jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2308594 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SNOECKX |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023, M. B G, représenté par Me Snoeckx, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence au centre de préparation et d'accompagnement au retour (CPAR) d'Illzach, pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à sa date de notification ;
5°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la même convention ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et, subsidiairement, d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et, subsidiairement, d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par M. G ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023, Mme C D, représentée par Me Snoeckx, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assignée à résidence au centre de préparation et d'accompagnement au retour (CPAR) d'Illzach, pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à sa date de notification ;
5°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la même convention ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et, subsidiairement, d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'assignation à résidence :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et, subsidiairement, d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouzar pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouzar, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Snoeckx, avocate de M. G et Mme D, absents, qui informe le tribunal que M. G et Mme D se désistent de leurs conclusion d'annulation dirigées contre les arrêtés du 30 novembre 2023 du préfet du Haut-Rhin en tant qu'ils leur font obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixent le pays de destination, contre les arrêtés du 30 novembre 2023 par lesquels le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence, ainsi que de leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français ; ils persistent en revanche dans le surplus de leurs conclusions à l'appui des mêmes moyens.
Le préfet du Haut-Rhin n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. G et Mme D, ressortissant géorgiens nés en 1995 et en 1993, sont entrés en France le 6 avril 2023, en compagnie de leur enfant mineur et ont sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié le 13 avril 2023. Leur demande, examinée selon la procédure accélérée dès lors que les intéressés sont ressortissants d'un pays considéré comme sûr, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 9 octobre 2023. Considérant que M. G et Mme D ne bénéficiaient plus du droit de se maintenir sur le territoire français, le préfet du Haut-Rhin, par deux arrêtés du 30 novembre 2023, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par deux arrêtés du même jour, le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence. M. G et Mme D demandent principalement au tribunal de prononcer l'annulation de ces arrêtés.
2. Les requêtes nos 2308594 et 2308595, présentées respectivement par M. G et Mme D, sont relatives à la situation des membres d'une même famille, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les désistements :
3. Les requérants ont informé le tribunal, par le biais de leur conseil le jour de l'audience, qu'ils se désistent de leurs conclusions d'annulation dirigées contre les arrêtés du 30 novembre 2023 du préfet du Haut-Rhin en tant qu'ils leur font obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixent le pays de destination, contre les arrêtés du 30 novembre 2023 par lesquels le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence, ainsi que de leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.
4. Ces désistements sont purs et simples. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
5. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes, il y a lieu d'admettre M. G et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
6. En premier lieu, M. G et Mme D excipent de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français à l'encontre des interdictions de retour sur le territoire français.
7. Tout d'abord, par un arrêté du 21 juin 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture du Haut-Rhin, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H E, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, à Mme F A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire doit être écarté.
8. Ensuite, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. G et Mme D ne séjournent en France avec leur enfant mineur que depuis avril 2023. S'ils affirment qu'ils ont noué des liens amicaux avec des personnes résidant sur le territoire français, ils ne justifient pas en tout état de cause leurs allégations. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à soutenir que les mesures d'éloignement prises à leur encontre ont porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français à l'encontre des interdictions de retour sur le territoire français prononcées à leur encontre.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. Il ressort des pièces des dossiers que M. G et Mme D sont arrivés très récemment en France. La circonstance alléguée qu'ils ne représentent pas une menace pour l'ordre public et qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement n'est pas de nature à établir qu'en adoptant à leur encontre les décisions contestées, le préfet du Haut-Rhin aurait commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de M. G et Mme D dirigées contre les arrêtés du 30 novembre 2023 du préfet du Haut-Rhin en tant qu'il a prononcé à leur encontre des interdictions de retour sur le territoire français d'une durée d'un an doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Il est donné acte des désistements de M. G et Mme D de leurs conclusions d'annulation dirigées contre les arrêtés du 30 novembre 2023 du préfet du Haut-Rhin en tant qu'ils leur font obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixent le pays de destination, contre les arrêtés du 30 novembre 2023 par lesquels le préfet du Haut-Rhin les a assignés à résidence, ainsi que de leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français.
Article 2 : M. G et Mme D sont admis à titre provisoire au bénéficie de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, à Mme C D, à Me Snoeckx et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
M. BouzarLa greffière,
G. Trinité La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
G. Trinité
Nos 2308594, 2308595
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026