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. B demande l'annulation d'une part, de la décision de rejet née du silence gardé par la préfète du Bas-Rhin sur sa demande du 22 septembre 2022 et, d'autre part, de l'arrêté du 23 janvier 2024.

Sur l'exception de non-lieu à statuer (requête n° 2306622) :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 23 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin a expressément rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B le 22 septembre 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation d'une décision implicite de rejet doivent être regardées comme dirigées contre cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour. Il s'ensuit que la préfète du Bas-Rhin n'est pas fondée à soutenir que la requête présentée M. B est dépourvue d'objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2024 :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 7 juillet 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. Mathieu Duhamel, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception de certaines mesures au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. C, signataire de l'arrêté attaqué, ne disposait pas d'une délégation de signature doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; ". Aux termes de l'article L. 432-1, alinéa 2, du code précité : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

5. En l'espèce, pour établir sa présence en France depuis plus de dix ans, le requérant produit une dizaine de factures mensuelles de téléphonie mobile pour la période de 2013 à 2016, des attestations de suivi médicaux datant de 2015 à 2019, sa carte d'admission à l'aide médicale d'Etat du 4 août 2019 au 3 août 2020, quelques ordonnances et documents médicaux datant de 2018 et 2019, ainsi que des attestations de bénévolat, une attestation d'hébergement et quelques témoignages. Dès lors, il n'établit pas, par la production de ces documents insuffisamment probants, notamment pour la période de 2011 à 2018, qu'il résiderait depuis plus de dix ans en France de façon habituelle et continue. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que sa demande de titre de séjour devait être soumise pour avis à la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 432-13 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le moyen soulevé doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. En l'espèce, M. B, qui déclare être entré en France en 2011, se prévaut de sa présence sur le territoire national depuis plus de dix ans. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, sa durée de présence en France n'est pas établie, à tout le moins pour la période de 2011 à 2018. L'intéressé fait également valoir qu'il apprend la langue française, qu'il est engagé dans des actions de bénévolat et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité de technicien de surface du 1er mars 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses trois enfants et son frère et où il a vécu la majorité de sa vie. En outre, par le seul exercice d'actions de bénévolat, et alors qu'il ne parle pas le français, il ne démontre pas avoir noué des liens stables et intenses en France ni s'être intégré dans la société française. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la préfète du Bas-Rhin n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel la décision en litige a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

9. M. B fait valoir les mêmes considérations que celles rappelées au point 7, lesquelles ne présentent pas un caractère humanitaire, ni ne font ressortir un motif exceptionnel de nature à justifier son admission au séjour. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 3 et 7 du présent jugement, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

13. En second lieu, il résulte des points précédents que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement pris à son encontre. Dès lors, il n'est pas davantage fondé à solliciter l'annulation, par voie de conséquence, de la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 23 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mai 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2306622, 2400936

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