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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2307930

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2307930

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2307930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAUMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2023, et un mémoire enregistré le 13 novembre 2023, M. C A B, représenté par Me Laumin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin a fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision porte une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application des dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laurent Boutot, magistrat désigné ;

- les observations de Me Laumin, avocat de M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait notamment valoir qu'il n'a pas reçu de traduction écrite de la notification de la décision contestée ;

- les observations de M. A B ;

La préfète du Bas-Rhin n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. M. A B bénéficie de l'assistance d'un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats près le tribunal de grande instance de Strasbourg dans les conditions prévues par l'article R. 776-22 du code de justice administrative. Il n'y a dès lors pas lieu de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ".

3. En premier lieu, la décision a été signée par Mme F qui disposait d'une délégation de la préfète du Bas-Rhin en vertu d'un arrêté du 8 septembre 2023 régulièrement publié.

4. En deuxième lieu, la décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors régulièrement motivée et il ne ressort pas des termes de la décision contestée qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen.

5. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant sans incidence sur sa légalité, la circonstance que M. A B n'ait pas été destinataire d'une traduction du courrier de notification est sans emport. Le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, M. A B soutient que la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu. En défense, si la préfète du Bas-Rhin établit que M. A B a été mis à même de faire valoir ses observations sur la décision de placement en rétention administrative, elle n'établit pas que le requérant aurait été mis à même de faire valoir ses observations sur la décision fixant le pays de renvoi.

7. Toutefois, toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

8. En l'espèce, M. A B ne se prévaut d'aucun élément en particulier. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le manquement au droit d'être entendu aurait été de nature à influencer le sens de la décision rendue. Le moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, M. A B invoque la méconnaissance de son droit à une vie privée et familiale normale. Toutefois, s'il se prévaut de la qualité de père d'un enfant français, né en 2017, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il contribuerait, compte tenu des ressources dont il dispose, à son entretien et à son éducation. En l'absence d'autres circonstances, le moyen doit être écarté.

10. En sixième lieu, en l'absence d'autres éléments et compte tenu des agissements pour lesquels le requérant a été condamné, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

L. D

La greffière

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

L. Cherif

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