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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400019

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400019

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 8 janvier 2024, M. B D, représenté par Me Kling, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence, son signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît le principe du respect des droits de la défense ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la gravité de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence, son signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la préfète s'est crue en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant contraire aux articles 1er et 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence, son signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce qu'elle ne se prononce pas sur chacun des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Vicard en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard, magistrate désignée ;

- les observations de Me Kling, avocate de M. D, qui reprend les moyens et conclusions développés dans ses écritures, et soutient en outre que la décision de refus d'admission au séjour est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires, sur laquelle s'est fondé le préfet pour caractériser une menace à l'ordre public, a été mise en œuvre dans le respect des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- et les observations de M. D, assisté de Mme C, interprète en langue albanaise.

La préfète du Bas-Rhin, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1- M. D, ressortissant albanais né en 1985, est entré en France le 28 décembre 2019. Ses demandes d'asile et de réexamen ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) les 23 septembre 2020 et 31 janvier 2022, puis par la Cour nationale du droit d'asile les 26 février 2021 et 30 septembre 2022. Par un arrêté du 14 avril 2022, la préfète du Bas-Rhin a retiré à M. D son attestation de demande d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 2 janvier 2024, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois. Par un arrêté distinct du même jour, l'intéressé a été placé en rétention au centre de rétention de Lesquin, puis mis en liberté par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lille en date du 4 janvier 2024. Par un arrêté du 4 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin a assigné le requérant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2- Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3- En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire des décisions attaquées :

4- En premier lieu, par un arrêté du 17 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à M. A E, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer tous actes et décisions relevant des attributions dévolues à la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celles en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que M. E, signataire des décisions en litige, ne disposait pas d'une délégation de signature régulièrement publiée doit être écarté comme manquant en fait.

5- En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que la préfète du Bas-Rhin a méconnu le principe du respect des droits de la défense, M. D n'assortit pas ce moyen de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien- fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6- En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

7- En deuxième lieu, aux termes de l'article 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".

8- Il ressort des termes de la décision contestée que la préfète du Bas-Rhin s'est notamment fondée, suite à la consultation du traitement des antécédents judiciaires, sur les mises en cause de M. D, le 22 janvier 2020, pour vol avec destruction ou dégradation, et le 3 août 2023 pour menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait, avant de prononcer une mesure d'éloignement à l'encontre de M. D, saisi le procureur de la République d'une demande d'information sur les suites judiciaires apportées aux faits précités, conformément aux dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, il est toutefois constant que pour caractériser l'existence d'une menace à l'ordre public, la préfète du Bas-Rhin ne s'est pas exclusivement fondée sur ces faits mais aussi sur une condamnation pénale à deux mois d'emprisonnement prononcée le 14 février 2023 par le tribunal correctionnel de Strasbourg à l'encontre de M. D pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

9- En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

10- Ainsi qu'il a déjà été dit au point 6, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Strasbourg le 14 février 2023 à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'emprise de stupéfiants. Compte tenu du caractère récent et de la gravité de ces faits, nonobstant l'absence d'incarcération dont se prévaut M. D, la préfète du Bas-Rhin a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la présence de l'intéressé en France constituait une menace à l'ordre public.

11- En quatrième lieu, si M. D soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle mentionne qu'il a été écroué au centre de semi-liberté de Souffelweyersheim le 14 novembre 2023, alors qu'il n'a pas été incarcéré, la fiche pénale du requérant et le billet de sortie produits aux débats établissent l'exactitude de ces mentions, la mise sous écrou n'impliquant pas nécessairement une incarcération et M. D ayant exécuté sa peine d'emprisonnement sous forme de détention à domicile sous surveillance électronique. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

12- En cinquième lieu, M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas fondé la décision attaquée sur ces dispositions relatives à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, ce moyen doit être également écarté.

13- En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14- Si M. D se prévaut de la présence en France de ses deux enfants, âgés de 12 et 8 ans, dont la garde et l'éducation lui ont été confiés aux termes du jugement de divorce prononcé en Albanie, et de la circonstance qu'ils ont été placés, le 27 juillet 2022, auprès du service de l'aide sociale à l'enfance, il ressort toutefois du jugement en assistance éducative en date du 29 août 2023 que la fin du placement des enfants et leur remise à leur père ont été fixées au 31 janvier 2024. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la fin de la mesure de placement aurait été reportée à une date ultérieure. M. D ne justifie dès lors d'aucun obstacle à ce que la vie familiale se poursuive en Albanie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans et où ses deux enfants sont nés. Par ailleurs, s'il produit aux débats deux contrats à durée déterminée en date des 3 juillet et 4 décembre 2023, une promesse d'embauche en date du 27 novembre 2023 et un contrat de location d'un logement meublé conclu le 12 juillet 2023, ces documents, compte tenu de leur caractère récent, ne permettent pas d'établir une domiciliation stable et une intégration professionnelle réelle en France. Aussi, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée de son séjour en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète, en adoptant la décision attaquée, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la gravité des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle doivent être également écartés.

15- En sixième et dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

16- En l'espèce, la décision en litige n'a ni pour effet, ni pour objet de séparer le requérant de ses enfants, dès lors qu'aucun obstacle ne s'oppose à leur départ de France compte tenu de la fin de leur placement. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.

17- Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision refusant d'accorder à M. D un délai de départ volontaire :

18- En premier lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. () 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () ". L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

19- En fixant de manière générale un délai de trente jours à l'étranger pour quitter le territoire français, lequel est identique à celui prévu à l'article 7 de la directive susvisée, le législateur n'a pas édicté de dispositions incompatibles avec les objectifs de cet article. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle à ce que l'autorité administrative prolonge, le cas échéant, le délai de départ volontaire d'une durée appropriée pour faire bénéficier les étrangers dont la situation particulière le nécessiterait de la prolongation prévue par le paragraphe 2 de l'article 7 de la directive précitée. Dans ces conditions, les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas incompatibles avec les objectifs de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait privée de base légale en raison de l'incompatibilité des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 ne peut qu'être écarté.

20- En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentations suffisantes () ".

21- Il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'octroyer à M. D un délai de départ volontaire, la préfète du Bas-Rhin, après avoir visé les articles L. 612-2 et L. 612-3 précités, a relevé d'une part que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, d'autre part qu'il existait un risque qu'il se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire, qu'il n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 14 avril 2022 et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il est sans emploi. La décision contestée comporte ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui la fondent. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

22- En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète se serait crue en situation de compétence liée.

23- Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

24- Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

25- Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

26- Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

27- En premier lieu, pour fixer la durée de l'interdiction de séjour prononcée à l'encontre de M. D à trois ans, la préfète du Bas-Rhin, après avoir rappelé que l'intéressé fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, a indiqué qu'il se maintient irrégulièrement en France sans chercher à régulariser sa situation, que sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public, qu'il ne démontre pas l'intensité de ses liens avec la France et qu'il n'a fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier que ne soit pas prise à son encontre une interdiction de retour. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

28- En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas pris en compte les différents critères fixés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer la décision attaquée. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait commis une erreur de droit.

29- En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, âgé de 38 ans n'est présent sur le territoire français que depuis quatre ans, ne justifie pas de lien particulièrement stable ou intense en France, présente, de par son comportement, une menace pour l'ordre public et s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour pendant une durée de trois ans prononcée à l'encontre de M. D n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation dans son principe et sa durée.

30- Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er: M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Kling et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La magistrate désignée,

C. VicardLa greffière,

L. Cherif

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

L. Cherif

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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