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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307926

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307926

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023, M. C E, représenté par Me Kling demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités croates ;

3°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a prononcé son assignation à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Il soutient que :

Sur l'arrêté de transfert :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'information prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne lui a pas été donnée ;

- il n'a pas bénéficié d'un entretien individuel conforme aux dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- la préfète ne produit pas l'accord des autorités croates ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 ;

Sur l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boutot n application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de :

* Me Kling, avocat de M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et développer le moyen tiré de la présence de sa sœur en France ;

* Mme A, pour la préfète du Bas-Rhin ;

* M. E, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue russe, et de la sœur de M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2023 régulièrement publié, la préfète du Bas-Rhin a donné à Mme D, cheffe du pôle régional Dublin, délégation pour signer tous actes pris dans le cadre de cette procédure. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté de transfert :

3. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, est dès lors régulièrement motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu remettre, le 23 août 2023, la brochure d'information A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union Européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure d'information B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue russe. La remise de ces deux brochures, qui constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, permet aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application de ce règlement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a bénéficié d'un entretien individuel le 23 août 2023 à la préfecture du Bas-Rhin, qui s'est déroulé avec le concours d'un interprète en langue russe et dont il a signé le résumé. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que cet entretien ne serait pas déroulé selon les formes requises. Le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la préfète du Bas-Rhin produit en défense la preuve de l'acceptation de reprise en charge de M. E par les autorités croates, en date du 13 septembre 2023.

7. En cinquième lieu, M. E soutient que la décision méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en se prévalant de la présence de sa sœur en France, et de l'état de santé de son fils. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la sœur de M. E est entrée en France en 2007, de sorte qu'eu égard à cette durée de séparation, la préfète du Bas-Rhin ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte excessive au droit du requérant à une vie privée et familiale normale. Concernant l'état de santé de son fils, il ressort des pièces du dossier que celui-ci doit bénéficier d'une opération chirurgicale le 1er février 2024. Les documents médicaux produits, toutefois, ne permettent pas de constater une particulière notion d'urgence ou de gravité, ni que l'opération ne pourrait avoir lieu qu'en France, ni qu'elle serait susceptible de faire obstacle à l'exécution de l'arrêté de transfert. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

8. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile ". Aux termes de l'article L. 751-4 du même code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours ".

9. En premier lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée, et il ne ressort d'aucun des termes de cette décision qu'elle serait entaché d'un défaut d'examen. En particulier, M. E ayant fait l'objet d'un arrêté de transfert, cette seule circonstance suffit à établir l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement. Le moyen doit être écarté.

10. En deuxième lieu, M. E soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, notamment en raison de l'état de santé de son fils qui est scolarisé et qui souffre d'une pathologie du pied. Il n'est cependant pas établi, ainsi qu'il a été dit au point 7, que cette pathologie serait de nature à rendre ses déplacements excessivement difficiles. Concernant la scolarisation alléguée, celle-ci est nécessairement précaire et il ne peut être considéré que l'obligation de se présenter une fois par semaine auprès des services de police, pendant 45 jours, mettrait en péril sa scolarité. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que celles à fin d'injonction et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

L. Boutot

La greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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