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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400212

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400212

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCIVALLERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, M. B A, retenu au centre de rétention de Geispolsheim (67118), représenté par Me Civallero, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation ;

- c'est à tort qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Eymaron en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Eymaron, magistrate désignée ;

- les observations de Me Nisand, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Il soulève, en outre, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale ;

- les observations de M. A.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. (). ".

2. Pour prononcer la mesure d'éloignement contestée, le préfet du Haut-Rhin s'est fondé sur les dispositions des 1° et 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol aggravé par trois circonstances commis, vol en réunion, usage illicite de stupéfiants et usage, détention, transport, acquisition, offre ou cession non-autorisée de stupéfiants commis entre 2019 et 2022. M. A a, en outre, été condamné à trois mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal des enfants de C du 10 décembre 2020, à trois mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal judiciaire de C du 11 janvier 2023 et a été écroué le 17 novembre 2023 au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach pour des faits de vol aggravé par trois circonstances, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, aggravé par une autre circonstance, avant d'être placé, à compter du 22 novembre 2023, en détention à domicile sous surveillance électronique. Dans ces circonstances, eu égard à la nature des faits commis et à leur caractère récent et réitéré, et à supposer même que M. A justifierait d'un droit au séjour au sens du 1° de l'article L. 251-1 précité, le préfet du Haut-Rhin pouvait prononcer la mesure d'éloignement en litige au motif que le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par suite, M. A n'est fondé à soutenir ni que l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale ni qu'il est entaché d'erreurs manifestes d'appréciation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A, ressortissant roumain célibataire et sans enfant, se prévaut de ce qu'il serait présent sur le territoire français depuis 2014. Toutefois, les éléments qu'il verse à l'instance ne permettent pas d'établir de manière probante qu'il aurait, depuis cette date, résidé de manière continue en France. Il a, en outre, fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il ne justifie pas avoir exécutée. Quant à la présence en France de sa mère, elle ne suffit pas à démontrer qu'il aurait fait de la France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces circonstances, et eu égard à ce qui a été rappelé au point 3 du présent jugement quant à la menace grave à l'ordre public que représente le comportement de M. A, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation à ce titre.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".

7. Eu égard à ce qui a été indiqué au point 3 du présent jugement, le préfet du Haut-Rhin a pu, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

9. Ainsi qu'il a été indiqué au point 3 du présent jugement, le comportement de M. A constitue, du point de vue de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Par ailleurs, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, il ne justifie pas d'une intégration suffisante sur le territoire français. Enfin, il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans, qu'il n'a pas exécutée. Dans ces circonstances, en prononçant à son encontre une interdiction de circulation d'une durée de trois ans, le préfet du Haut-Rhin n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Prononcé en audience publique le 14 mars 2024.

La magistrate désignée,

A.-L. Eymaron La greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

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