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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400145

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400145

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2024, Mme B C, représentée par Me Kling, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché du vice d'incompétence de son signataire ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mars 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les observations de Me Kling, avocate de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante algérienne née en 1974, est entrée en France en 2017. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 20 décembre 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet du Haut-Rhin a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Elle demande également d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 21 août 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Haut-Rhin a donné délégation à M. D, directeur de l'immigration, de la citoyenneté et de la légalité, et, en son absence ou en cas d'empêchement, à M. A, chef du service de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les mesures en matière de police des étrangers. Il n'est ni établi, ni même allégué que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de signature de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de ce que M. A n'aurait pas été compétent pour signer l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien

du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

4. Mme C n'est pas fondée à invoquer la méconnaissance des stipulations de cet article dès lors qu'il est constant qu'elle entre dans la catégorie des étrangers susceptibles de bénéficier d'une mesure de regroupement familial. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Mme C, présente en France depuis six ans et sept mois à la date de la décision contestée, se prévaut de son entrée régulière sur le territoire français, de la durée de sa présence sur le territoire national, du fait que son époux, titulaire d'un certificat de résidence algérien, est reconnu comme étant travailleur handicapé et que l'état de santé de ce dernier nécessite sa présence à ses côtés pour l'assister dans les actes de la vie quotidienne. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Haut-Rhin a précisé que les éléments liés à la situation de handicap de M. C correspondent à un taux d'incapacité inférieur à 80 % et ne lui interdisent pas l'accès ou le maintien dans l'emploi pour une durée de travail supérieure ou égale à un mi-temps, que son autonomie est conservée pour les actes élémentaires de la vie quotidienne et que, par conséquent, son aidante ne peut pas bénéficier de l'affiliation gratuite à l'assurance vieillesse des parents au foyer. Il n'est ainsi pas établi que la présence de la requérante aux cotés de son époux serait nécessaire. Il n'est par ailleurs pas contesté que ce dernier ne pourrait pas bénéficier de l'assistance d'une tierce personne. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'époux de Mme C peut solliciter le regroupement familial au bénéfice de celle-ci. En outre, il est constant que la requérante, qui ne fait état d'aucune intégration sociale ou professionnelle en France, n'est pas dépourvue de tout lien dans son pays d'origine, l'Algérie, où ses parents, ses quatre frères et ses trois sœurs vivent et où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Haut-Rhin n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est assorti d'aucun élément nouveau, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Les moyens dirigés contre les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2023 du préfet du Haut-Rhin. Il y a lieu, par suite, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titres des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Kling et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

D. Hirschner

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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