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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308127

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308127

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308127
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL BAROK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Di Vizio, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à l'Etablissement public de santé Alsace Nord (EPSAN) de délivrer une date de visite afin qu'il puisse visiter son frère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) d'ordonner à l'EPSAN de fixer un calendrier de visite lui permettant de voir son frère, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une mesure d'expertise pour déterminer si l'état de santé de son frère est incompatible avec sa visite ;

4°) de mettre à la charge de l'EPSAN une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il présente un intérêt à agir ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est privé de fait de son droit de visite auprès de son frère alors que sa tante a pu le visiter et que la violation de libertés fondamentales est caractérisée ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de mener une vie familiale normale, à la liberté de communication de la personne hospitalisée, au droit au respect de la vie privée, au droit à tout individu à une vie familiale, au droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants et au droit au respect de la dignité humaine ;

- une expertise peut être ordonnée pour apprécier si l'état de santé de son frère est effectivement incompatible avec une visite de sa part.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en qualité de juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a adressé une demande à l'EPSAN pour pouvoir rendre visite à son frère, hospitalisé dans cet établissement pour des troubles autistiques, à laquelle il a été donné une suite favorable par un courrier du 22 septembre 2023, mais les visites sont subordonnées à l'accord de l'équipe médicale. Depuis cette date et malgré plusieurs démarches en ce sens, il n'a pu encore rendre visite à son frère. Il demande au juge des référés de prendre diverses mesures permettant l'exercice effectif de son droit de visite.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale par l'action ou la carence de l'autorité publique. Il appartient au requérant de faire état de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier, dans le très bref délai prévu par ces dispositions, d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Dans tous les cas, l'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. L'invocation d'une atteinte portée à une liberté fondamentale n'est pas de nature à caractériser par elle-même l'existence d'une situation d'urgence.

4. En l'espèce, le frère de M. C a fait l'objet d'une prise en charge dans un établissement spécialisé en raison de ses troubles du comportement à caractère autistique. Sa prise en charge s'est effectuée dans un contexte d'état de santé et de soins très dégradés et sans aucun suivi spécifique depuis plusieurs années. Aucun droit de visite n'a été accordé à ses parents, lesquels font l'objet, ainsi qu'un autre de ses frères, de poursuites pénales pour enlèvement. Dans ces conditions particulières, l'établissement encadre de certaines conditions la visite envisagée par M. C pour ne pas déstabiliser l'état psychique du frère du requérant. Si M. C se prévaut que depuis ce courrier du 22 septembre 2023, il n'a pas encore pu rendre visite à son frère, alors qu'une de ses tantes a pu régulièrement le voir, il n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'urgence dont il se prévaut. Dans ces conditions, il ne justifie pas d'une urgence particulière nécessitant que le juge des référés statue dans un délai de quarante-huit heures. Il s'ensuit que, pour ce seul motif, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent pas être accueillies.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.

Copie en sera adressée à l'Etablissement public de santé Alsace Nord.

Fait à Strasbourg, le 16 novembre 2023.

Le juge des référés,

J. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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