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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2308777

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2308777

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2308777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLENAERTS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 8 et 15 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Lenaerts, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Sur la décision portant refus du délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas un risque fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par Me Morel, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gros en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gros, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lenaerts, avocate de M. A qui soutient en outre qu'il n'entend plus soulever le moyen tiré d'une absence de notification des décisions attaquées dans une langue qu'il comprend ;

- les observations de Me Morel, représentant le préfet de la Côte-d'Or ;

- les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 28 avril 1975, est entré en France en 1989. Il s'est vu délivrer le 8 septembre 2022 un titre de séjour valable jusqu'au 22 juin 2023. Il a été interpellé le 5 décembre 2023 par les services de police de Dijon suite à des faits de violence aggravée par trois circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours. Par arrêté du 5 décembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Côte-d'Or le 22 août 2023, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation en cas d'absence ou d'empêchement de M. Carré, secrétaire général de la préfecture, à Mme Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. Carré n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées mentionnent de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de leur motivation doit être écarté.

Sur le moyen propre à l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. En l'espèce, M. A se prévaut de ce qu'il est entré en France en 1989 et qu'il y dispose d'attaches familiales en les personnes notamment de sa mère, d'un frère et d'une sœur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il ne démontre pas le caractère continu et ininterrompu de sa présence sur le territoire français. En outre, il est célibataire et sans enfant, ainsi que sans profession, ni ressources. Par ailleurs, il a fait l'objet de douze condamnations pénales de 1997 à 2021 et été interpellé le 5 décembre 2023 pour des actes de violence commis contre sa mère qui a porté plainte contre lui. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment aux conditions de séjour de M. A en France, le préfet, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ladite décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen propre au refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, bien qu'hébergé par sa sœur et son beau-frère, ne justifie pas d'une adresse stable et permanente. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le préfet pouvait légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si le requérant fait valoir qu'il souffre de problèmes psychiatriques et que par suite il serait exposé à un risque de se voir infliger des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte, en tout état de cause, aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait y bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état de santé. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

Sur le moyen propre à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

11. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que l'intéressé est célibataire et sans enfant et que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation dans la durée de l'interdiction de retour ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2023 pris à son encontre par le préfet de Côte d'Or.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Côte-d'Or. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 15 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

T. GrosLa greffière,

A. Slovencik

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Slovencik

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