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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2400710

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2400710

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2400710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWEITZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête, enregistrée, le 1er février 2024, M. B C, représenté par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pendant un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une nouvelle attestation de demande d'asile dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la désignation du pays de renvoi :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision ;

- cette décision n'est fondée sur aucune circonstance de fait, de sorte qu'elle est nettement disproportionnée ;

Sur l'assignation à résidence :

- la signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

II.- Par une requête, enregistrée le 1er février 2024, Mme E C née A, représentée par Me Schweitzer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour pendant un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a assignée à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une nouvelle attestation de demande d'asile dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la désignation du pays de renvoi :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision ;

- cette décision n'est fondée sur aucune circonstance de fait, de sorte qu'elle est nettement disproportionnée ;

Sur l'assignation à résidence :

- la signataire de cette décision n'a pas reçu délégation pour ce faire ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Biget pour statuer sur les litiges relevant des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Biget, magistrat désigné ;

- les observations de Me Zimmermann, substituant Me Schweitzer, avocate de M. et Mme C, absents à l'audience, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet du Haut-Rhin, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2400710 et n° 2400711 concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. M. et Mme C, ressortissants albanais nés respectivement le 21 octobre 1980 et le 2 mai 1994, sont entrés en France le 4 mai 2023. Ils ont présenté des demandes d'asile le 17 suivant qui ont été rejetées selon la procédure accélérée par des décisions du 21 juillet 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. C a présenté un recours contre la décision de l'Office qui a été rejeté par une ordonnance du 27 novembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par deux arrêtés du 30 janvier 2024, le préfet du Haut-Rhin a alors obligé les intéressés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office et les a interdits de retour pendant un an. Par deux autres arrêtés du même jour, le préfet a assigné chacun des époux C à résidence dans le département du Haut-Rhin pendant quarante-cinq jours. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de ces décisions contenues dans ces arrêtés.

Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, les arrêtés attaqués énoncent, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Ces décisions sont ainsi suffisamment motivées.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet du Haut-Rhin n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de chacun des époux C avant d'édicter les décisions contestées.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Les époux C soutiennent qu'ils ont quitté l'Albanie et se sont s'installés en France il y a près d'un an, période durant laquelle ils ont pu nouer des liens très forts avec des personnes y résidant. Ce faisant, les requérants, qui ont été admis à se maintenir sur le territoire français le temps seulement qu'il soit définitivement statué sur leurs demandes d'asile, ne font valoir aucun obstacle à la poursuite de leur existence ailleurs qu'en France, notamment en Albanie où ils ont vécu l'essentiel de leur existence et où ils ont assurément conservé de solides attaches. Dans ces conditions, compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de M. et Mme C, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la désignation du pays de destination :

9. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

11. Les requérants n'établissent pas qu'ils seraient exposés à des peines ou traitements proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations internationales doit être écarté.

En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens dirigés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

13. En second lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'au regard de la présence récente des requérants sur le territoire français et de l'absence de lien particulièrement stable ou intense en France, les interdictions de retour d'un an prononcées à l'encontre de M. et Mme C seraient disproportionnées dans leur principe ou leur durée.

En ce qui concerne les assignations à résidence :

14. En premier lieu, les arrêtés portant assignation à résidence attaqués ont été signés par Mme F D, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, qui disposait pour ce faire d'une délégation en vertu d'un arrêté du 21 août 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, lequel est au demeurant directement consultable en ligne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de ces arrêtés manque en fait et doit être écarté.

15. En second lieu, les moyens dirigés contre les mesures d'éloignement ayant été écartés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté par voie de conséquence.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des époux C à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par les époux C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Leurs conclusions à fin d'injonction ne peuvent, dès lors, pareillement qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : M. et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. et Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme E C née A, à Me Schweitzer et au préfet du Haut-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le magistrat désigné,

O. BigetLa greffière,

G. Trinité

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

G. Trinité

Nos 2400710, 2400711

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